Coronavirus : « On n'avait pas vu un stock de sang aussi bas depuis plus de dix ans »

INTERVIEW Hervé Meinrad, directeur de la collecte à l’Etablissement français du sang, tire la sonnette d’alarme

Propos recueillis par Rachel Garrat-Valcarcel

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Un collecte de sang dans l'Isère, en avril, en plein confinement. (archives)
Un collecte de sang dans l'Isère, en avril, en plein confinement. (archives) — ALLILI MOURAD/SIPA
  • Situation sanitaire oblige, la collecte de sang est devenue plus compliquée et le niveau des réserves est très inquiétant.
  • Les collectes mobiles, qui représentent jusqu’à 30 % des dons certaines semaines, ne sont quasiment plus organisables.
  • L’EFS, par la voix d’Hervé Meinrad, son directeur de collecte, appelle les donneurs et donneurs habituels à l’aide et se veut rassurant sur les règles sanitaires.

L’été est toujours une période de tension pour les réserves de sang. Mais cette année du coronavirus est bien sûr pire que les autres. Le confinement mais aussi le déconfinement sont passés par là. Difficile d’aller à l’hôpital donner son sang sereinement, encore plus dur pour l'Etablissement français du sang de venir à la rencontre des donneurs et donneuses sur leurs nombreuses collectes mobiles. 20 Minutes a voulu faire le point avec le directeur de la collecte et de la production de produits sanguins à l’EFS, Hervé Meinrad.

Quel est l’état des stocks aujourd’hui ?

On a eu un été difficile avec un stock qui a diminué très rapidement. On s’est retrouvé fin août avec un stock bas, on a fait un premier appel qui a entraîné une réponse très modérée car la situation sanitaire faisait que les Français avaient beaucoup de choses à penser. Alors on a relancé un deuxième appel il y a dix jours pour faire face à un stock vraiment extrêmement bas. On ne l’avait pas vu à ce niveau depuis plus de dix ans. C’est une situation qui est très tendue.

Comment est-ce qu’on peut rassurer les gens et les inviter à venir donner malgré la crise sanitaire ?

Sur les collectes on assure toutes les mesures nécessaires à la distanciation pour assurer la protection des donneurs et des personnels : on a des masques pour tout le monde ; on applique des mesures d’hygiène pour le nettoyage des salles, des équipements, la distanciation est respectée… Il n’y a donc pas d’inquiétudes à avoir sur cet aspect-là. Ensuite, ce virus, le Covid-19, est un virus respiratoire, transmis par les voies aériennes. Il n’est pas connu pour être transmis par le sang. Aucun cas de ce genre n’est référencé. Il y a quand même des mesures de précautions qui sont prises, avant tout pour garantir l’absence d’exposition pour toutes les personnes qui sont sur la collecte. Donc les personnes qui ont été malades peuvent redonner vingt-huit jours après la disparition des symptômes et les personnes qui ont été des cas contacts avérés sont ajournées pendant quatorze jours.

L’EFS organise de nombreuses collectes « hors les murs », dans les universités ou des entreprises, c’est encore possible ou la situation rend la tâche beaucoup trop difficile ?

Notre outil de production est organisé autour de 120 sites fixes et une centaine de collectes mobiles chaque jour, en temps normal. Aujourd’hui, on a des difficultés sur ces collectes mobiles puisqu’une partie est organisée dans les entreprises ou en milieu scolaire et universitaire. Depuis le début de la pandémie, en mars, on a de grandes difficultés à les organiser dans ces deux secteurs. Pour vous donner une idée de leur importance, certaines semaines ces collectes représentent jusqu’à 30 % des dons de sang. On n’a donc plus accès à ces collectes et quand on y a accès, beaucoup de gens sont en télétravail.

De la même manière sur les universités il y a beaucoup moins d’étudiants présents avec les cours à distance. Sur ces deux secteurs, depuis mi-mars, on a perdu 100.000 dons, soit deux semaines entières de collecte normale. On avait fortement diminué notre présence sur ces deux secteurs à la rentrée mais on avait maintenu certaines collectes en pensant que ça serait jouable (puisqu’on planifie ça longtemps à l’avance) mais pas du tout. Donc, on est en train de travailler pour trouver d’autres points de chute et remplacer ces collectes d’entreprise et d’université.

Sur un plan plus pratique : comment donner son sang ?

Pour pouvoir donner son sang il faut avoir entre 18 et 70 ans, être majeur, en bonne santé pour pouvoir procéder à l’entretien prédon avec un personnel de santé qui va évaluer si vous pouvez réaliser un don de sang en toute sécurité pour vous et pour les receveurs qui seront ensuite soignés avec les produits de votre don. Il n’y a pas besoin d’être à jeun. Les contre-indications qui existent sont, pour 80 % d’entre elles, temporaires. Ça peut être lié à un épisode infectieux ou une prise d’antibiotiques dans les quinze jours avant ou un soin dentaire qui fait que vous ne pouvez pas donner pendant vingt-quatre heures… Les gens peuvent donc revenir un peu plus tard pour donner leur sang. Il est important que celles et ceux qui avaient l’habitude de donner sur nos collectes mobiles puissent nous rejoindre dans nos lieux de collectes fixes ou sur les lieux de collectes mobiles en commune. Nous avons besoin de leurs dons.