Coronavirus : Pourquoi le mois de novembre va-t-il être « éprouvant » comme le prévoit Jean Castex ?

EPIDEMIE Lors du point de santé hebdomadaire sur le coronavirus, Jean Castex a indiqué que le mois de novembre sera très dur pour la France. « 20 Minutes » vous explique pourquoi

Jean-Loup Delmas

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Jean Castex a prévenu les Français que le mois de novembre à venir serait très difficile
Jean Castex a prévenu les Français que le mois de novembre à venir serait très difficile — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Jeudi, le Premier ministre Jean Castex a qualifié le mois de novembre à venir « d’éprouvant » pour la France à l’occasion du point de santé hebdomadaire sur le coronavirus.
  • Alors que les chiffres d’octobre sont déjà catastrophiques, Jean Castex a prévenu que les morts seraient encore nombreux le mois prochain.
  • Alors, pessimisme de façade pour alerter les Français ou réalité auquel le pays ne peut plus échapper ?

Cela ne vous aura pas échappé, la situation sanitaire s’aggrave en France. Plus de 40.000 cas de coronavirus recensés en vingt-quatre heures, record européen, des taux d’occupation de lit en réanimation qui dépassent dans plusieurs régions les 50 %, et désormais 46 millions de Français dans 54 départements concernés par le couvre-feu.

Ce sombre bilan est encore alourdi par un constat implacable : le pire reste à venir. Jean Castex, présent exceptionnellement jeudi au point santé hebdomadaire de son ministre de la Santé Olivier Véran pour appuyer la gravité de la situation, n’a pas dit autre chose : « Le mois de novembre sera éprouvant, nous le savons déjà. » On vous explique pourquoi le Premier ministre a raison d’alerter sur ce mois de novembre qui s’annonce difficile.

Les cas positifs d’aujourd’hui sont sans doute les réanimations de demain

Partons du plus simple et du plus concret, les 41.622 nouveaux cas de coronavirus de ce jeudi. Grossièrement, on peut résumer en disant qu’entre le moment du test positif et l’hospitalisation se déroule environ une semaine, voire dix jours, et à peu près la même durée entre l’hospitalisation et le passage en réanimation. Evidemment, tous les cas positifs ne seront pas hospitalisés, toutes les hospitalisations ne finissent pas en réanimations, et toutes les réanimations n’aboutissent pas à des morts. « Mais à chaque fois, il y a un certain pourcentage passant d’une case à l’autre, on ne peut pas le nier, tranche Hélène Rossinot, spécialiste de santé publique. Donc plus on recense de cas positifs aujourd’hui, plus il y aura des réanimations et des morts dans les semaines à venir, c’est une simple loi mathématique ». Délai qui nous amène au mois de novembre.

Or, « sans dire que tous les soignants étaient en forme en mars ou en avril, ils sont encore plus fatigués actuellement », appuie la médecin. « Et le soutien n’est plus le même, ce qui pèse aussi lourd. Ce constat vaut pour les hôpitaux, la médecine de ville, les généralistes, les proches aidants… Tous sont épuisés par la première vague et voient la seconde qui arrive », décrit-elle.

Des chiffres hauts et qui ne font qu’augmenter

Surtout que les chiffres ne risquent pas de diminuer. Petite illustration de ce qu’est une exponentielle avec Hélène Rossinot : « il y a trois semaines, 79.000 cas étaient recensés en sept jours. La semaine dernière, 120.000. Cette semaine, 180.000. Les chiffres s’affolent. » Ils s’affolent d’autant plus dans le froid d’octobre-novembre, où la population grelottante favorise naturellement les lieux clos et peu aérés, deux actions qui amplifient les chances de contamination.

Et c’est bien le problème aussi pour l’urgentiste Mathias Wargon, « il n’y a pas de raison que les chiffres baissent, et il n’y a pas de raison que ça ne continue pas d’augmenter, ce qui ne fait qu’empirer à chaque fois la situation trois semaines plus tard, encore et encore. »

Les effets du couvre-feu arriveront bien tard et seront bien lents

Certes, mais quid du couvre-feu ? Même en supposant qu’il agirait comme un super-ralentisseur de l’épidémie – ce qui est très loin d’être prouvé –, le décalage évoqué plus haut s’applique. Autrement dit, il mettra encore deux, trois semaines à faire voir ses premiers effets en ce qui concerne les zones en couvre-feu dès vendredi 16 octobre (Paris, Lyon, Toulouse, etc.), et une semaine supplémentaire pour les départements concernés par les annonces de jeudi. Bref, le mois de novembre sera déjà bien entamé. Et puis, même dans l’hypothèse où d’incroyables effets se produisaient, « ils seraient très progressifs », tempère Hélène Rossinot. Il suffit de voir que même le confinement en mars a mis bien plus de trois semaines à soulager la vague épidémique.

Des chiffres d’ailleurs qui pourraient être tronqués par les vacances de la Toussaint. Deux semaines sans écoles, plus de gens en vacances donc moins de présentiels au travail, certaines universités aussi en vacances, cela fait moins de contaminations. Là aussi des effets visibles dans plusieurs semaines, « et qui nécessiteront de faire attention à ne pas surinterpréter l’effet réel du couvre-feu », avertit la spécialiste de santé publique France.

Mener une bataille sur deux fronts pour combien de temps ?

Or, comme on l’a dit précédemment, la situation est déjà tendue dans les hôpitaux français. Des plans blancs (déprogrammation des opérations non vitales) ont déjà été enclenchés, et avec l’afflux qui arrive, difficile de voir comment le service de santé français peut tenir le haut de la vague. Conséquence de ces hôpitaux débordés, Hélène Rossinot alerte : « il va y avoir de la casse aussi chez les patients non-Covid ». Opération repoussée, médecin occupé ailleurs… « Nous sommes pour le moment débordé parce que nous n’avons pas totalement déprogrammé et qu’on tente de garder une situation normale pour les autres patients », indique Mathias Wargon, qui s’inquiète de savoir pendant encore combien de temps il sera possible de mener les deux fronts des opérations Covid-19 et des autres maladies : « On veut essayer de ne pas tomber dans la caricature de ce qui s’est fait en mars, avril, en prenant aussi les patients graves non Covid, avec les conséquences dramatiques que l’on connaît. » Difficile de savoir si ce vœu pieux sera réalisable au milieu du mois prochain.

Surtout que contrairement à la première vague, l’épidémie n’est plus localisée mais étendue sur tout le territoire. En conséquence, les transferts entre les régions de patients ou la mise à disposition de personnels pour les hôpitaux les plus engorgés risquent d’être cette fois-ci impossible. Même les transferts entre pays (le Luxembourg, la Suisse et l’Allemagne notamment avaient pris en charge des patients français au cours de la première vague) risquent d’être plus complexes « car le rebond se fait partout et simultanément en Europe », désespère Hélène Rossinot.

Et la grippe et la gastro dans tout ça ?

« D’autant plus que novembre est déjà un mois compliqué habituellement, avec le reste des maladies de l’hiver », rajoute la médecin. Certes, on peut espérer qu’avec la stricte application des gestes barrières, les épidémies de grippe et de gastro-entérite soient moins violentes que les hivers précédents.

A ce propos, Mathias Wargon indique que la gastro-entérite et la bronchiolite, en tout cas en ce qui concerne l’Ile de France, sont actuellement en dessous des niveaux attendus à cette époque de l’année. Quant à la grippe, l’urgentiste avance trois « bonnes » nouvelles : le début de son épidémie traditionnel ne commence qu’à la mi-novembre, il y a eu une ruée vers les vaccins grippaux comme jamais les années précédentes, et enfin les gestes barrières devraient diminuer là aussi l’épidémie. Par exemple, dans l’hémisphère sud, qui a déjà passé l’hiver, la grippe n’a jamais été aussi peu violente.

Mais vous l’admettrez vous-même après ces 7.000 signes de la déprime, cela semble bien peu de bonnes nouvelles face à l’impact qui nous attend.