Des millions de particules ultrafines toxiques découvertes dans les urines d’enfants à Strasbourg

POLLUTION DE L'AIR Selon une étude inédite à laquelle le collectif Strasbourg Respire a participé, des millions de nanoparticules toxiques auraient été retrouvées dans les urines d’enfants à Strasbourg

Gilles Varela

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Pollution automobile. station de detection et d'analyse des polluants mise en place par l'ORAPIP. (Observatoire Regional de l'air en Midi Pyrenees.). Rocade.
Pollution automobile. station de detection et d'analyse des polluants mise en place par l'ORAPIP. (Observatoire Regional de l'air en Midi Pyrenees.). Rocade. — Alexandre GELEBART/20MINUTES
  • Une étude indique la présence de nanoparticules dans les urines d’enfants strasbourgeois.
  • En cause le diesel, le chauffage au bois, l’industrie.
  • Pour le collectif Strasbourg respire, qui a participé à cette étude, les pouvoirs publics doivent prendre rapidement des décisions pour améliorer la qualité de l’air.

C’est une première en France, mais cela n’est pas forcément une bonne nouvelle, loin de là. Selon une étude à laquelle a participé le collectif citoyen et lanceur d’alerte Strasbourg Respire, des enfants de l’agglomération ont des millions de nanoparticules toxiques dans le corps.

L’étude dirigée par le professeur Tim Nawrot, scientifique de l’université de Hasselt  en Belgique, a porté sur 27 petits strasbourgeois âgés de 7 ans en moyenne, dans différents quartiers, comme à Cronenbourg ou Schiltigheim. Une étude menée parallèlement dans la ville de Rybnik en Pologne et où se trouve une usine à charbon.

Résultat, plus d’un million de particules ultrafines par millilitre d’urine auraient été identifié chez les petits Strasbourgeois ayant participé à l’étude. Une pollution de l'air issue des particules de combustion (diesel, chauffage au bois l’hiver, industries de type incinération, charbon…) et composées de carbone pur, précise le docteur et radiologue Thomas Bourdrel, fondateur du collectif Strasbourg respire.

« Ces particules carbonées sont les plus toxiques par leur composition et par leur taille, de moins de 0,1 µm, ce qui leur permet de franchir la barrière pulmonaire et d’atteindre tous les organes. Concrètement, cela équivaut à fumer pour un enfant 5 à 10 cigarettes par jour en tabagisme passif, selon le pic de pollution de l’air. Ces données correspondent à celles de l'OMS. » Ces particules ultrafines « augmentent considérablement le risque de cancer et de maladies cardiovasculaires et franchissent aussi le placenta des femmes enceintes avec des répercussions sur le fœtus », assure Thomas Bourdrel.

Proportionnel à la proximité avec un axe routier

Autre problème, l’étude révèle que les taux de particules mesurés sont directement proportionnels à la distance de l’habitation par rapport à un gros axe routier. « En deçà de 150 mètres de distance, les taux mesurés dans les urines d’enfants strasbourgeois augmentent fortement et à moins de 50 mètres, les taux explosent. » Un conseil pour les Strasbourgeois ? « Dans un premier temps, mieux vaut pas s’installer près des axes routiers, favoriser la construction de logement dans ces secteurs ou bien de déménager. »

Emilie, enseignante et résidant à Cronenbourg, dont le garçon de 9 ans a participé à l’étude, n’est pas vraiment étonnée, même si les résultats par enfant ayant participé ne lui ont pas encore été communiqués. « On toussait tous à la maison, alors on multiplie les balades en forêt, raconte la mère de famille. La solution, déménager ? Non, plutôt agir à mon niveau, localement », explique l’enseignante à l’origine déjà de plusieurs initiatives comme la piétonnisation de la rue de son école.

« Une arme pour saisir la justice »

« A présent avec cette étude, les citoyens ont une arme de plus pour saisir la justice, souligne Thomas Bourdrel, rappelant que comme 11 autres grandes villes françaises, la pollution de l’air n’est pas légale, au-dessus des normes européennes. »

Aussi, le collectif appelle les pouvoirs publics à mettre en place des zones à faibles émissions excluant les véhicules diesel, de réduire les émissions du chauffage collectif ou individuel au bois ou bien encore de renforcer les contrôles et les sanctions sur les émissions industrielles.