Coronavirus : Les vacances de la Toussaint peuvent-elles accélérer l’épidémie ?

VACANCES Les congés scolaires de la Toussaint, qui commencent ce samedi, sont propices aux voyages et rassemblements familiaux

Jean-Loup Delmas

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Des Français sortant d'un train en vacances, illustration
Des Français sortant d'un train en vacances, illustration — LIONEL URMAN/SIPA
  • Ce samedi marque le début de deux semaines de vacances scolaires, les premières depuis le rebond épidémique observé en septembre.
  • Alors que tous les voyants de circulation du virus sont au rouge vif, doit-on redouter que ces vacances ne détériorent encore plus la situation épidémique déjà compliquée de la France ?
  • Entre notes d’espoir, vrais motifs d’inquiétudes et inconnues, 20 Minutes fait le point.

Ce samedi sonnera les débuts des vacances de la Toussaint, jusqu’au 2 novembre. Deux semaines de congé pour les écoliers français, deux semaines d’interrogations au sujet du coronavirus. Alors que tous les voyants sont déjà au rouge sur la circulation du virus en France et que la seconde vague est désormais admise par le gouvernement, les vacances vont-elles accélérer la diffusion de l’épidémie, la ralentir ou ne rien y changer ?

Le gouvernement souffle le chaud et le froid à ce sujet. Dès le 8 octobre, dans son point hebdomadaire, le ministre de la Santé Olivier Véran invitait à « la plus grande prudence » concernant la Toussaint, évoquant l’exemple du mois d’août où de nombreuses retrouvailles entre proches avaient selon lui permis au virus de plus circuler. Ce lundi, le ministre de la Santé invitait au port du masque pendant les vacances, même au sein du foyer familial, a fortiori en présence de personnes âgées ou fragiles. Même prudence de la part de Jean Castex, qui incitait ce lundi matin les Français à protéger « papy et mamie »… Mais dans le même temps, le Premier ministre invitait à ne pas se priver d’aller leur rendre visite, quand le secrétaire d’Etat chargé du Tourisme, Jean Baptiste Lemoyne, incitait carrément les Français à réserver leurs vacances, « par acte patriotique » pour l’économie.

Le scénario du pire impossible car déjà là

De fait, faut-il redouter cette Toussaint et ces départs en vacances ? Pascal Crépey, épidémiologiste à l’Ecole des Hautes Études en Santé publique de Rennes (EHESP), écarte déjà l’hypothèse du pire, celle où les vacances exportaient le virus dans des endroits où il ne circule pas encore : « Le problème ne se pose pas puisqu’il circule déjà actuellement partout ».

Certes… Mais malgré tout, dans un pays avec des niveaux épidémiques très disparates – par exemple, Paris a un taux de positivité aux tests supérieur à 17 % quand la moyenne nationale est en dessous de 12 % – les vacances ne pourraient-elles pas accélérer la transmission du virus dans des régions où il circule peu ? « C’est en réalité peu probable, tempère le professeur de l’EHESP. Pour que de tels phénomènes d’accélération arrivent, il faut une exposition très longue et très massive, ce qui ne se passera normalement pas à la Toussaint. » Il prend en exemple le départ massif des Franciliens en mars à la veille du confinement, qui avait fait craindre une accélération massive du virus dans les autres régions françaises : « Finalement, cela n’a eu aucun effet sur l’épidémie ».

Une bouffée d’oxygène ?

Pour le docteur Jérôme Marty, cette circulation du virus dans toutes les régions de France devrait même avoir quelques effets positifs sur le comportement prudent des Français durant les vacances. Alors que la première vague s’était concentrée sur quelques régions comme l’Est ou l’Ile-de-France, « aujourd’hui, avec un virus circulant partout, tout le monde a un proche ou un proche de proche cas contact ou cas positif au Covid-19. Et on ne croit que ce que l’on voit. Avoir cette réalité face aux yeux, pour l’ensemble des Français, rend plus facile l’application des gestes barrières et de la prudence ». Preuve en est, selon un sondage OpinionWay pour Mondial Assistance publié ce mardi, seulement 14 % des Français comptent partir pendant la Toussaint.

Ces vacances pourraient même marquer un ralentissement dans la circulation du virus. Si juillet et août ont été vus rétrospectivement comme les mois de la reprise épidémique, c’est en septembre que tout s’est accéléré, et les causes sont clairement identifiées : retour à l’école, retour au travail, retour à l’université. Trois collectivités qui sont sur le podium des clusters actuels. Face à ce constat, « les vacances pourraient avoir un effet positif, avec la fermeture des écoles, de certaines universités, et moins de gens au travail car en vacances avec leurs enfants », théorise Pascal Crépey.

La grippe, un exemple pour espérer ?

Il rappelle notamment que lors des épidémies de grippe, les vacances marquent souvent des ralentissements de contamination. Néanmoins, l’épidémiologiste invite lui-même à se méfier de cette comparaison, car si ce sont les enfants les principaux transmetteurs des épidémies de grippe, dans le cas du coronavirus, « ce sont plus les jeunes adultes et les adultes ». Pas sûr donc que les vacances provoquent un effet aussi positif.

D’autant plus que les risques sont eux bien présents, avec de nombreux regroupements familiaux à prévoir, dont on connaît la dangerosité (et qui figurent d’ailleurs eux aussi dans les cas de clusters les plus fréquents).

Frivolité, aération et inconnu

Si Jérôme Marty saluait la prudence des Français, il sait comme celle-ci peut s’envoler lors de la frivolité des vacances : « Qui dit vacances dit liberté, dit relâchement, surtout dans le cercle familial où on se sent inconsciemment protégé car on est avec les siens. On ne peut même pas leur jeter la pierre tant c’est un processus cognitif indépendant de leur volonté, mais c’est vrai qu’en famille, on a tendance à faire tomber le masque, dans tous les sens du terme. »

L’occasion pour lui de rappeler l’importance des gestes barrières : masques si possible, lavage des mains fréquents, éviter les contacts avec les personnes à risques… et surtout, « malgré les températures, aérez au maximum les lieux clos, a fortiori avec des personnes fragiles ».

Car pour Pascal Crépey, l’influence de la Toussaint sur la circulation du virus dépendra aussi et avant tout du comportement de chacun : « Si les Français partent en vacances et ne font que des activités avec le foyer familial dans lequel ils habitent déjà, il est difficile de voir comment l’épidémie pourrait empirer. Si tout le monde va chez ses grands-parents et les touche sans aucun geste barrière ni protection, là effectivement, cela pourrait avoir de lourdes conséquences. » Pendant ces deux semaines de congé, « tous les scénarios sont possibles », conclut le spécialiste. Ne reste donc qu’à faire chacun attention à soi et aux autres.