Coronavirus : «C'est un peu comme un test de grossesse»... Les pharmacies se mettent aux tests antigéniques

REPORTAGE Les pharmacies sont autorisées depuis peu à proposer des tests antigéniques. Mais, faute de moyens, elles sont encore peu nombreuses 

Frédéric Brenon
— 
Une pharmacienne pratique un test antigénique, à Nantes.
Une pharmacienne pratique un test antigénique, à Nantes. — F.Brenon/20Minutes
  • Les tests antigéniques délivrent un résultat en moins de 15 minutes. Ils sont proposés depuis début novembre gratuitement, sans rendez-vous, dans certaines pharmacies.
  • Celles-ci doivent toutefois aménager un espace pour la pratique et former du personnel.

« Ici je fais mon test Covid-19 antigénique. Résultat en 15 minutes. » Sur des panneaux d’affichage posés à même la rue, cette grande pharmacie du centre-ville de Nantes* donne le ton. Distribués en France depuis début novembre, les fameux tests rapides antigéniques du coronavirus débarquent petit à petit dans les officines. Le mode opératoire est similaire à celui des tests PCR. « On insère un écouvillon au fond de la paroi nasale du patient, on mélange le prélèvement avec une solution chimique, puis on en dépose trois gouttes sur un révélateur », explique Françoise, pharmacienne.

Sauf que le résultat s’affiche en moins de 15 minutes : un trait c’est négatif, deux c’est positif. « C’est un peu comme un test de grossesse, sourit la responsable de la boutique. Le patient ressort directement avec son résultat. Par rapport à un test PCR, qui nécessite 24 heures à 48 heures d’attente, c’est un gain de temps extrêmement précieux. »

Trois étudiants recrutés pour répondre à la demande

La fiabilité du test antigénique est toutefois inférieure à celle du PCR. Voilà pourquoi les personnes symptomatiques âgées de plus de 65 ans ou ayant des ennuis de santé chroniques (diabète, hypertension…) ne sont théoriquement pas acceptées. « Quand le résultat est positif, c’est fiable. En revanche, quand il est négatif, on peut avoir des doutes », juge-t-on à l’agence régionale de santé (ARS) des Pays-de-la-Loire.

Ces réserves n’empêchent pas le public d’exprimer un intérêt pour cette nouveauté sans ordonnance, prise en charge à 100 % par l’Assurance maladie. « On a fait une grosse centaine de tests depuis lundi, constate le gérant d’une pharmacie du quartier Saint-Donatien. On accueille les patients de préférence sur rendez-vous mais beaucoup se présentent spontanément. La majorité est relativement jeune. » Pour répondre à la demande qu’elle prévoit « grandissante », l’officine a recruté et formé trois étudiants. Les tests sont réalisés dans une grande tente installée devant la vitrine. « C’est un peu curieux mais c’est bien organisé. Et c’est vraiment rapide », témoigne une jeune femme.

Une pharmacie nantaise a dressé une tente pour réaliser les tests antigéniques.
Une pharmacie nantaise a dressé une tente pour réaliser les tests antigéniques. - F.Brenon/20Minutes

En centre-ville, cette autre pharmacie a, elle, carrément loué pour six mois un ancien magasin de jouets voisin. Le local est, depuis jeudi, entièrement consacré aux tests antigéniques. « On avait commencé la semaine dernière dans une pièce de la pharmacie mais ce n’était vraiment pas l’idéal, raconte la directrice. Il fallait gérer les flux en permanence pour éviter que les patients se croisent. Avec ce local spécifique, c’est beaucoup plus sûr et simple. »

« Ce n’est pas rentable pour nous »

Une cinquantaine de tests sont pratiqués chaque jour par cette boutique. « On est en capacité d’en réaliser une centaine », commente la responsable qui s’attend à ce que « les volumes augmentent ». Pour ne pas être prise au dépourvu, elle gère un stock de 4.000 tests, qu’elle réapprovisionne en permanence. « On distribue aussi des tests aux médecins et infirmiers libéraux, ça peut partir vite. »

Une pharmacie nantaise a ouvert un local spécifique aux tests antigéniques.
Une pharmacie nantaise a ouvert un local spécifique aux tests antigéniques. - F.Brenon/20Minutes

La démarche n’est pas pécuniaire, assure la gérante, même si la pharmacie achète moins cher le test que le montant que lui reverse la Sécurité sociale. « Entre l’investissement pour le local et le personnel supplémentaire, ce n’est pas rentable, estime-t-elle. Si on s’y met, c’est pour permettre de désengorger les centres de dépistages PCR. C’est aussi pour faciliter le déconfinement et envisager un retour à la normale le plus rapidement possible. » « Le public nous reconnaît comme des acteurs importants de santé. On joue notre rôle en participant à l’effort collectif sur ce sujet », insiste un autre géant d’officine.

Faute de locaux adaptés ou de personnel, la plupart des pharmacies françaises ne proposent pas encore les tests antigéniques. Pour l’heure, elles se comptent même sur les doigts d’une seule main sur la ville de Nantes.

* A la demande de l’Ordre des pharmaciens, nous ne communiquons pas le nom des pharmacies. Celles-ci sont en effet interdites de faire de la publicité sur leur enseigne.