« J’ai cru perdre la raison », « ça ruine le moral »… Ils racontent comment les punaises de lit ont gâché leurs nuits (et leur vie)

VOUS TEMOIGNEZ Alors qu’un rapport rendu au gouvernement la semaine dernière, pointe les conséquences lourdes sur la santé mentale des punaises de lit, « 20 Minutes » a donné la parole à ses lecteurs sur ce fléau aussi courant que dévastateur

Oihana Gabriel

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Illustration d'une punaise de lit.
Illustration d'une punaise de lit. — Pixabay
  • Les punaises de lits sont un fléau qui a fait l’objet d’un rapport remis la semaine dernière au gouvernement.
  • La députée LREM marseillaise détaillait à « 20 Minutes » les conséquences importantes sur la santé mentale.
  • Parmi les plus de 230 contributions que « 20 Minutes » a reçu à la suite de son appel à témoins, de nombreux internautes évoquent les insomnies, angoisses, dégâts sur la vie sociale et parfois même dépression.

Il y a des compagnons de nuit dont on se passerait bien. Les punaises de lits restent un fléau pour de nombreux Français. La députée LREM marseillaise Cathy Racon-Bouzon a remis un rapport sur les punaises de lit la semaine dernière à la ministre du Logement Emmanuelle Wargon. Signe que le gouvernement souhaite s’emparer de la question ?

Interviewée par notre collègue marseillaise, la députée insistait : « C’est un véritable problème de santé publique. La punaise de lit est un désastre pour la santé mentale, avec des troubles du sommeil, de l’anxiété, des syndromes post-traumatiques liés à la désinfection, un isolement social. » Pour mesurer l’ampleur de ces troubles, 20 Minutes a donné la parole à ses internautes. Et les récits, plus de 230 contributions, montrent à quel point ces nuisibles empoisonnent les nuits, mais aussi toute la vie de certains Français.

Se déshabiller sur le palier, dormir dans sa baignoire

Nos lecteurs évoquent le parcours du combattant pour se débarrasser de ces minuscules insectes, qui piquent la nuit et se reproduisent à grande vitesse. Une fois que l’invasion est là, il faut beaucoup de patience, de détermination, de temps, d’énergie… et un petit pécule, pour y mettre fin. Mais au-delà des conséquences financières, nos lecteurs décrivent par le menu les impacts psychologiques de la présence de ces bestioles chez eux.

Non sans humour, Pierre, 38 ans, dévoile cette « période atroce : vérifier son corps au réveil, se gratter un peu partout pour réveiller une morsure cachée, écouter ses collègues vous parler de leur propre problème de moustique parce que vous êtes l' "expert", vous déshabiller sur le palier de votre maîtresse pour entrer chez elle, se retenir d’aller fêter les 40 ans de vos amis, psychoter sur le fait que vous avez peut-être infecté votre bureau… ». Fréson, 62 ans, a même décidé de dormir dans sa baignoire, incapable de fermer l’œil dans un lit colonisé.

Myriam, 50 ans, a accumulé angoisses et problèmes de peau. « J’ai tellement été piquée que ma peau ne cicatrisait plus, elle était à vif cela me provoquait même de l’eczéma, le médecin m’a donné un traitement. » Léa, 30 ans, a en plus, souffert de « réactions allergiques avec de gros gonflements mais c’est surtout l’impact psychologique qui est important. J’appréhendais le moment du coucher, je me réveillais plusieurs fois par nuit pour inspecter mes draps dès que ça me grattait un peu. C’est invivable ! »

« J’ai cru perdre la tête »

Les punaises de lits provoquent 70.000 consultations par an, selon une étude dévoilée en juillet 2020. Si certains sollicitent un dermatologue, d’autres ont plutôt besoin d’un psychologue. Car les désagréments causés par ces petites bêtes durent et finissent par épuiser, tant physiquement que nerveusement. Micheline, 66 ans, s’est ainsi battue pendant deux ans contre ces nuisibles. « J’ai cru perdre la tête, elles ne m’ont pas volé que mon sang, mais également mon énergie ».

Même topo du côté d’Aurélie : « Ça ruine le moral, on ne pense plus qu’à ça. On en dort plus de la nuit, le moindre chatouillement et on est persuadé qu’il y en a. J’ai peur d’en emmener quand je vais chez les gens. C’est un cauchemar sans fin. Ça rend complètement dingue. »

Enfermés avec des punaises pendant le confinement

Certains ont passé le confinement, période lourde d’angoisses, enfermés avec des punaises de lit… C’est le cas de Laëtitia, 43 ans, qui a été victime de ces petites bêtes à deux reprises, « dont la dernière n’est pas terminée et a commencé pendant le confinement. J’ai fini sur un lit de camp, malade du Covid-19, dans ma cuisine pour tromper les insectes, couverte de plusieurs couches de vêtements. » Etant donné l’absence de réaction de son bailleur, elle prend la décision de déménager. « C’est l’enfer, aller chez moi me rend anxieuse. J’ai trouvé où déménager, mais j’ai déjà l’angoisse d’emmener des punaises », témoigne-t-elle.

« Je suis tombée dans une forte dépression »

En effet, face à une expérience terrible, certains tentent de quitter leur logement. Angela, 35 ans, explique qu’elle se bat contre des punaises de lits… depuis août 2019. « J’ai jeté mon lit mon sommier, mon matelas, le matelas de ma fille, les tapis, les couettes, les oreillers, les draps bref tout. Je suis tombée dans une forte dépression, j’ai été très affaiblie suite à ça… » Etant donné que les appartements au-dessus de chez elle sont toujours infestés, elle cherche à déménager.

Elle n’est pas la seule à envisager de quitter son appartement, tant ses insectes une fois qu’ils élisent domicile, rendent la vie insupportable. Hélène, 28 ans a traversé cette épreuve quand son copain a eu des punaises de lit pendant un an à Paris. « Nous avons finalement déménagé et avons laissé ses affaires une semaine dehors dans le froid de l’hiver afin de les faire mourir ou partir et passé toute la literie à la vapeur. »

« Le vrai problème, c’est que vous ne pouvez pas en parler de ce problème »

Problème, quand on a besoin de s’épancher sur ce problème lourd de conséquences, la bienveillance et l’écoute des proches n’est pas toujours au rendez-vous. Car beaucoup associent encore punaises de lit et manque d’hygiène. Ou ne mesurent pas l’étendue des dégâts. Rebecca, 27 ans, regrette ce jugement : « ces petits nuisibles nous empêchent de dormir, on se sent sale, sans espoir, et quand on en parle les gens, ils croient qu’on est sale alors que pas du tout, je suis quelqu’un de très propre et de très maniaque. »

Alexis, 30 ans, a souffert avec sa compagne pendant deux mois de cette invasion. « Nous ne sommes quasiment pas sortis pendant deux mois, avoue-t-il. On avait l’impression de faire quelque chose de mal en acceptant des invitations bien que prenant les précautions nécessaires, et c’est sans parler des réactions dures à vivre d’amis (changeant de place au bar pour ne pas être à côté de nous) ou de la famille (ma mère ne souhaitant plus nous accueillir pas crainte d’en avoir). »

Pour Roger, 47 ans, « le vrai souci, c’est que vous ne pouvez pas en parler de ce problème. La honte s’accapare de vous et de votre situation. » Au point de s’isoler… Yohan, 22 ans, « on a fini par se couper peu à peu de toute vie sociale. Ça a même été un facteur très important dans l’arrêt de mon travail. Je n’aurais jamais pu imaginer le cauchemar que de si petites bêtes peuvent engendrer. »

« Je pense que cela va nous rester à vie »

Et même une fois qu’on s’est débarrassé de ces coriaces nuisibles, ces mois d’insomnies et d’angoisses laissent des traces. Ainsi, Christophe, 52 ans, « confirme l’état d’anxiété que ça procure : plusieurs semaines après, je me réveillais toujours en pleine nuit avec la lumière de mon téléphone portable pour voir si je trouvais des punaises dans mon lit, alors que l’infestation avait disparu ». Annie, 69 ans, se désole : même après la fin du cauchemar, elle en garde des « séquelles post-traumatiques. Je retarde mon sommeil, car je suis toujours obnubilée par ça, je fais des cauchemars, il n’y a pas un jour où je ne pense pas qu’elles peuvent revenir, j’en fais une idée fixe, j’en peux plus de vivre comme ça, de me dire que je vais peut-être être encore dévorée, car c’est le mot j’ai fait des urticaires géantes. »

En revanche, beaucoup ont gardé de cette expérience malheureuse de nouveaux réflexes : « A chaque vacance ou week-end, je vérifie la literie dans laquelle je dors, j’ai acheté un congélateur coffre dans lequel je mets mon sac de voyage une semaine après chaque séjour, je n’achète plus grand-chose d’occasion », liste ainsi Alexis, 30 ans. Mario et ses enfants ont également dû déménager à cause de ces nuisibles. « Cependant, nous restons toujours vigilants, avant de nous coucher nous regardons sous les matelas, on retourne les draps pour vérifier s’il n’y a pas de punaises de lit, je pense que cela va nous rester à vie. »