Vaccin contre la grippe : L’Etat veut éviter une pénurie et une épidémie en plus de celle du Covid-19

INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE Face à un risque de pénurie et une grande demande, l’Etat a commandé un surplus de vaccins contre la grippe

20 Minutes avec AFP

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Pendant l'épidémie de Covid-19, tensions sur les vaccins contre la grippe (Illustration)
Pendant l'épidémie de Covid-19, tensions sur les vaccins contre la grippe (Illustration) — Marco Ugarte/AP/SIPA

Ces derniers temps, les appels à se faire vacciner contre la grippe ont été nombreux, notamment par l’Académie de médecine, les sociétés savantes de pédiatries ou des députés de la majorité. Ces derniers espèrent ainsi éviter que des malades de la grippe ne s’ajoutent à ceux du Covid-19 et engorgent encore plus les hôpitaux.

Mais une demande trop forte pourrait entraîner des ruptures de stock, au risque de ne pas pouvoir vacciner les populations les plus vulnérables aux formes graves de grippe. Or, ce sont la plupart du temps les mêmes qui sont particulièrement touchées par le Covid-19. Tout en rappelant la nécessité de la vaccination, l’Académie nationale de pharmacie avait mis en garde lundi contre « une psychose qui pourrait, via une demande trop importante, entraîner des ruptures ».

Vaccins réservés pour les populations à risque

Dans une lettre du 20 août adressée à l’Ordre national des pharmaciens, la direction générale de la santé (DGS, dépendant du ministère) leur demande de réserver les vaccins contre la grippe aux seules populations à risque ciblées par les recommandations vaccinales, a minima jusqu’au 30 novembre.

« Les pharmacies sont invitées à privilégier ce public-là », avait martelé le ministre de la Santé, Olivier Véran, jeudi lors de sa conférence de presse hebdomadaire. Et d’évoquer également des éléments liés au calendrier. « Quelqu’un (…) en pleine santé qui se ferait vacciner en octobre contre la grippe n’aurait pas de protection avérée contre le virus qu’il contracterait au mois de janvier », a estimé le ministre, sans toutefois préciser pourquoi cet argument ne s’appliquerait également pas aux personnes à risque.

30 % de doses de vaccins en plus des années précédentes

Près de 16 millions de personnes à risque de contracter la grippe saisonnière (plus de 65 ans, personnes atteintes de certaines maladies, dont l’asthme, le diabète, obésité majeure, femmes enceintes…) sont destinataires d’un bon de prise en charge du vaccin, envoyés par l’Assurance maladie. En outre, 316.060 professionnels de santé libéraux en sont également bénéficiaires.

« Pour la première fois, en plus des commandes des officines, nous avons procédé à des sécurisations de commandes d’État et nous avons 30 % de doses de vaccins en plus que les années précédentes », avait dit Olivier Véran lors d’une audition au Sénat le 24 septembre. Alors que l’hiver approche, la compétition entre pays pour des vaccins risque de s’accroître. Cela a incité les laboratoires pharmaceutiques à augmenter leur production, comme Sanofi (+20 %). Sollicitée par l’AFP, la DGS n’a pas été en mesure de préciser de combien de doses on disposait en France.

Une commande de vaccins américains

Outre les vaccins InfluvacTetra (laboratoire Mylan) et VaxigripTetra (Sanofi Pasteur), disponibles sur le marché français, l’État a commandé des vaccins américains « haute dose », le Fluzone High Dose, indique-t-on au ministère de la Santé.

L’autorisation d’importation dépend de l’Agence du médicament ANSM. Fin juillet, la Haute Autorité de santé (HAS) avait recommandé d’intégrer à la stratégie de vaccination le Fluzone de Sanofi, destiné « aux 65 ans et plus et tout particulièrement les plus à risque, en cas de tensions d’approvisionnement ».

Risque de double infection

La grippe saisonnière touche chaque hiver 2 à 6 millions de Français et entraîne un grand nombre de passages aux urgences et d’hospitalisations. Elle est responsable de 8.000 à 14.500 décès au cours des trois dernières saisons grippales, dont la très grande majorité chez des personnes vulnérables.

La HAS a maintes fois rappelé « l’importance d’augmenter la couverture vaccinale dans les populations cibles ». Chez les sujets à risque de forme grave de grippe, elle était de 48 % en 2019-2020, très loin de l’objectif de 75 %. En outre, des co-infections (attraper en même temps le nouveau coronavirus et la grippe) ont été rapportées dans plusieurs pays. Le risque de décès a plus que doublé chez les personnes qui avaient le Covid-19 et également la grippe, selon les données anglaises, selon la revue médicale BMJ.