Coronavirus à Toulouse : « Si rien ne change, le nombre d’hospitalisations et cas graves aura doublé dans trois semaines »

EPIDEMIE Selon les autorités sanitaires, il y a une aggravation rapide des indicateurs épidémiques qui pourraient d’ici peu se traduire par une saturation des services hospitaliers, notamment à Toulouse

Béatrice Colin

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Au sein du service de réanimation du CHU de Toulouse. (illustration)
Au sein du service de réanimation du CHU de Toulouse. (illustration) — F. Scheiber / SIPA
  • Selon l’Agence régionale de santé, de 61 hospitalisations, dont 26 en réanimation, au 1er septembre, les services hospitaliers d’Occitanie dénombrent ce 23 octobre 1.045 patients Covid-19 hospitalisés, dont 219 en réanimation.
  • Au CHU de Toulouse, les médecins craignent que d’ici trois semaines, le nombre d’hospitalisations et de cas graves aient doublé.
  • Le « challenge » est d’arriver à faire baisser le taux de reproduction du virus, grâce notamment aux mesures barrières et au couvre-feu.

Depuis le 1er septembre, il y a eu autant d’hospitalisations et de décès de patients atteints du Covid-19 au CHU de Toulouse que lors de la première vague. Ce vendredi, 133 personnes y étaient hospitalisées, dont 24 en réanimation et 11 en soins intensifs. Au niveau régional, « en un mois l'Occitanie est passée de 200 à 600 nouvelles hospitalisations par semaine », indique ce vendredi l’Agence régionale de santé dans son bulletin hebdomadaire.

De 161 hospitalisations, dont 26 en réanimation, le 1er septembre, les services hospitaliers dénombrent ce 23 octobre 1.045 patients Covid-19 hospitalisés, dont 219 dans les services de réanimation, soit plus de huit fois plus. Rien que depuis mardi, 42 nouveaux décès sont à déplorer sur le territoire régional.

« Une tendance en hausse, la tension est plus élevée que la semaine dernière, d’autant que contrairement au printemps dernier, nous ne sommes pas dans une situation similaire, les opérations ne sont pas toutes déprogrammées », indique Béatrice Riu-Poulenc, cheffe du service de réanimation à l’hôpital Purpan. Pour l’instant, la saturation n’est pas atteinte, grâce à une gestion coordonnée au niveau régional, notamment avec les hôpitaux de secteurs et les cliniques privées. Et à une baisse depuis le couvre-feu de personnes victimes d’accidents de la route la nuit ou encore de traumatismes dus aux bagarres, notamment.

Faire baisser le taux de reproduction

« En temps normal, hors épidémie, 80 % des lits de réanimation sont occupés. Là, près de 45 % des lits de réanimation d’Occitanie sont occupés par des patients Covid-19, ça ne peut que créer de la complexité. Nous sommes préoccupés, et nous avons parfois l’impression que la population générale ne l’est pas », poursuit Muriel Alvarez, infectiologue au CHU de Toulouse.

Pour l’heure, la mesure de couvre-feu, entrée en vigueur la semaine dernière dans l’agglomération toulousaine ne s’est pas fait ressentir sur les services de santé. S’il est bien respecté, « il faut se demander aussi ce qui se passe dans la journée. S’il y a un rattrapage des gens entre 18 h et 21 h, ce n’est pas génial », poursuit la praticienne hospitalière du service des maladies infectieuses. Lors du confinement, il avait fallu quinze jours à trois semaines pour voir la courbe ascensionnelle en Haute-Garonne atteindre un plateau.

Mais pour l’heure, les scénarios ne laissent rien présager de bon. Le taux de reproduction du virus est actuellement de 1,25 à Toulouse, une personne contaminée en infecte en moyenne 1,25. « S’il reste à ce niveau, d’ici trois semaines nous assisterons à un doublement des cas graves et des hospitalisations. Tout l’intérêt du couvre-feu est de la faire baisse à 1 ou moins de 1, ce qui nous permettrait d’atteindre un plateau », conclut Béatrice Riu-Poulenc.