PMA : « Mais pourquoi moi ? », « Lâcher-prise, c’est facile à dire ! »… Ces couples encore jeunes confrontés à l’infertilité

PARENTALITE A l’occasion de la semaine de sensibilisation à l’infertilité, « 20 Minutes » a donné la parole aux couples qui traversent ou ont vécu un parcours médicalement assisté avant 35 ans

Oihana Gabriel
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Illustration d'un couple de futurs parents.
Illustration d'un couple de futurs parents. — pixabay
  • L’infertilité touche un couple sur six en France, selon les dernières données.
  • Si les causes ne sont pas toujours simples à déterminer, beaucoup de médecins alertent sur l’âge, car plus il est élevé, plus les coparents risquent d’avoir du mal à procréer.
  • Mais ce n’est qu’un facteur parmi d’autres, et énormément de couples avant 35 ans connaissent des difficultés. Nous remercions les plus de 300 internautes qui ont répondu à notre appel à témoignages et qui, pour certains, ont nourri cet article.

« J’ai 33 ans et cela fait dix ans que je rêve de cet enfant », avoue Sandrine, l’une des internautes qui a répondu à notre appel à témoignages sur la PMA chez les jeunes couples. Car il n’y a pas que les quadras qui vivent cette épreuve nommée Assistance médicale à la procréation.

Si l’infertilité est parfois expliquée par l’âge d’un ou des deux partenaires, il arrive parfois que des couples, avant 35 ans, se retrouvent face à des difficultés pour concevoir. A l’occasion de la Semaine de sensibilisation à l’infertilité, 20 Minutes a donné la parole à ses internautes pour recueillir leur ressenti.

« L’impression de vivre en suspens »

Sans surprise, beaucoup illustrent le choc ressenti quand ils ont appris, jeune, qu’avoir un enfant ressemblera à un défi plus qu’à un processus naturel et simple. « C’est un parcours du combattant que je ne souhaite à personne, il meurtrit le corps et encore plus l’esprit, synthétise Sandrine, 33 ans et en PMA depuis quatre ans. L’impression de vivre en suspens. En attendant un rendez-vous, un examen, un cycle, une commission, un protocole, un résultat. La PMA reste tabou, car certes, nous n’avons pas un cancer ou une maladie grave… Donc pas le droit d’être triste, malheureux ? La plupart des gens ne se rendent pas compte de ce que signifie la PMA réellement. Pour eux, une Fiv c’est rapide, facile et ça marche à tous les coups ! »

Mais certains de ces récits, heureusement, se finissent bien. Cindy, 28 ans, raconte comment un long labyrinthe lui a permis d’avoir deux enfants en PMA. « J’avais tout juste 23 ans, mon compagnon en avait 28. Pendant 1 an et demi, on espérait, mais que des échecs… En mai 2015, premier rendez-vous dans l’inconnu, dans cette PMA qui au final nous servira beaucoup, car nous y remettrons souvent les pieds. Pour cause, mon compagnon est OATS  (l’oligo-asthéno-tératospermie désigne un ensemble d’anomalies détectées dans le sperme de l’homme), peu de chance de concevoir naturellement. Douche froide ! C’est dur, très dur lorsqu’on est jeune, car on ne s’y attend pas… Nous allons subir des Fiv Icsi pour avoir une chance. Des piqûres, des kilomètres effectués, des prises de sang, des échographies, de l’angoisse à n’en plus finir… En avril 2016, nous gagnons, je suis enceinte. » Depuis, un garçon et une fille ont agrandi la famille.

Pour d’autres, il y a un travail de « deuil » à réaliser. « Nous avons 28 et 30 ans, le fait de faire le deuil du "bébé couette" est encore très dur pour ma part », avoue Emeline. Amélie a découvert à 24 ans qu’elle est atteinte du syndrome des ovaires polikystiques. « Vous voulez savoir mon ressenti quand on apprend qu’à 24 ans, il n’est pas réellement possible de faire un bébé naturellement ? Un déchirement… Surtout quand nos amies, la famille, nous annoncent leurs grossesses. La question que l’on se pose c’est "mais pourquoi moi ?" ».

L’incompréhension des proches et des soignants

Un sentiment d’injustice courant. « Il est très difficile d’en parler à mon entourage, car beaucoup de mes copines sont mamans… et tout à été très simple pour elles, reconnaît ainsi Laura, 31 ans. Un sentiment de jalousie et de colère surtout. Impossible de voir des enfants en bas âge, des femmes enceintes. Tout cela me rend tellement triste. Je pourrais être à nouveau heureuse lorsque j’aurai mon enfant dans les bras. En attendant, je survis. »

Pour Emeline, 30 ans, le regard des proches pèse beaucoup. « L’entourage ne comprend pas forcément notre situation, ils nous disent qu’on est jeunes, que nous avons encore le temps. Et qu’il ne faut pas se prendre la tête, mais c’est compliqué avec un traitement qui nous dit "tel jour, il faut prendre ce médicament, tel jour, un autre". C’est très dur psychologiquement. »

Cette injonction contradictoire, ne pas bloquer psychologiquement alors que la PMA devient vite une obsession, beaucoup de nos internautes en témoignent. Mélanie, 34 ans, qui espère avoir un deuxième enfant grâce à une PMA, le dit avec humour. « Mon mari et moi avons passé des bilans pour notre premier enfant il y a quatre ans, et récemment. Verdict : aucun souci médical. Ce qui est encore plus frustrant ! Alors oui, on nous dit "il ne faut pas y penser, ça viendra à ce moment-là", ou alors "dites-vous que vous en avez déjà un, c’est une chance"… Le lâcher-prise oui, mais facile à dire ! »

Ce manque d’empathie, la famille n’en a pas le monopole. « Ça fait à peu près deux ans et demi que nous espérons avoir un beau miracle, résume Céline, 33 ans. Mais ce qui me choque le plus est le manque d’humanité des médecins et la non prise en charge de cette charge émotionnelle. »

Une épreuve qui resserre les liens

Face aux réactions désobligeantes et aux déceptions, beaucoup soulignent le soutien qu’elles ont trouvé auprès de leur partenaire. « La PMA me permet aussi chaque jour d’apprendre à lâcher prise, à penser plus à moi et à mon couple et moins aux autres, insiste Sandrine, 33 ans. Mais surtout, cela m’a permis de voir à quel point mon couple était solide et que mon mari était un être extraordinaire, toujours là pour me relever quand je tombe, pour m’apporter une épaule pour pleurer, pour me dire les mots qu’il faut ! »

Même écho de la part de Sofia, 24 ans. Son compagnon a 27 ans et est déclaré infertile après des traitements contre un cancer. « Il a pu, avant sa chimiothérapie, faire un retrait pour congeler son sperme, au cas où cela pourrait avoir un impact dans sa fertilité. Nous avons eu deux échecs de la première Fiv, on attend 2021 pour commencer la deuxième. On se bat chaque jour ensemble. C’est douloureux, c’est long et à chaque échec, c’est plein d’émotions et il nous faut un temps pour reprendre nos forces et continuer le combat. Cela fait neuf ans que nous sommes ensemble et nous sommes encore plus soudés. »

« L’âge n’est qu’un facteur parmi d’autres »

Angélique, qui a réussi à avoir un garçon grâce à une Fiv à 29 ans, se relance avec son compagnon dans l’aventure à 31 ans. Elle invite à sortir des clichés. « Le diagnostic posé n’est pas lié à l’âge, mais bien à des problèmes hormonaux très certainement liés aux perturbateurs endocriniens, à l’environnement… De plus en plus de couples souffrent d’infertilité et l’âge n’est qu’un facteur parmi d’autres. »

Et Mélanie, 34 ans, de compléter : « c’est fou comme notre génération peine à faire des enfants… Le stress de la société actuelle ? Les perturbateurs endocriniens ? » Léa, suggère donc de lever le tabou dès le collège. « Pourquoi ne pas parler de PMA quand on aborde la reproduction en 3e ou au lycée ? Pour préparer les jeunes femmes et jeunes hommes de demain et permettre, peut-être, de déculpabiliser et d’être moins seuls à l’âge de concevoir. »

Quand le Covid-19 s’en mêle…

Les PMA en 2020 ont connu une difficulté supplémentaire : l’épidémie de Covid-19 a mis à l’arrêt tous les hôpitaux et cliniques pendant le premier confinement. Et si certains peuvent continuer leurs démarches (pour le moment) en France depuis le confinement saison 2, d’autres, suivis à l’étranger, voient leur projet remis à plus tard. Ainsi, Laura, 31 ans, a enchaîné les fausses couches et les interruptions médicales de grossesse. Pour écourter les délais, elle et son compagnon ont décidé de délocaliser leurs essais en Belgique. « Mais avec le Covid, c’est la fermeture des PMA depuis deux semaines. L’attente, toujours l’attente. C’est compliqué de garder espoir. Rien n’est fait pour nous aider, surtout en ce moment. »

Cindy s’est mis en couple à 20 ans et tente d’avoir un enfant depuis cinq ans. Mais d’examens en Fiv, elle a découvert qu’elle aura besoin d’un don d’ovocyte. Avec un délai moyen de cinq ans d’attente en France. Le couple a choisi de poursuivre la PMA en République Tchèque, mais le premier essai, cette année, s’est soldé par une grossesse extra-utérine. « Je devais me faire opérer en novembre pour éviter le risque d’une nouvelle grossesse extra-utérine. Finalement, l’opération est annulée pour cause de Covid-19 et reportée à 2021… La patience est le maître mot. »