Coronavirus : La seconde vague en France risque-t-elle d’être pire que la première ?

EPIDEMIE De plus en plus de médecins alertent sur les risques d'une seconde vague encore plus meurtrière que la première

Jean-Loup Delmas

— 

Des soignants allant en réanimation, illustration
Des soignants allant en réanimation, illustration — Sputnik/SIPA
  • Le Premier ministre a averti ce jeudi que le mois de novembre serait « éprouvant » face au coronavirus.
  • Plus éprouvant encore que les mois de mars ou d’avril ? C’est l’hypothèse avancée par plusieurs médecins, qui redoutent une seconde vague encore pire que la première.
  • A l’aide de deux épidémiologistes, « 20 Minutes » explique les raisons éventuelles d’une seconde vague particulièrement redoutable.

Les chiffres de Santé publique France ce dimanche avaient de quoi convaincre les derniers sceptiques. Avec plus de 50.000 cas positifs recensés en vingt-quatre heures, auxquels s’ajoutent 116 décès, la seconde vague de coronavirus est bien là. En moyenne, le nombre de cas augmente désormais de 30 % chaque semaine, tandis que le taux d’occupation des lits de réanimation et le nombre de morts progressent également de manière inquiétante. Et même de façon plus alarmante que prévu, à en croire le Conseil scientifique ce lundi, qui déclare être « surpris par la brutalité de ce qui est en train de se passer depuis dix jours. »

Au point que des médecins alertent sur les risques d’une seconde vague si forte qu’elle en deviendrait encore plus meurtrière que la première, qui a balayé la France entre février et mai. Le directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris Martin Hisch déclarait ainsi ce vendredi sur RTL : « La deuxième vague peut être pire que la première. » 

Diffusion nationale du coronavirus

Interrogé par 20 Minutes, Mahmoud Zureik, praticien hospitalier en épidémiologie et en santé publique, se refuse au jeu des pronostics mais alerte sur une seconde vague « qui sera assurément très très rude, pour plusieurs raisons différentes de mars ». En tête, la circulation du virus beaucoup plus diffuse sur l’ensemble du territoire français, là où la première vague s’était majoritairement déversée sur le Grand-Est et l’Ile-de-France. Antoine Flahault, épidémiologiste, file la métaphore : « Un peu comme les feux de forêt, lorsqu’une épidémie est généralisée, il est plus difficile de la combattre que lorsqu’elle est circonscrite. »

Conséquence de cette diffusion nationale, les transferts de patients entre régions seront rendus beaucoup plus difficiles. « Il n’y aura pas de zone de répit, chaque région sera livrée à elle-même », s’inquiète Mahmoud Zureik. Et le raisonnement peut même être transféré à l’échelle internationale. Lors du pire de la première vague, de multiples transferts de patients vers l’Allemagne, la Suisse ou le Luxembourg notamment, avaient permis de décharger un peu des hôpitaux français au bord de la rupture. En novembre, avec l’épidémie qui touchera fortement l’ensemble des pays européens, cela semble compliqué à envisager.

La crainte d’une saturation et d’un crash hospitalier

Certes, le Covid-19 est bien mieux soigné qu’en début d'année. La mortalité des personnes hospitalisées pour coronavirus a été réduite de 30 à 50 % en l’espace de quelques mois, rappelle Antoine Flahault, et les réanimations sont bien mieux prises en charge.

Si les progrès sont incontestables, seront-ils encore applicables en cas de saturation totale du système hospitalier ? C’est là tout l’enjeu de la seconde vague pour Mahmoud Zureik : « On redoute que le système sanitaire lâche et crashe complètement tant il sera débordé. On a vu en Italie et en Espagne lors de la première vague des images avec des patients graves Covid-19 installés dans les couloirs des urgences faute de place pendant une dizaine des jours. On craint de vivre cela en France. » Dans ces conditions, tous les progrès effectués dans le traitement des patients seront caducs, faute de pouvoir les pratiquer.

Deux phénomènes font particulièrement redouter cette hypothèse. En se concentrant en partie sur l’Ile-de-France, la première vague avait frappé la région du pays la mieux équipée en termes de santé. La crainte est que cette fois, des régions avec très peu de ressources sanitaires ne puissent faire front.

A cela s’ajoute l'impact de la première vague, qui a « fortement secoué le système de soin français, déjà fragilisé avant février », témoigne Mahmoud Zureik. Pour Antoine Flahault, si le système hospitalier français est déjà sous tension, il n’en reste pas moins « l’un des mieux taillés en Europe pour affronter la tempête hivernale. Ses personnels sont hautement qualifiés, l’infrastructure est bien maintenue pour la plupart et bénéficie des dernières avancées technologiques. Ce qui inquiète davantage est la lassitude, le burn-out parfois, des personnels soignants qui sont épuisés par des mois de lutte contre cette pandémie dans des conditions difficiles. »

L’efficacité des gestes barrières

Et les masques et les gestes barrières dans tout ça ? Ils jouent leurs rôles, et si les chiffres de ces derniers jours sont affolants, ils seraient encore bien pires sans. Actuellement, le taux de reproduction du virus est de 1,34 en France. Grossièrement, cela signifie qu’une personne malade contaminera 1,34 personne en moyenne donc que le virus continue de circuler activement (puisque chaque malade contamine plus d’une personne, le nombre de malades augmente).

A la veille du confinement en mars dernier, ce taux de reproduction était estimé à 2,8, un chiffre plus de deux fois supérieur. De la même manière, si le nombre de cas évolue de 30 % par semaine, au plus fort de la crise de mars, il doublait tous les trois jours. « Les masques et les gestes barrières font correctement leur travail de réduction de l’accélération épidémique », assure donc Antoine Flahault.

Tout le problème, c’est que l’épidémie continue de grimper à une vitesse vertigineuse. Moins forte qu’en mars donc, mais à un rythme exponentiel malgré tout. De quoi sonner l’alerte pour Mahmoud Zureik : « Pour éviter une seconde vague pire que la première, si on peut l’éviter, il faut prendre des mesures très fortes, très strictes et très rapidement. » Et déjà penser à demain. Car pour le praticien, ce qui se joue également dès aujourd’hui, « c’est comment allons-nous nous prévenir de la troisième vague ? » En temps de crise sanitaire, à chaque jour ne suffit plus sa peine.