Coronavirus : Des mutations génétiques pourraient expliquer les formes graves du Covid-19

EPIDEMIE Des chercheurs pensent que la réponse de notre organisme au virus varie en fonction de nos gènes et de leurs mutations

20 Minutes avec AFP

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Des promeneurs portant un masque à Stockport, le 16 septembre 2020 au Royaume-Uni.
Des promeneurs portant un masque à Stockport, le 16 septembre 2020 au Royaume-Uni. — AFP

Entre la perte de goût et d’odorat et le passage en réanimation, le coronavirus s’exprime de plusieurs manières en fonction des malades. Ces réactions très différentes seraient dues à nos gènes, estiment plusieurs chercheurs.

Près de 15 % des formes graves de la maladie Covid-19 s’expliqueraient par des anomalies génétiques et immunitaires entraînant la défaillance d’une puissante molécule antivirale naturellement produite par l’organisme en cas d’infection, selon les travaux d’une équipe franco-américaine.

Des anomalies génétiques à détecter

Des découvertes qui pourraient permettre de dépister les personnes les plus à même de développer une forme grave, et de mieux les soigner, selon les chercheurs. Ces recherches pointent plus précisément un défaut de substances du système immunitaire, les interférons (IFNs) de type 1, première ligne de défense contre l’attaque virale. Ces conclusions sont détaillées dans deux articles publiés par la revue américaine Science.

« Il s’agit d’un défaut de production ou d’action des interférons de type 1 », explique le professeur Jean-Laurent Casanova (Institut Imagine à Paris et Université Rockefeller à New York), lors d’une conférence de presse en ligne. Les chercheurs ont mis en évidence chez certains patients des anomalies génétiques (mutations de 13 gènes) qui diminuent la production des interférons de type I (3-4 % des formes graves).

Les hommes plus concernés que les femmes

Ils ont, en outre, identifié chez d’autres patients âgés de 25 à 87 ans, une forme de maladie auto-immune, en l’occurrence la présence à des taux très élevés dans le sang d’anticorps mal orientés, appelés auto-anticorps. Ces derniers neutralisent l’action antivirale des interférons de type 1 (chez au moins 10 % des formes graves de Covid) au lieu de s’attaquer au virus.

Cette anomalie touche plus d’hommes que de femmes, d’après l’étude, alors que les maladies auto-immunes (dysfonctionnement du système immunitaire qui le conduit à s’attaquer à certains de ses constituants normaux) concernent généralement beaucoup plus les femmes. L’étude laisse également supposer que la fréquence de ces anticorps augmente avec l’âge.

Les interférons appartiennent à la famille des cytokines, substances produites notamment par les cellules du système immunitaire, en réponse à l’infection. Le défaut initial d’interféron de type 1 entraîne par la suite une réaction exagérée de l’organisme pour compenser ce manque. Il produit ainsi d’autres cytokines provoquant un emballement inflammatoire funeste, « l’orage de cytokines », observé dans les cas très graves de Covid.

Des solutions médicamenteuses existent

Le Pr Casanova a dirigé ces recherches avec le professeur Laurent Abel (Institut Imagine/Inserm), en collaboration avec Helen Su de l’Institut national américain des allergies et des maladies infectieuses (NIAID/NIH). Ces auto-anticorps sont absents chez les personnes qui développent une forme légère de la maladie. Et ils sont rares dans la population générale : 0,33 % d’après une analyse sur un échantillon de plus de 1.000 personnes en bonne santé, soit une fréquence quinze fois inférieure à celle observée chez les patients atteints de formes sévères.

L’administration précoce d’interférons à ces patients pourrait être une piste thérapeutique. La bonne nouvelle, c’est que ces médicaments sont disponibles depuis des décennies, et a priori sans effets secondaires notables s’ils sont pris pendant une courte période. Pour les malades ayant ces mauvais anticorps, on pourrait utiliser un interféron qu’ils ne neutralisent pas. Ils pourraient bénéficier d’une plasmaphérèse (prélèvement de la partie liquide du sang contenant notamment les anticorps), ou d’autres traitements pouvant réduire la production de ces anticorps par les lymphocytes B.

Ces découvertes sont les premiers résultats publiés du consortium international du Covid Human Genetic Effort créée dans le but d’identifier les facteurs génétiques et immunologiques pouvant expliquer la survenue de formes graves de la maladie, auxquels participent des hôpitaux d’une cinquantaine de pays.