Coronavirus : Comment la Nouvelle-Zélande a-t-elle « de nouveau battu » l’épidémie ?

EPIDEMIE Depuis ce mercredi, Auckland reprend une vie normale, alors que la Première ministre a estimé lundi que la deuxième vague de Covid-19 était maîtrisée

Oihana Gabriel

— 

La Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern à Christchurch, le 24 septembre. Elle a déclaré lundi 5 octobre 2020 que son pays avait de nouveau battu le Covid-19.
La Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern à Christchurch, le 24 septembre. Elle a déclaré lundi 5 octobre 2020 que son pays avait de nouveau battu le Covid-19. — Mark Baker/AP/SIPA
  • La Nouvelle-Zélande a fait face à deux vagues du Covid-19, qui ont provoqué en tout 25 décès sur 5 millions d’habitants.
  • Ce mercredi, les habitants d’Auckland vont pouvoir retrouver une vie normale, sans masque ou restrictions de rassemblements.
  • Comment cet archipel a « battu le virus », selon les dires de sa Première ministre ? Deux confinements, frontières fermées, quatorzaines imposées à tous les ressortissants néo-zélandais… Mais ce choix de la sécurité sanitaire ne va pas quelques dégâts économiques.

« Ce soir, on passe en "level 1", donc fini les masques obligatoires dans les transports, l’application pour tracer nos mouvements et les restrictions des rassemblements », se réjouit Julie, 36 ans, Française expatriée à Auckland.

Ce mercredi, c’est enfin le retour à la normalité pour les habitants de la ville la plus peuplée de Nouvelle-Zélande. Lundi, Jacinda Ardern, la Première ministre, a affirmé que son pays avait « de nouveau battu le virus ». Une victoire qui attire l’attention de nombreux pays confrontés à une deuxième vague du Covid-19.

La meilleure réponse au Covid-19 ?

« Le magazine américain Foreign policy a publié un classement des pays du monde qui ont le mieux géré la crise… et la Nouvelle Zélande arrive en première position ! », synthétise Anne Sénéquier, médecin et codirectrice de l’ Observatoire de la santé mondiale à l’ Institut des relations internationales et stratégiques (Iris). Un tri qui se base sur trois facteurs : directives de santé publique, budget impliqué et communication envers la population. En effet, cet archipel du Pacifique Sud et sa médiatique Première ministre impressionnent. Le bilan, pour le moment, monte à 25 décès dus au Covid-19 et moins de 1.900 cas sur 5 millions d’habitants.

Il faut dire que les mesures y ont été drastiques. Fermeture des frontières dès mars, sept semaines de confinement national et strict entre mars et mai. « Les Néo-Zélandais ont été très soudés et très sérieux pendant le confinement, reconnaît Julie, mère d’une petite-fille de 2 ans franco-kiwi. Le gouvernement a aussi mis en place une application – NZ COVID Tracer app – pour retracer tous les contacts d’une personne contaminée. Chaque entreprise, chaque magasin, chaque restaurant a l’obligation d’afficher à l’entrée un QR Code et chaque personne doit scanner avant d’entrer dans un lieu. Le gouvernement connaît donc tous nos faits et gestes ! La communication du gouvernement a été bonne avec une conférence de presse quotidienne avec Jacinda Ardern et Ashley Bloomfield, représentant des services de santé. »

Dans les hôpitaux aussi, ce fut le branle-bas de combat. Hari, le mari de Julie, travaille comme néphrologue à l’hôpital public d’Auckland depuis sept ans. Il explique que soignants et managers n’ont pas ménagé leurs efforts. « Nous avions mis en place de nombreux plans d’urgence avant même que le Covid-19 n’atteigne nos côtes. Avec des salles d’isolement dédiées pour s’occuper des patients atteints ou suspectés d’être infectés. Les opérations non urgentes ont été suspendues. Beaucoup de consultations ont été faites par téléphone ou en vidéo. Les visites ont été limitées et ceux qui étaient autorisés à entrer à l’hôpital laissaient leurs coordonnées pour le contact tracing et étaient examinés. Les agents qui avaient des soucis de santé pouvaient rester en télétravail. » Hari et ses collègues n’ont pas eu à gérer de pénurie de matériel ou d’afflux ingérable de patients.

Deuxième vague plus compliquée

Mais mi-août, après 102 jours sans aucune contamination, de nouveaux cas de Covid-19 poussent la Première ministre à prendre une décision difficile : imposer un reconfinement à Auckland. Certes moins strict : restaurants et magasins ouverts, masques conseillés, mais pas imposés dehors… « La deuxième vague nous a un peu pris par surprise, avoue Julie. Elle a été annoncée un mardi soir pour un reconfinement à midi le mercredi. Je crois que ça a mis un coup au moral chez beaucoup ! »

La Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern en pleine campagne pour les législatives à Christchurch, en Nouvelle-Zélande le 24 septembre 2020. Lundi 5 octobre, elle a assuré que son pays avait
La Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern en pleine campagne pour les législatives à Christchurch, en Nouvelle-Zélande le 24 septembre 2020. Lundi 5 octobre, elle a assuré que son pays avait - Mark Baker/AP/SIPA

Au point que quelques critiques sont apparues vis-à-vis de la Première ministre, qui jouait sa réélection avec des législatives reportées au 17 octobre. « J’ai eu l’impression que la campagne électorale s’invitait bien plus dans les discussions autour du deuxième confinement, mêlée à la lassitude des gens, reprend-elle. Tout le monde avait bien conscience qu’après les efforts du premier confinement, il s’agissait pour Jacinda de ne pas perdre la bataille du Covid, si proche des élections. » La deuxième vague s’est révélée moins forte, avec quatre décès.

Début septembre, Auckland revient au level 2, donc à un déconfinement progressif. Et ce mercredi, l’alerte est donc terminée. Les Kiwis vivent avec un nouveau sentiment de sécurité rare en ces temps de pandémie. Le 18 octobre, les fans pourront même aller encourager les All Blacks contre l’Australie dans un stade comble ! « Tout le monde est très heureux de pouvoir se retrouver, de programmer des week-ends et des évènements, se réjouit Julie. Cela fait six mois que tout avait été annulé… » Mais si la vie reprend ses droits et les agendas recommencent à se remplir, ce n’est pas encore un réel retour à la normalité pour Hari et Julie. « Le plus dur en tant qu’expats, ce n’est pas le Covid, mais le manque de visibilité sur l’ouverture des frontières, reconnaît cette dernière, dont la famille vit en France et la belle-famille en Inde. Il y a peu de chance qu’on puisse voyager avant la fin de l’année 2021, voire début 2022. On croise les doigts pour qu’il ne se passe rien de grave en Inde ou en France… »

Les atouts du pays

Comment ce pays a-t-il réussi à se sortir de l’épidémie ? « Ils ont utilisé les outils qu’on a tous dans notre arsenal thérapeutique : distanciation sociale, aération des pièces, applications comme Stop Covid, liste Anne Sénéquier. Ce qui les distingue, c’est une confiance importante dans leur exécutif, ce qu’on retrouve dans les pays scandinaves, notamment la Suède. » Et quand la confiance est rompue, les décisions ne se font pas attendre. Le ministre de la Santé, David Clark, a ainsi été poussé à la démission car il s’était permis d’aller à la plage avec sa famille en avril… faisant fi du confinement imposé au pays.

La Nouvelle-Zélande ne peut pas pour autant exporter ce « modèle », car elle bénéficie d’atouts importants. « La Nouvelle-Zéande est une île, il est donc beaucoup plus simple de fermer les frontières, rappelle Anne Sénéquier, chercheuse. En étant au bout du monde, elle se trouve hors de hub aéroportuaires et des grandes routes de communications internationales. »

« Nous avons aussi une faible densité de population (18 habitants au km2, contre 122 en France), complète Hari. Cela a rendu la distanciation physique plus facile. Par ailleurs, le gouvernement a fourni un hébergement et de la nourriture gratuits dans les grands hôtels pour les expatriés qui revenaient en Nouvelle-Zélande. Cela a aidé l’isolement de cas potentiels, bien que cela ait coûté beaucoup d’argent aux contribuables… »

Quelles limites à cette politique ?

Si Jacinda Arvern a tout intérêt à crier victoire aujourd’hui, Anne Sénéquier se montre moins optimiste. « Tant que le virus circule dans le monde, on ne peut pas dire que c’est terminé. Le Covid-19 flambe en Asie du sud, l’Indonésie, qui n’est pas si loin, ne réagit pas à temps. Ce qui veut dire qu’il y a un réservoir de contaminations et qu’il faut rester vigilant. »

Par ailleurs, force est de constater que le choix de la sécurité sanitaire s’est fait au détriment de l’économie. Deux confinements en moins de six mois, c’est beaucoup. Et le PIB s’en ressent : avec une baisse de 12,2 %, la Nouvelle-Zélande connaît aujourd’hui une récession historique. « Le pays était bien reparti après le premier confinement, donc d’un point vu économique, reconfiner était un coup dur, surtout pour le tourisme et la restauration/hôtellerie », illustre Julie, agente immobilière et chef de projet. D’autres secteurs, qui dépendent de travailleurs venant de l’étranger, risquent également de souffrir. Notamment la récolte des kiwis et des cerises, habituellement réalisée par des travailleurs saisonniers des îles pacifiques.

Mais surtout, ce choix d’une politique qui ressemble au « stop-and-go », alternance de période de confinement et de retour à la normale, ne peut être pérenne. « A long terme, on ne peut pas confiner la plus grande ville du pays, nuance Anne Sénéquier. C’est peut-être la limite du système. La Nouvelle-Zélande peut-elle s’exclure du monde pendant deux ans ? Avec les conséquences qu’on peut imaginer sur l’économie, sur les étudiants, et même sur la santé de ceux qui seront fragilisés par la crise économique ? »

Coronavirus : La Nouvelle-Zélande a « de nouveau battu le virus », selon sa Première ministre