Coronavirus : Avions, glace sèche, pharmacies… Le formidable défi logistique de la vaccination

EPIDEMIE Si les campagnes massives de vaccination sont maîtrisées dans le monde, pour cette épidémie, la tâche s’annonce plus difficile

20 Minutes avec AFP

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Image d'illustration d'un vaccin.
Image d'illustration d'un vaccin. — Ukrinform/SIPA

C’est l’une des opérations de vaccination les plus ambitieuses de l’Histoire qui s’annonce : face à la pandémie de Covid-19, jusqu’à 600 millions de doses de vaccins doivent être distribuées et injectées en quelques mois seulement.

Si le monde sait gérer des campagnes massives de vaccination depuis des décennies, contre la rougeole ou la grippe, trois contraintes simultanées compliquent cette fois la tâche : la compression du calendrier, le fait que la plupart des vaccins nécessiteront deux doses, et la réfrigération à basse voire très basse température de certains vaccins : - 70 °C pour celui développé par Pfizer et l’Allemand BioNTech, en bonne voie pour être le premier autorisé aux Etats-Unis… contre + 2 à 8 °C (température d’un réfrigérateur) pour les vaccins antigrippaux.

Des cartons de glace sèche déjà prêts

Aux Etats-Unis, tout partira (it) pour Pfizer de l’usine de remplissage final à Kalamazoo, dans le Michigan (une autre se trouve à Puurs, en Belgique). Le groupe a créé des boîtes d’expédition spéciales, de 40x40x56 cm, remplies de glace sèche. Chaque carton aura 975 flacons contenant 5 doses, soit 4.875 doses.

Six camions quitteront Kalamazoo tous les jours pour remettre les doses aux transporteurs aériens (Fedex, UPS, DHL…), et livrer vite : un ou deux jours aux Etats-Unis, et trois jours mondialement, dit Pfizer à l’AFP. 20 vols cargo quotidiens expédieront les futures doses dans le monde. Fedex dit à l’AFP avoir obtenu la permission de l’aviation civile de transporter plus de glace sèche à bord de ses Boeing 767 et 777 : la glace sèche est du dioxyde de carbone solidifié, dont la sublimation (passage de l’état solide à gazeux) peut être dangereuse pour l’équipage. A destination, chaque boîte ne pourra être ouverte brièvement que deux fois par jour.

Une distribution assurée par des hôpitaux

« Cela conviendra à des grands centres de vaccination », dit à l’AFP Julie Swann, experte de la réponse aux pandémies à l’université NC State. Ce vaccin-là ne conviendra pas aux cabinets de médecins ou aux pharmacies. Au début, les Américains devront donc probablement se rendre dans des hôpitaux et peut-être sur de grands parkings, comme pour les tests aujourd’hui, dit-elle.

Précision importante : les doses pourront rester deux semaines dans leur boîte réfrigérée. Les hôpitaux n’auront pas besoin de congélateur spécial. « Nous ne recommandons pas aux hôpitaux et aux cliniques d’acheter des équipements ultra-froids », a dit Janell Routh, des Centres de lutte contre les maladies (CDC). Le deuxième vaccin sur les rangs aux Etats-Unis est fabriqué par Moderna, mais avec un stockage à – 20 °C. Un congélateur normal fera l’affaire.

Pour celui-là, le gouvernement fédéral organisera la distribution (gratuite) aux Etats et territoires, via le distributeur McKesson. Chaque juridiction décidera ensuite de distribuer les doses aux hôpitaux, aux pharmacies, aux médecins, voire aux universités ou entreprises…

Tous les Américains vaccinés d’ici à avril ?

Un schéma décentralisé, comme pour la pandémie de grippe H1N1 en 2009. « Le gouvernement fédéral n’a pas l’intention de toucher, à quelques très rares exceptions, une seule dose de vaccin avant qu’elle soit injectée dans les bras des Américains », a dit Paul Mango, un responsable de l’opération « Warp Speed ». L’objectif : offrir des vaccins aux « plus vulnérables » avant fin décembre, aux personnels de santé avant fin janvier, et à tous les Américains d’ici début avril.

Pfizer pense produire 50 millions de doses cette année et 1,3 milliard en 2021. Les commandes des pays sont déjà passées : 20 à 30 millions à livrer avant fin décembre aux Etats-Unis, 100 millions en tout ; 200 millions à l’Union européenne, 120 millions au Japon, 30 millions au Royaume-Uni, 20 millions au Canada.

La question des pays pauvres

Puis Moderna, AstraZeneca, Johnson & Johnson, Sanofi et d’autres espèrent avoir des vaccins à leur tour, et la logistique mondiale changera d’échelle. Sur deux ans, le transporteur DHL estime le besoin à 15.000 vols, et 15 millions de colis réfrigérés à livrer dans le monde.

Quant aux pays pauvres, ils n’ont pas d’espoir de bénéficier des premiers vaccins réfrigérés, dit à l’AFP Prashant Yadav, expert de la logistique sanitaire au Center for Global Development. Ils auront besoin de stocker de grandes quantités de vaccins au-delà des deux semaines limites des colis réfrigérés. Or les congélateurs à -80 °C, dit-il, coûtent cinq fois plus cher que les congélateurs standards, et ne sont fabriqués qu’à la demande.