Coronavirus : Les Français sont-ils prêts à se faire un autotest PCR ?

DEPISTAGE Au Royaume-Uni, les autorités sanitaires ont recours à l’autotest PCR pour augmenter leurs capacités de dépistage du Covid-19

Anissa Boumediene

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Cet écouvillon, seriez-vous prêt à l'insérer vous-même profondément dans votre nez?
Cet écouvillon, seriez-vous prêt à l'insérer vous-même profondément dans votre nez? — FRED SCHEIBER/SIPA
  • Pour développer ses capacités de dépistage du coronavirus tout en réduisant les coûts et les risques sanitaires, le Royaume-Uni a recours aux autotests.
  • Il s’agit d’autotests PCR où c’est le patient lui-même qui réalise son prélèvement nasopharyngé avec un écouvillon.
  • Patients et biologistes doutent de la faisabilité – et donc de la fiabilité – d’un tel système.

C’est l’un des mots de l’année : écouvillon. Du nom de ce long coton-tige inséré profondément dans le nez lors d’un dépistage par PCR du Covid-19. Et si on vous demandait de le faire vous-même, ce prélèvement nasopharyngé ? Le feriez-vous ? C’est la stratégie adoptée par le Royaume-Uni pour augmenter ses capacités de dépistage tout en limitant les coûts et les risques d’exposition du personnel technique au coronavirus.

La procédure, réservée aux personnes symptomatiques, prévoit la mise à disposition gratuite d’un kit de dépistage livré à domicile, à réaliser soi-même ou à récupérer et pratiquer dans un centre de dépistage indiqué par les autorités sanitaires britanniques. Le patient s’autoprélève deux fois : dans le fond de la gorge et dans le nez. Mais la méthode est-elle fiable ? A-t-elle une chance d’arriver en France ? Le grand public est-il prêt à s’autotester par PCR ?

« Faire le prélèvement nasal moi-même, jamais ! C’est impossible ! »

Après une longue montée en puissance, la France est aujourd’hui capable de dépister deux millions de personnes par semaine. Du côté des laboratoires de biologie médicale, « on travaille déjà 24h/24, 7j/7 et on est au maximum de nos capacités », indiquait il y a peu à 20 Minutes le Syndicat des jeunes biologistes médicaux (SJBM). Alors, l’autotest PCR est-il une piste sérieuse pour assurer les capacités françaises de dépistage ? « Le dépistage par PCR est un geste technique qui doit être pratiqué par quelqu’un de formé à cet effet », rappelle le Dr François Blanchecotte, président du Syndicat des biologistes.

Or le grand public n’est précisément pas formé à un tel geste. Au Royaume-Uni, des consignes en images sont données aux Britanniques invités à s’autotester. Mais en pratique, pas sûr que chacun puisse y arriver. Après avoir présenté des symptômes Covid-compatibles, Hamid a récemment passé un test PCR. « Certains trouvent que c’est juste un moment désagréable à passer. Eh bien moi j’ai trouvé que c’était franchement douloureux, comme lorsque la moutarde vous monte au nez, mais puissance mille ! » Alors, pour le sexagénaire, hors de question de réaliser lui-même ce prélèvement. « Le technicien m’a inséré l’écouvillon assez profondément dans le nez, et l’y a laissé une dizaine de secondes en le remuant. Ça me brûlait, j’avais hâte que ça finisse ! Donc faire le prélèvement nasal moi-même, jamais ! C’est impossible. Et en pratique, j’aurais bien trop peur de trop l’enfoncer et de me blesser ». Même sentiment pour Laure, testée à deux reprises dans le cadre de ses fonctions professionnelles : « Je suis sûre que je n’oserais pas enfoncer l’écouvillon assez profondément, c’est plus rassurant qu’un professionnel de santé s’en charge. Et c’est plus rassurant aussi quant à l’efficacité du dépistage. Si c’était moi qui réalisais le prélèvement nasal, j’aurais moins confiance dans le résultat. S’il était négatif, je me demanderais si c’est parce que j’ai mal fait ».

Et ce n’est pas le Dr Blanchecotte qui la contredira. « En tant que biologiste qui pratique au quotidien de nombreuses PCR, j’ai déjà subi moi-même ce dépistage pour écarter tout risque de contamination. Et je peux vous assurer que je serais incapable d’insérer moi-même un écouvillon dans le fond de mon nez. Donc j’ai des doutes sur la capacité de tout un chacun ».

Le manque de fiabilité des échantillons salivaires

« A la rigueur, l’écouvillon dans le fond de la gorge, pourquoi pas », concède Hamid. D’ailleurs, le test salivaire, attendu depuis des mois, est porteur d’espoir dans la simplification des campagnes de dépistage. « Emmanuel Macron a indiqué qu’il souhaiterait l’arrivée rapide de tests salivaires par autoprélèvement, que chacun pourrait réaliser à la maison, souligne le Dr Blanchecotte. Si demain, on a un test salivaire capable de détecter des particules virales et qui soit facile à pratiquer soi-même, évidemment ce serait l’idéal ».

Si des tests salivaires ont bien été validés par la Haute autorité de santé (HAS), « ils ne sont pas aussi fiables que la PCR, regrette le Dr Blanchecotte. Le problème est que dans la salive, il y a beaucoup moins de virus que dans le nez. En outre, dans la salive, il y a des enzymes qui dégradent l’ARN du virus, ce qui explique que les RT-PCR sur salive ne fonctionnent pas très bien, regrette le biologiste. On a essayé mais actuellement, on ne le conseille pas à nos patients, parce qu’il y a un problème de conservation, de quantité de salive, et d’action des enzymes entre le moment où le prélèvement est réalisé et celui où l’analyse de l’échantillon est pratiquée ».

Pas de retour des autorités britanniques

Mais des tests PCR fiables sur échantillon salivaire pourraient être développés. « Ce qui semblerait fiable, c’est de la PCR "froide", avec un protocole d’amplification modifié, que l’on pourrait pratiquer avec une certaine quantité de salive – qui pourrait alors facilement être autoprélevée. Certaines machines dans le monde seraient capables de mener ces tests. On cherche à savoir s’il est possible d’en acquérir, parce qu’elles auraient une fiabilité plus grande et permettraient d’obtenir un résultat en moins d’une heure. Actuellement, il existerait deux fournisseurs de cette machine, et nous aimerions la tester avec des échantillons de salive de patients dont on sait qu’ils sont positifs pour en tester l’efficacité. Mais pour l’heure, c’est encore très hypothétique ».

Au Royaume-Uni, ce sont pour l’heure plusieurs centaines de milliers de Britanniques qui se sont autotestés par PCR. Mais les autorités sanitaires britanniques n’ont pas révélé de données précises sur les résultats obtenus.