VIDEO. Coronavirus à Marseille : La « peur de l’hécatombe » à l’AP-HM après deux clusters en une semaine

EPIDEMIE Deux foyers de contamination au coronavirus ont été détectés à quelques jours d’intervalle dans plusieurs services des hôpitaux publics marseillais

Mathilde Ceilles

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Des soignants à la Timone
Des soignants à la Timone — Philippe Magoni/ Sipa pour 20 Minutes
  • Un foyer de contamination au Covid-19 a été détecté à l’hôpital de la Timone, quelques jours après un autre foyer de contamination à la Conception.
  • Cette série de clusters inquiète le personnel soignant, qui se dit en danger. La direction de son côté se veut rassurante.

Sept infirmiers positifs au Covid-19 ce lundi, sur la quinzaine qui travaille au sein du bloc de chirurgie cardiaque de l’hôpital de la Timone. Quelques jours plus tôt, le 7 octobre, huit soignants et quatorze patients contaminés au sein d’un seul et même service, celui d’hématologie et thérapie cellulaire de la Conception, par deux autres patients positifs. Un troisième cluster repéré le mois dernier au sein de la maternité de la Conception. A l’Assistance publique des hôpitaux de Marseille ​(AP-HM), les foyers de contamination au coronavirus se multiplient depuis le début de la deuxième vague, et particulièrement ces derniers jours.

« Quelques infirmières du bloc opératoire ont été effectivement contaminées ce lundi, tente de relativiser le professeur Frédéric Collart, chef du service de chirurgie cardiaque de la Timone, lors d’un point presse sur le sujet ce mardi. L’une d’entre elles était positive sans le savoir car elle n’avait aucun symptôme, et la contamination s’est faite pendant la période fragile du repas. Ça ne nécessite pas une inquiétude. Vu l’ampleur du virus, ce sont des choses qui arrivent. »

« Il n’y a qu’une petite salle de repos »

Un avis que ne partagent pas les soignants, à en croire les syndicats, qui accusent en creux la direction. « Il y a chez les collègues une très grande colère, affirme Yves Castino, secrétaire général CGT à la Timone. On vient à l’hôpital pour gagner notre vie et sauver d’autres, pas pour l’endommager. Dans le bâtiment de la Timone où a été détecté le cluster, il n’y a qu’une petite salle de repos de 10 m2 avec plus de soixante-dix personnes qui circulent, et on ne peut pas l’aérer. »

« Il est difficile de trouver des salles de pause adaptées, celles dans le bloc ayant un air surpressé, on ne peut pas les aérer, reconnaît le professeur Frédéric Collart. Il faut donc s’adapter. On a demandé au personnel en attendant de manger à l’extérieur ou chez eux avant de venir travailler par exemple. »

« Les soignants ne sont pas protégés »

« Les soignants ne sont pas protégés, et les malades non plus, par la même occasion, s’agace Kader Benayed, secrétaire départemental adjoint Sud Santé. On avait pourtant alerté. C’est la chronique d’un naufrage annoncé. On a régulièrement des appels de collègues qui ont dû mal à avoir du gel hydroalcoolique en quantité suffisante par exemple. Et on manque de personnel, y compris pour l’aseptisation des locaux. C’est scandaleux »

« On a très peur de l’hécatombe, lance sans détour Audrey Jolibois, secrétaire générale FO à l’AP-HM. L’infirmière qui a contaminé le service à la Timone était cas contact. Son mari a été testé, et on lui a dit d’aller travailler en attendant les résultats. Elle n’a fait donc qu’appliquer ce qu’on lui a demandé, et qu’on ne demande pas par exemple dans le privé, tout ça parce qu’on n’a pas assez de monde. »

Contrairement à d’autres CHU, l’AP-HM se refuse en effet, pour l’heure, à faire travailler les cas asymptomatiques de coronavirus et demande aux soignants malades de rester chez eux. Il n’empêche dans les hôpitaux marseillais, le manque de personnel demeure une réalité, que ces différents clusters viennent aggraver. Malgré la vaste campagne de recrutement lancée il y a un mois, une centaine de postes reste à pourvoir, et, selon nos informations, l’AP-HM ne reçoit plus aucun nouveau CV. A la demande des syndicats, un CHSCT extraordinaire s’est tenu ce mardi dans l’après-midi à l’AP-HM pour évoquer ces questions.