Coronavirus à Toulouse : Masque obligatoire, fermeture des bars et couvre-feu ont bien eu un impact sur la circulation du virus

SCIENCE Une étude statistique menée par le laboratoire de virologie du CHU de Toulouse montre le rôle des différentes mesures de restriction sur la circulation du coronavirus dans l’aire urbaine toulousaine. Et certaines ont plus d’impact que d’autres

Béatrice Colin

— 

A compter du 12 octobre, 86 communes de la Haute-Garonne sont passées en zone d'alerte renforcée.
A compter du 12 octobre, 86 communes de la Haute-Garonne sont passées en zone d'alerte renforcée. — Fred Scheiber / SIPA
  • Le laboratoire de virologie de Toulouse vient de publier une étude qui détaille l’impact de chaque mesure prise à Toulouse sur la courbe des infections de coronavirus.
  • Celle du masque obligatoire dès le 5 août a un impact non négligeable, tout comme le passage en zone d’alerte renforcée et la fermeture des bars.
  • Cette étude permet de mettre en évidence le rôle de chaque mesure, et d’anticiper pour les services de réanimation les futurs pics d’infection.

« Le  masque ne sert à rien », « les bars sont un lieu de circulation minoritaire du virus » ou encore « le virus ne va pas se coucher à 21 heures ». Les opposants aux mesures de restriction mises en place pour limiter la circulation du coronavirus, que ce soit le couvre-feu ou encore la fermeture de certains établissements, ont souvent mis en avant l’impact limité qu’elles pouvaient avoir.

Une étude scientifique menée par le CHU de Toulouse, et publiée dans Science Direct, vient prouver au contraire l’efficacité de certaines d’entre elles dans la diffusion du coronavirus au sein de la population. Chloé Dimeglio, biostatiscienne au sein du laboratoire de virologie CHU de Toulouse vient de démontrer grâce à ses modèles mathématiques que si ces restrictions n’avaient pas été prises, les services de réanimation de la Ville rose seraient déjà en tension.

Recul du pic d’infections

Lors de la première vague, elle avait pu estimer que le confinement avait évité la mort de 100.000 personnes. Cette fois elle s’est penchée sur l’impact des arrêtés municipaux et préfectoraux sur la grande agglomération toulousaine, soit 1 million de personnes environ. Et au-delà des données prédites par ses statistiques, la chercheuse a pu intégrer les données en temps réel de circulation du coronavirus, et ainsi être plus précise.

Evolution de l'épidémie de SARS-Cov2 en fonction des mesures de restriction prises à Toulouse.
Evolution de l'épidémie de SARS-Cov2 en fonction des mesures de restriction prises à Toulouse. - Chloé Dimeglio / CHU Toulouse

« On s’aperçoit qu’en mettant la contrainte du masque obligatoire sur les berges de la Garonne et certains lieux très fréquentés de Toulouse dès le 5 août, on contraint pas mal la circulation du virus. En fin de saison estivale, on était sur une contrainte appliquée à la circulation du virus d’à peu près 18 %, ce qui n’est pas énorme, avec le port du masque obligatoire dans certaines zones de Toulouse, on passe à une contrainte de 25 % », détaille Chloé Diméglio.

Derrière ces pourcentages se cache surtout une tendance en ce qui concerne le pic d’infections, une donnée très importante pour les services hospitaliers et la saturation notamment des services de réanimation.

L’impact fort de la zone d’alerte renforcée

« En sortie de saison estivale, sans nouvelle mesure, il se serait à peu près situé autour du 11 novembre, avec 14.000 nouveaux cas par jour. Avec la restriction du masque, on aplatit la courbe, on passe à 10.000 nouveaux cas jour au 2 décembre. Non seulement on réduit l’intensité du pic mais on le décale un peu dans le temps ce qui nous permet potentiellement d’attendre un vaccin », poursuit la chercheuse.

Mais le masque dans certains secteurs fut un premier pas, avant sa généralisation le 21 août. Une mesure qui a eu moins d’impact qu’une autre, plus décriée par ailleurs par les milieux économiques et politiques de la Ville rose, celle du passage en zone d’alerte renforcée.

« La contrainte varie moins, elle passe à 28 %. Là où on va vraiment l’augmenter, c’est lorsqu’on va mettre en place les mesures prises juste avant le couvre-feu, c’est-à-dire la fermeture de certains espaces publics, le couvre-feu dans les bars et restaurants le 26 septembre. A partir de là, la contrainte s’alourdit et l’on passe à 35 % de contraintes sur la diffusion du virus, on passe à un pic le 22 janvier avec 5.000 nouveaux cas par jour, on a vraiment décalé dans le temps et réduit l’intensité du pic », affirme la biostatisticienne.

Le couvre-feu a lui un impact plus léger, puisque la contrainte du virus passe de 35 à 37 %, le pic d’infections étant alors prévu le 10 février avec 4.200 cas. A posteriori, on se demande si cette mesure n’aurait pas dû s’appliquer plus tôt, comme cela a été le cas dans des villes comme à Bordeaux.

« C’est sûr que si on prend cette mesure plus tôt, on contrôle mieux la diffusion du virus. A l’heure actuelle, nous ne sommes pas à saturation et dans une situation dramatique. Nos modélisations nous permettent d’anticiper sur la date potentielle de la saturation des réanimations et de mettre en place des mesures pour l’éviter. Les mesures qui ont été prises sur Toulouse l’ont été dans un timing cohérent », assure la chercheuse.

D’ici une dizaine de jours, elle pourra dire grâce à son modèle et aux données en temps réel de cas positifs recensés sur l’aire urbaine, si le confinement acte II a eu un impact sur la circulation du coronavirus.

Sur ces courbes, on a projeté le seuil théorique de saturation des services de réanimation sur Toulouse, on s’aperçoit que même avec les mesures de couvre-feu on passe à un moment donné à ce seuil de saturation. Mais pour elle, une chose est sûre. « On n’a pas une capacité extensive à augmenter nos lits de réanimation sur Toulouse, la seule solution qui nous reste, c’est de durcir la contrainte pour forcer la courbe à descendre sous le seuil de saturation », conclut-elle.