Coronavirus : Qu'est-ce que le remdesivir, le traitement qui vient d’être autorisé aux Etats-Unis ?

PANDEMIE L’antiviral remdesivir vient d’être autorisé aux Etats-Unis pour traiter des malades de coronavirus. Véritable espoir en plein cœur du rebond épidémique ou tempête dans un verre d’eau, qu’est ce que le remdesivir et que peut-il apporter ?

Jean-Loup Delmas

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Le remdesivir, premier médicament contre le Covid-19 — 20 Minutes
  • L’antiviral remdesivir peut désormais être administré aux Etats-Unis dans le cadre du coronavirus, selon une annonce de l’Agence américaine des médicaments ce jeudi.
  • Alors qu’aucun traitement efficace n’a été trouvé contre le Covid-19, le remdesivir est-il la solution tant attendue ?
  • Listes des études sur le sujet, histoire du traitement et apport supposé de ce dernier, 20 Minutes fait le point.

Ce jeudi, l’Agence américaine des médicaments (FDA) a accordé une autorisation pleine au médicament antiviral remdesivir pour les malades hospitalisés du coronavirus, confirmant une autorisation conditionnelle accordée au mois de mai. Conséquence de cette décision, aux Etats-Unis, le remdesivir pourra être donné aux adultes et aux enfants de plus de 12 ans pesant au moins 40 kg, dans les cas requérant une hospitalisation. Il ne pourra être administré, par injection, qu’en hôpital ou dans un environnement équivalent. Une autorisation en urgence a été accordée parallèlement pour les enfants de moins de 12 ans pesant au moins 3,5 kg. L’Europe a de son côté commandé 500.000 doses début octobre.

Il n’en fallait pas plus pour espérer y voir en pleine seconde vague européenne un début de solution au problème insoluble que semble être le Covid-19. Loin de cette candeur, 20 Minutes vous explique tout sur le remdesivir, et pourquoi il ne faut nullement en espérer des miracles (désolé).

Le remdesivir, qu’est ce que c’est ?

Le remdesivir est un traitement antiviral intraveineux, et comme sa définition l’explique, il a pour action d’empêcher ou de diminuer la réplication virale au sein des cellules infectées. Il n’a pas à l’origine été développé pour traiter le Covid-19 et avait déjà été testé sans succès pour lutter contre Ebola.

Dès le début de l’épidémie de coronavirus, il intéresse les scientifiques qui y voient une possible utilité. Le traitement est prometteur, notamment dans les tubes à essai, où il montre de vrais résultats, bien meilleurs que ceux de la fameuse hydroxychloroquine par exemple, évoque l’infectiologue Nathan Peiffer-Smadja. Des tests sur des singes avec des pneumonies Covid aux Etats-Unis montrent eux aussi de bons effets.

Il fait alors partie des traitements évalués par deux des plus grands essais cliniques mondiaux sur le coronavirus, à savoir Discovery​ (France et Union européenne) et Solidarity (piloté par l’OMS). L’essai clinique anglais Recovery renonce à le tester, « mais plus pour des raisons techniques que par défiance envers ce traitement. Simplement, Recovery a du mal à se procurer des doses de remdesivir et considère qu’un traitement intraveineux est complexe, les Anglais préfèrent évaluer des choses plus simples et faciles d’accès », étaye Nathan Peiffer-Smadja.

Que disent ces études sur les effets du remdesivir ?

Après un essai randomisé sur 1.000 patients en double aveugle et avec contre placebo (des patients de l’essai ingèrent un placebo au lieu du traitement testé), « une diminution de la durée d’hospitalisation est constatée. Les patients restent en moyenne quatre jours de moins à l’hôpital que sans le traitement », appuie l’infectiologue. Par contre, et c’est là que le bât blesse clairement, il n’y a aucune incidence sur le taux de mortalité, qui reste identique avec ou sans remdesivir.

Après cet essai, Solidarity et Discovery continuent d’évaluer le traitement. Solidarity publie ces résultats préliminaires (comprenant les patients Discovery), qui ne montrent aucun effet sur la mortalité à 28 jours. Ce n’est pas qu’on veut vous enfoncer le moral, mais aucun traitement testé par Solidarity n’a montré d’incidence sur la mortalité du virus.

L’essai de Discovery est quant à lui en cours, « et les résultats sont très attendus, car il s’intéresse plus à l’effet virologique et l’impact sur les hospitalisations du traitement », indique Nathan Peiffer-Smadja. En gros, les actions où le remdesivir ferait effet, maintenant que son efficacité nulle sur la létalité est reconnue.

Aux Etats-Unis, des essais amènent des conclusions similaires : une amélioration clinique significative des patients sans différence de mortalité.

Est-ce que ça va changer quelque chose ?

Clairement non, pour Nathan Peiffer-Smadja. « Il ne faut pas voir le remdesivir comme un game changer dans l’épidémie ou comme un traitement efficace contre le coronavirus », prévient tout de suite l’infectiologue. Comprenez qu’en ne modifiant pas le taux de mortalité du virus, il ne pourra logiquement pas changer grand-chose aux vagues d’épidémie qui frappent le monde actuellement : « Les corticoïdes par exemple ont eux démontré leur impact sur des patients graves, ce que n’a pas réussi le remdesivir ». Inutile donc de s’attendre à ce que les Etats-Unis se débarrassent du virus après l’autorisation de ce traitement.

Pas d’incidence sur la mortalité certes, mais lorsqu’on voit les problèmes soulevés par la saturation des hôpitaux par les malades Covid-19 – places surchargées, proximité et contamination entre les patients, déprogrammation d’autres maladies ou choix entre les réanimations –, quatre jours d’hospitalisation glanés pour les patients survivants ne pourraient-ils pas déjà constituer un apport dans la lutte contre cette pandémie ? Nathan Peiffer-Smadja : « C’est effectivement un argument en faveur du remdesivir, même s’il demande à être confirmé. Cela reste étonnant une diminution de l’hospitalisation sans aucune baisse de la mortalité. »

Au final, c’est effectivement le scepticisme qui domine sur ce traitement, même après l’accord de l’Agence américaine. « Un traitement intraveineux donc complexe, relativement cher – on parle de 2.000 dollars pour cinq jours de traitement, avec une efficacité extrêmement modérée », étaye l’infectiologue. On vous avait prévenu, c’est loin d’être le médicament miracle.