Coronavirus : Quatre mois après, 30 à 40 % des cas graves gardent des séquelles

SANTE Le service de pneumologie du CHU de Toulouse a fait un suivi des patients touchés sévèrement lors de la première vague de l’épidémie

Béatrice Colin

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Lors d'une visite d'un patient post-Covid au sein du service de pneumologie du Pr Alain Didier, au CHU de Toulouse.
Lors d'une visite d'un patient post-Covid au sein du service de pneumologie du Pr Alain Didier, au CHU de Toulouse. — Tristan Reynaud/SIPA
  • Alors que la deuxième vague de Covid-19 touche de plein fouet la France, des malades de la première vague conservent encore des séquelles.
  • Une équipe toulousaine du service pneumologie du CHU de Toulouse a observé la présence quatre mois après de séquelles chez 30 à 40 % des patients touchés sévèrement lors de la première vague.
  • Des séquelles qui font penser aux symptômes des maladies interstitielles pulmonaires, dues pour la majorité à des facteurs d’environnement et génétiques.

A l’hôpital Larrey de Toulouse, habituellement à cette période de l’année, le service pneumologie s’apprête à recevoir les victimes de la grippe saisonnière. Dans les couloirs, lorsque les portes s’ouvrent, on entend bien les malades tousser, mais ces derniers sont pour la majorité atteinte du Covid-19. Aujourd’hui, sur la soixantaine de lits de ce service du CHU de Toulouse, près de la moitié est occupée par des victimes du coronavirus.

Mais au-delà des patients aujourd’hui hospitalisés, les médecins et infirmières continuent à recevoir ceux qui ont été touchés lors de la première vague. Car une partie d’entre eux, plusieurs mois après, continue à garder des séquelles selon le professeur Alain Didier, chef de service.

80 patients suivis sur quatre mois

Il a pu suivre 80 patients qui avaient été atteints d’une forme grave en mars et avril, au point d’être pris en charge soit par les soins intensifs, soit par la réanimation pour une pneumopathie sévère. « Quatre mois après, ils décrivent une asthénie persistante [grosse fatigue], ils ont encore de la toux ou une pression thoracique. Dans 30 à 40 % des cas, on a pu observer une anomalie sur le scanner, avec la persistance d’une opacité, un aspect fibrosant sans que l’on sache si cela est réversible ou pas pour l’instant, une fois sur trois on a des choses objectives », indique le médecin dont une étude doit paraître sur le sujet.

Tous ces « Covid longs » ont fait l’objet de tests poussés, de mesures du souffle, certains patients ayant parfois des difficultés à respirer sans que cela donne lieu à des résultats tangibles sur les radios. Pour ceux qui ont des séquelles physiques visibles du Covid-19, « cela ressemble aux maladies interstitielles pulmonaires que l’on connaît, type fibrose, qui sont des maladies plutôt rares, qui ne sont pas dues à un virus mais soit à l’environnement soit à la génétique », explique Alain Didier.

Rechute de certains patients

Pour ce dernier, il faudrait des études plus poussées pour si ces patients « Covid long » ont des gènes les prédisposant à faire des formes plus graves. En attendant, son service reçoit tous les jours des coups de fil de médecins généralistes confrontés à des patients qui ressentent encore les symptômes du Covid bien des semaines après l’apparition de leurs signes cliniques du SARS-CoV-2. « Parfois, les tests montrent qu’il n’y a rien d’anormal, cela s’apparente à un stress post-traumatique, il faut alors travailler sur le mental et l’anxiété. Dans certains cas, les patients se sont imaginé qu’ils allaient mourir. Il faut les sortir de cette spirale et les remettre dans l’activité sans les brusquer, l’aspect psychologique est important », explique le pneumologue.

Parmi les patients, ce médecin a vu passer dans son service beaucoup de personnes âgées ou ayant un terrain à risque. « Mais nous avons eu aussi des gens sportifs de niveau élevé avec des formes assez sévères. Ce qui nous a frappés, c’est qu’il y a des rechutes, nous avons eu des patients qui sont sortis avec un test négatif et sont revenus huit à dix jours plus tard en étant excréteurs de virus positif », relate Alain Didier. Ce dernier ne croit pas à une recontamination mais à une réactivation de la maladie.

Pour l’instant, ses équipes font face à cette deuxième vague. Mais comme de nombreux responsables, il craint que sa gestion se fasse aux dépens d’autres patients, atteints parfois de pathologie évolutive comme les cancers et pour lesquels retarder un mois sa prise en charge c’est autant de chances de survie en moins.