VIDEO. Couvre-feu dans les Bouches-du-Rhône : « Jamais on n'aurait imaginé vivre ça au village… »

REPORTAGE La centaine d'habitants de Saint-Antonin-sur-Bayon va devoir respecter le couvre-feu, la petite commune étant dans le périmètre de la métropole d'Aix-Marseille Provence 

Mathilde Ceilles

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Saint-Antonin-sur-Bayon est la commune la moins peuplée de la métropole d'Aix-Marseille Provence
Saint-Antonin-sur-Bayon est la commune la moins peuplée de la métropole d'Aix-Marseille Provence — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • Comme dans d’autres métropoles françaises, un couvre-feu va être en vigueur au sein de la métropole d’Aix-Marseille Provence
  • Ce territoire comprend de petites communes, comme Saint-Antonin-sur-Bayon, 125 habitants, la moins peuplée de la métropole.
  • Sur place, cette mesure surprend, même si la peur du coronavirus est bien présente.

De notre envoyée spéciale à Saint-Antonin-sur-Bayon

« Ah bon, le couvre-feu, c’est ce soir ? » Au bout d’une départementale tortueuse et étroite, les habitants de Saint-Antonin-sur-Bayon, tranquille village provençal niché au pied de la montagne Sainte-Victoire, semblent à des lieues de la crise sanitaire qui secoue Marseille et Aix-en-Provence depuis des mois. Et pourtant, la centaine de personnes qui vit à l’année dans ce qui est la commune la moins peuplée de la métropole d’Aix-Marseille Provence n’échappera pas ce vendredi à minuit à ce confinement intermittent, et ce pendant plusieurs semaines.

Ce jeudi, au terme d’une réunion en préfecture avec les élus, le préfet des Bouches-du-Rhône a en effet décidé d’appliquer le couvre-feu à l’ensemble de la métropole, à l’exception des communes de Saint-Zacharie et Pertuis, respectivement dans le Var et le Vaucluse. Soit 90 communes dans ce qui constitue, après le Grand Paris, la métropole la plus peuplée de France.

« Ça n’a pas de sens »

« Ce couvre-feu chez nous, ça n’a pas de sens, soupire Christian Delavet, maire de Saint-Antonin-sur-Bayon depuis 2014. Nous sommes 127 habitants sur 1.750 hectares. Il est clair que nous sommes dans une zone naturelle avec un habitat dispersé. Le couvre-feu n’apporte rien. Les gens ne vivent pas dans la rue. Il n’y a d’ailleurs personne dans la rue ! » En effet, en ce vendredi matin baigné de soleil, pas un chat dans le centre du village, au sens propre comme figuré. Au loin, seule une poignée de courageux prêts à gravir les sommets de ce haut lieu de la randonnée viennent troubler la quiétude ambiante.

« Un couvre-feu à Saint-Antonin ? Jamais on n’aurait imaginé vivre ça au village…, poursuit l’édile. Quand j’ai appris ça, ça a été le grand étonnement. Je pensais que le préfet allait faire preuve de pragmatisme. Appliquer par précaution à Saint-Antonin une décision qu’on appliquerait à Marseille… On n’a pas eu de cas depuis le début de l’affaire Covid, ici ! »

« Ça se rapproche »

« C’est un peu bizarre, cette histoire, s’interroge Gérard. C’est assez surdimensionné. Moi, ça ne me changera pas grand-chose. Le soir, j’irai toujours jouer aux boules ! Ici, on est déconnecté de tout ça. Le Covid, c’est un truc qui concerne la ville, et qu’on entend être rabâché en permanence à la TV… »

En guise de fond sonore, la radio de Pascale, à plein régime, retransmet le débat houleux entre deux chroniqueurs qui causent taux d’incidence et dangerosité du coronavirus. « Pendant le confinement, on entendait parler de gens qui connaissaient d’autres gens qui avaient été malades, explique-t-elle. Là, ça se rapproche. On connaît des gens malades, individuellement, qui habitent dans le coin, dans d’autres villes. On n’est pas à l’abri de l’épidémie. »

« J’ai peur pour ma belle-mère »

Malgré la beauté des lieux qui appelle à une certaine sérénité, la crainte provoquée par l’épidémie de Covid-19 semble en effet avoir peu à peu gagné les habitants de la commune. « Dimanche dernier, un client a éternué sur la terrasse, raconte dans un sourire Nicolas, le patron du restaurant Maison Sainte-Victoire, unique commerce du village. Mais un éternuement version ouragan, hein ! Et bien, après son "atchoum", tout le monde l’a regardé et il y eut un grand blanc. Il a fallu que je fasse une petite touche d’humour, sinon ils allaient tous partir ! »

Et de reprendre : « Je ne crains pas pour moi. J’ai 40 ans. Je suis en bonne santé, même si je n’aimerais pas choper ce truc-là ! Mais j’ai peur pour ma belle-mère qui a 80 ans. Il y a beaucoup de personnes âgées qui vivent par ici. »

Et la perspective des vacances scolaires ne vient pas calmer ces angoisses, en particulier du côté du maire. « On redoute les jours qui arrivent, s’alarme Christian Delavet. On va avoir ce week-end un afflux de la population de la ville qui vient faire un tour sur la Sainte-Victoire. Et on constate que beaucoup de ces promeneurs manquent d’imprudence. Les gestes barrières ne sont pas respectés. Les groupes devraient porter un masque, ne serait-ce par précaution ! Heureusement, en temps normal, il n’y a pas de contact entre les promeneurs et la population locale. » Pour les deux prochains week-ends d’octobre, le restaurant de Saint-Antonin-sur-Bayon affiche complet.