Coronavirus : Et si la perte d’odorat permettait de mieux gérer les pics à l’hôpital ?

PRESCRIPTION En pleine deuxième vague, des chercheurs spécialistes de l’odorat estiment que le recensement des pertes olfactives serait un outil économe pour prévoir finement, et localement, les surcharges hospitalières

Hélène Ménal

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La perte olfactive est l'un des symptômes du Covid 19. Illustration.
La perte olfactive est l'un des symptômes du Covid 19. Illustration. — Engin Akyrurt - PixaBay
  • Des chercheurs français de Toulouse, Lyon et Nice ont participé à une étude internationale sur la perte de l’odorat, l’anosmie, liée au Covid-19.
  • Grâce au dépouillement de milliers de formulaires, mais aussi en analysant les requêtes Google, ils démontrent que la perte olfactive des habitants est un indicateur fiable sur le stress hospitalier à venir dans la région qu’ils habitent.
  • Alors que la deuxième vague est là, ils suggèrent aux autorités d’utiliser cet outil de prévision peu coûteux.

Le constat ne fait plus débat : même si elle n’apparaît pas à tous les coups, l’anosmie – autrement dit la perte olfactive – est un des symptômes du Covid 19. « Au départ, les premières études chinoises ne faisaient pas de lien spécifique mais à partir du mois de mars, les spécialistes qui travaillent sur l’odorat ont créé une communauté internationale de plus de 500 chercheurs et nous avons mis en ligne un questionnaire grand public, traduit dans plus de 30 langues », raconte Denis Pierron, chercheur dans l'équipe de médecine évolutive (AMIS, CNRS-UT3) de Toulouse.

Plusieurs milliers de Français se sont prêtés au jeu. Ils ont fourni aux scientifiques une matière première précieuse qui, alors que la deuxième vague frappe la France de plein fouet, pourrait s’avérer très utile. Car dans une publication dans la revue Nature Communications, notamment signée par Denis Pierron et Moustafa Bensafi, son collègue du Centre de recherche en neurosciences de Lyon, les auteurs suggèrent tout bonnement aux pouvoirs publics de considérer la perte olfactive comme un outil de prévision de la surcharge hospitalière.

L’angle d’attaque des requêtes Internet

Leurs recherches ont en effet montré un lien « spatio-temporel fort », entre l’anosmie et le stress hospitalier. Avec le recul, elles indiquent que dans les régions les plus fortement touchées par la première vague, comme dans le Grand Est par exemple, le pic de surcharge hospitalière est apparu « une dizaine de jours après » le pic d’anosmie. Au dépouillage des questionnaires, ils ont ajouté des données plutôt simples à se procurer : les requêtes Google sur la perte du goût et de l’odorat. Et la corrélation est la même. « Les requêtes sur la toux et la fièvre apparaissent, puis celles sur l’anosmie trois jours plus tard et la surcharge hospitalière environ 10 jours après », souligne Denis Pierron.

Un simple questionnaire en ligne (toujours disponible), une analyse fine des données Internet, pour les auteurs de l’étude, l’outil serait « peu coûteux » et, conjuqué aux autres indicateurs, pourrait permettre de mieux anticiper les vagues d’arrivées dans les hôpitaux.

Et même d’évaluer les décisions prises pour gérer la pandémie. Car, avec les mêmes méthodes, les chercheurs estiment aussi que le confinement a été « très rapidement efficace ». « Les recherches Internet sur l’anosmie ont commencé à décroître trois jours après le début du confinement », relève le chercheur toulousain.