Coronavirus à Toulouse : En sursis, la ville risque-t-elle vraiment de basculer en alerte maximale lundi ?

EPIDEMIE Jeudi soir, Olivier Véran a annoncé que de nouvelles mesures pourraient être prises lundi à Toulouse, en fonction du week-end. Mais selon certains indicateurs, la tendance est plus à la stabilisation qu'à la dégradation

Béatrice Colin
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Au CHU de Toulouse, lors de la formation des soignants aux procédures de prise en charge des patients Covid-19.
Au CHU de Toulouse, lors de la formation des soignants aux procédures de prise en charge des patients Covid-19. — B. Colin / 20 Minutes
  • Jeudi soir, le ministre de la Santé a indiqué qu’à l’issue du week-end, Toulouse pourrait être placée en « alerte maximale » pour la circulation du coronavirus.
  • Selon Olivier Véran, les indicateurs sont mauvais, en particulier le taux de cas Covid en réanimation, qui atteindrait les 30 %.
  • Au CHU de Toulouse, jeudi, 17 lits de réanimation sont occupés par des cas Covid-19. On parle plutôt d’une stabilisation comparée à la hausse d’il y a quinze jours.
  • Ce vendredi le préfet de Haute-Garonne a prorogé les restrictions prises le 25 septembre en attendant de voir si les seuils étaient dépassés dans les jours à venir.

La Ville rose est à nouveau en sursis. Jeudi soir, lors de son allocution hebdomadaire pour faire le point sur l’épidémie de coronavirus, Olivier Véran a annoncé que les deux grandes métropoles d’Occitanie, Montpellier et Toulouse, montraient des « caractéristiques épidémiques inquiétantes ».

« Une part de patients en réanimation qui augmente et qui pourrait franchir les 30 % dans les prochains jours. La situation sanitaire s’est aggravée un peu plus vite qu’escomptée. (…) Nous nous donnons quelques jours d’observation (…) et si les indicateurs sont franchis une bascule en zone d’alerte maximale pourrait être opérée d’ici à lundi matin », a prévenu le ministre de la Santé.

Pour justifier ce possible changement de statut, et l’arrivée de nouvelles restrictions dès lundi, Olivier Véran s’est appuyé sur ces fameux indicateurs.

10 % de Covid-19 en réanimation au CHU de Toulouse

Lors de sa présentation, il a évoqué un taux d’incidence pour la Ville de Toulouse atteignant les 225 cas positifs pour 100.000 habitants sur les sept derniers jours et une part des patients Covid-19 en réanimation atteignant les 27 %.

Des chiffres qui laissent à penser que la situation n’est vraiment pas bonne. Pourtant, si on les met en perspective, ils sont meilleurs que la semaine dernière ou il y a quinze jours. Vendredi dernier, le préfet de la Haute-Garonne expliquait que la circulation du virus était encore très active avec un taux d’incidence à Toulouse de 317,2 cas pour 100.000 habitants. Ce vendredi, il indique qu’il est de 233,6 cas positifs dans la métropole toulousaine.

S’il reste au-dessus du seuil maximum d’alerte, il est donc en léger reflux. Tout comme le nombre de personnes présentes en réanimation. Au CHU de Toulouse, jeudi, 17 des 83 lits de réanimations étaient occupés par des personnes positives au Sars-Cov2, quand ils étaient 26 la semaine dernière. Du côté de l’hôpital public, on n'a pas atteint le seuil fatidique du taux d’occupation de 30 % évoqué par le ministre ou le préfet qui a pris la décision de proroger pour quinze jours supplémentaires les restrictions prises le 25 septembre.

« Phase de plateau »

« Hier, nous avions 93 patients dont 17 en réanimation, ce qui est moins qu’en début de semaine, notamment au niveau des patients intubés. Il y a quinze jours nous avons été confrontés à une montée de nombre de cas dont nous ne voyions pas le bout. Les passages en hospitalisation restent forts, mais nous sommes plutôt dans une phase de plateau, c’est aussi ce que vivent mes collègues de Bordeaux », avance le professeur Alain Didier, chef du service de pneumologie au CHU de Toulouse.

Pour celui qui travaille main dans la main avec ses homologies de réanimation et du service des maladies infectieuses, les mesures prises au préalable ont certainement eu une incidence, tout comme les enseignements du printemps. « Il y a une fluidification dans l’hospitalisation des patients, qui sont repris plus rapidement en soins de suite dans d’autres établissements. On sait aussi mieux gérer les cas contacts et sur la prise en charge, on leur donne des corticoïdes dès l’aggravation, ce qui évite la période critique des 6e et 7e jours », poursuit le praticien qui craint de son côté l’arrivée de l’hiver et ses grippes parfois très sévères.

Les vacances pour casser la chaîne de transmission ?

Reste qu’un autre indicateur est pris en charge pour basculer en alerte maximale. Le taux de positivité des tests est en effet pris en compte par les autorités sanitaires pour déterminer si de nouvelles restrictions sont nécessaires. En Occitanie, entre le 2 et le 6 octobre, il est resté stable à 7,8 %, même si le nombre de cas détectés, lui, a légèrement baissé.

Au CHU de Toulouse, il avoisine les 10 à 11 %. « Nous avons aussi moins testé, jeudi nous en avons fait 1.880 contre 2.500 par jour au plus fort. Peut-être que les gens se font tester désormais à bon escient, il faut donc se méfier de ce taux de positivité car si tout le monde se fait tester, le taux est plus bas, alors que s’il ne s’agit que de tests restreints aux cas symptomatiques et cas contacts, il sera plus haut », pondère le professeur Alain Didier. Ce dernier espère que les vacances casseront la chaîne de transmission, comme cela est le cas dans d’autres épidémies. « Sauf si tout le monde se déplace. Mais ce n’est pas Noël non plus et l’ambiance n’y est pas », relativise-t-il.

Le préfet de Haute-Garonne, Etienne Guyot, prévient lui que si tous les seuils venaient à être franchis, « des mesures plus contraignantes seraient prises quant à la fermeture de certains établissements recevant du public, au protocole sanitaire renforcé dans les restaurants et à la limitation de capacité d’accueil dans les centres commerciaux », prévient ce vendredi un communiqué.