Coronavirus : Symptômes, suivi, soutien… Trois applications pour simplifier la vie des patients et des soignants face au Covid-19

PRATIQUE « 20 Minutes » a sélectionné trois applications complémentaires qui peuvent s’avérer utiles face au rebond de l’épidémie de Covid-19

Oihana Gabriel

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Illustration d'un smartphone.
Illustration d'un smartphone. — Pixabay
  • Alors que la deuxième vague de Covid-19 déferle sur une grande partie de la France et que les hôpitaux franciliens ont débloqué le plan blanc ce jeudi, plusieurs applis, lancées dès mars, pourraient faciliter la vie des patients, et donc des soignants.
  • Alors que l’e-santé se développe à grande vitesse, les ratés médiatisés comme Stop Covid ne doivent pas cacher des réussites d’applications ou de sites pour soulager les urgences, notamment.
  • Covidom, qui permet le maintien à domicile des patients Covid, le site maladiecoronavirus.fr, qui permet de repérer les symptômes de la maladie, et PréLiFa, qui facilite le dialogue entre les familles de patients en réanimation et les soignants, font partie de l’arsenal technique utile en ces temps de pandémie.

Stop Covid, le retour. Alors qu’une première version de l’application de traçage avait fait un monumental flop avec 2,3 millions de téléchargements et 72 cas contacts repérés, le Premier ministre vient d’annoncer qu' une version 2 sera lancée le 22 octobre. L’occasion de rappeler que d’autres applications ont en revanche trouvé leur public. Et pourraient se révéler des atouts de tailles dans la lutte contre la deuxième vague. Pour éviter notamment de surcharger les urgences et la réanimation.

Depuis mars, des start-up, en lien avec des hôpitaux, ont mis au point de nouveaux services numériques qui aident soignants et patients. 20 Minutes s’intéresse à trois d’entre elles.

  • Maladiecoronavirus, pour savoir si vos symptômes ressemblent au Covid et quoi faire
Illustration du site Maladiecoronavirus.fr qui permet de savoir en mettant ses symptômes quelle conduite tenir.
Illustration du site Maladiecoronavirus.fr qui permet de savoir en mettant ses symptômes quelle conduite tenir. - Elsan

Commençons par la plus utilisée. Le site maladiecoronavirus.fr permet de faire un test gratuit et anonyme sur Internet… avant de s’aventurer à faire la queue des heures pour un test PCR ou tenter de joindre un médecin, plutôt occupé ces derniers temps. L’objectif ? « Orienter les personnes qui ont des symptômes vers la meilleure piste pour la prise en charge, explique Fabrice Denis, oncologue à la Clinique Victor Hugo (groupe Elsan) au Mans et professeur de e-santé à la Faculté de médecine de Paris. En répondant à quelques questions simples, le site, consulté à 85 % via un smartphone, vous dit si ça évoque un Covid-19 et quelle conduite adopter : appeler votre généraliste, le Samu ou faire de l’autosurveillance. » Et si vous n’avez pas de médecin traitant, il propose de renvoyer vers un service de téléconsultation.

Avec 12 millions d’utilisateurs, on peut dire que les Français ont adopté ce nouveau service numérique, mis au point en une semaine en mars par la start-up Kelindi et référencé par le ministère de la Santé. Avec des informations scientifiques et vérifiées, un atout face à cette pandémie riche en fausses informations… « On n’a pas bénéficié de la même communication que Stop Covid ! », ironise le médecin. Mais d’un bouche-à-oreille bien plus efficace. « L’objectif d’empêcher la saturation des appels du 15 a été atteint, se réjouit Fabrice Denis. En effet, une étude clinique a montré qu’avant le déploiement, il y avait 105 appels au Samu pour une seule hospitalisation, après, on est descendu à 14… »

Il permet aussi une cartographie précise des cas. « On peut suivre toute l’histoire de l’épidémie grâce à l’usage de l’application, synthétise le radiothérapeute. On a même des informations plus précises que le nombre de tests, décorrélés de la réalité. Quand on voit un pic de consultations pour anosmie [perte d’odorat], cela permet d’anticiper une vague d’hospitalisations. Les informations sont transmises au ministère de la Santé, à l’Institut Pasteur et à l’AP-HP. » Mais ces données de santé sont-elles sécurisées ? « On ne demande que l’âge et un code postal, il n’y a donc aucune possibilité d’identifier le patient », rassure-t-il.

  • Covidom, pour favoriser le maintien à domicile des patients Covid
Illustration de l'application Covidom.
Illustration de l'application Covidom. - Nouveal e-santé

L’application Covidom est utilisée par l’ Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), des cliniques franciliennes, mais aussi une cinquantaine d’hôpitaux en région, ainsi que des généralistes dans tout le pays. C’est un soignant qui inscrit son patient, malade ou suspecté d’avoir le Covid-19, avec son accord. Il reçoit un identifiant et un mot de passe. A lui ensuite de renseigner ses symptômes, son moral, son pouls, sa fréquence cardiaque… Des tutoriels aident les patients à prendre leurs constantes.

« Le risque du Covid-19 n’est pas uniquement les morts, mais des hôpitaux débordés, rappelle Patrick Jourdain, cardiologue et directeur médical de la plateforme Covidom. Il est essentiel de mettre en œuvre un système qui permet de laisser à domicile les patients légers, mais pas tous seuls, avec un suivi quotidien. » Si les signaux virent au rouge, un soignant de la plateforme pilotée par ce médecin, composée d’étudiants en santé, de soignants et même d’utilisateurs de l’appli bénévoles, le contacte. Pour voir s’il y a erreur sur les données, juste besoin de rassurer ou d’envoyer le Samu. « Cela permet de prioriser les urgences, précise le cardiologue. Le dernier patient que j’ai contacté avait appelé 14 fois le Samu en sept jours ! Grâce à l’application, c’est une prise en charge sur mesure, chez vous. » Donc avec moins de risque de tomber malade ou de contaminer.

Pour Patrick Jourdain, cette plateforme a permis plusieurs révolutions du télésuivi. « En général, le patient supplie le soignant de le prendre. Là, c’est nous qui faisons l’effort de vous contacter. Et on prend le temps d’écouter. Mais c’est basé sur l’implication du patient dans la maladie. » L’autre avantage, c’est que le généraliste fait partie de la boucle, reçoit les alertes, peut intervenir. Une coopération longtemps espérée entre ville et hôpital… Quant à l’acceptation du public, 95 % des patients qui l’ont utilisé recommanderaient l’application, et 85 % disent être moins stressés depuis qu’ils l’utilisent, selon le cardiologue.

Dès le déconfinement, Covidom s’est enrichi d’un nouveau module : Covi Contact. L’application choisie par l’Assurance maladie pour suivre à domicile les cas contacts, une fois repérés. La start-up créatrice de cette solution, Nouveal e-santé, prévoit d’exporter son concept en Europe et planche donc sur une version anglaise et allemande. Pour faire bénéficier de « la plus grande expérience de télémédecine dans le monde avec 320.000 patients », selon Alexandre Falzon, son directeur associé.

  • PréLiFa, pour favoriser le maintien du lien entre soignants et familles de patients
Illustration de soignants formés à l'utilisation de PréLiFa pour maintenir le lien avec les familles de patients en réanimation.
Illustration de soignants formés à l'utilisation de PréLiFa pour maintenir le lien avec les familles de patients en réanimation. - Hippocad

Cette application, cette fois, s’adresse aux soignants, particulièrement de réanimation. Quand un patient est intubé, inconscient pour un Covid-19, non seulement sa famille s’inquiète, mais elle ne peut demander de nouvelles. Et les réanimateurs, infirmières, et personnels soignants n’ont pas forcément le temps de répondre aux questions. Voilà pourquoi Alexandre Mebazaa, chef du département d’anesthésie-réanimation de Lariboisière (AP-HP), a eu l’idée de cette application, PréLiFa. L’idée ? « Un service qui permet aux soignants de garder le lien avec les familles pour les informer de la situation de leur proche de façon sécurisée », explique Madjid Hamici, directeur d’ Hippocad, qui a développé l’application en moins d’une semaine avec l ’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria). Les soignants peuvent envoyer un mail avec un message audio ou écrit pour prévenir les proches que l’état d’un patient s’aggrave ou s’améliore sans trahir le secret médical. « Les familles, quand elles n’ont pas de nouvelles et qu’elles ne peuvent pas venir à l’hôpital, elles téléphonent, reprend Madjid Hamici. C’est donc du temps en moins consacré aux soins. On a constaté que les soignants, avec cette application, prenaient du temps pour informer les familles, en étant plus serein. »

Un service que l’hôpital ou le département payait autour de 5 euros par patient et par mois, mais qui était gratuit pour la famille du patient. Mais cette solution, créée en mars quand les hôpitaux croulaient sur les sollicitations, n’est plus proposée actuellement. Les réanimations n’en ont-elles plus l’utilité ? Ont-elles trouvé d’autres façons de fonctionner ? Chez Hippocad, on assure en tout cas que le service est toujours disponible si la deuxième vague venait encombrer les services de réanimation.