Journée du cœur : La grossesse, période risquée pour le cœur des femmes, nécessite un meilleur suivi

MATERNITE A l’occasion de la Journée mondiale du cœur, organisée ce mardi, des cardiologues souhaitent sensibiliser sur le suivi nécessaire de certaines patientes

Oihana Gabriel

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Illustration d'une femme enceinte.
Illustration d'une femme enceinte. — Pixabay
  • Pendant la grossesse, le coeur des mères est soumis à rude épreuve car il doit alimenter le corps de la mère, le placenta et le futur bébé. 
  • Voilà pourquoi certaines femmes découvrent à l'occasion d'une grossesse des problèmes cardio-vasculaires. 
  • Elles devraient donc bénéficier d'un meilleur suivi cardiaque pendant leur grossesse, mais aussi après. 

Entendre pour la première fois les battements du cœur de son bébé in utero est souvent un moment émouvant. Mais il ne faut pas oublier de s’assurer aussi que le cœur de la future mère va tenir le coup pendant les neuf mois… et après. La grossesse, puis l’accouchement, imposent en effet à cet organe vital un effort parfois périlleux. « Les maladies cardio-vasculaires représentent la première cause de mortalité maternelle dans la plupart des pays occidentaux », souligne Pr Claire Mounier-Véhier, cardiologue au CHU de Lille.

Pourquoi le cœur est-il soumis à rude épreuve pendant la grossesse ? Parce qu’un même organe doit alimenter le corps de la femme, le placenta et le bébé. « La grossesse, c’est comme si vous couriez un marathon pendant neuf mois », résume Claire Mounier-Véhier. Sans compter que l’accouchement, entre les contractions, l’hémorragie et la douleur, représente une épreuve hors norme pour cet organe.Environ 200 femmes meurent chaque jour d’un infarctus ou d’un accident vasculaire cérébral (AVC), soit 18.000 femmes par an. « C’est cinquante fois plus que les morts sur la route, dont on entend beaucoup parler », insiste la spécialiste. Son objectif, ce n’est pas qu’on parle moins de Sécurité routière, mais qu’on parle davantage de santé des femmes en général et de leur cœur en particulier. « La bonne nouvelle, c’est que dans 8 cas sur 10, l’accident cardio-vasculaire est évitable. » Voilà pourquoi la cardiologue espère avec cette Journée mondiale du cœur et son récent fonds de dotation Agir pour le Cœur des Femmes sensibiliser patientes et soignants à l’importance d’anticiper les risques cardio-vasculaires lors d’une grossesse.

Mieux suivre les grossesses à risque

La majorité des grossesses se déroulent sans anicroche. Les femmes qui savent qu’elles souffrent d’une maladie cardio-vasculaire bénéficient d’un suivi très précis. Là où il y a davantage de zones d’ombre, c’est pour un certain nombre de futures mères, qui découvrent à l’occasion de leur grossesse des problèmes cardio-vasculaires. « Pour les femmes qui ont un diabète, une hypertension, qui souffrent d’obésité, qui fument, qui ont fait appel à un don de gamète ou qui ont une grossesse tardive (après 40 ans), il existe un risque de mauvaise fabrication du placenta », reprend la cardiologue.

Ce nouvel organe vasculaire fabriqué par la femme pour nourrir et oxygéner le bébé risque alors de vieillir très vite ou de se décoller. « Entre 10 à 15 % des grossesses se compliquent en raison de placentas de mauvaise qualité », précise-t-elle. Ce qui peut freiner le développement du bébé, mais également avoir un impact sur la santé de la mère. En effet, la pré-éclampsie, liée à l’hypertension, est responsable d’un tiers des accouchements prématurés et reste la deuxième cause de décès maternels en France (environ 20 décès par an d'après l'Inserm), après les hémorragies de la délivrance. « La maladie du placenta est à bas bruit et se manifeste seulement à partir du 6e mois, reprend la cardiologue. Donc si une femme enceinte voit des petits point brillants devant les yeux, ressent des palpitations, des douleurs au foie, des essoufflements, des maux de tête, elle doit faire le 15 tout de suite, car il y a urgence. »

La cardiologue, avec une campagne de communication et un site Agir pour le Cœur des Femmes espère donc passer un message : ces femmes-là, avant de se lancer dans un projet de maternité, devraient en parler avec leur médecin. Eventuellement faire un check-up auprès d’un cardiologue, un test d’effort, vérifier que leur traitement contre l’hypertension ne fera pas de mal au fœtus… « Cette alerte concerne aussi les professionnels de santé, reprend-elle. Un pharmacien par exemple, quand il délivre un médicament peut interroger la patiente sur son désir de grossesse. »

Des conséquences sur la santé des femmes à long terme

« Actuellement, les grossesses sont très bien surveillées », rassure Catherine Montpère, cardiologue et co-Présidente de la commission Cœur de Femmes de la Fédération Française de Cardiologie. Et une femme sur 1.000 a un risque de maladie veineuse pendant l’accouchement, qu’elle soit ou pas diagnostiquée avant la grossesse ». Pas de raison de paniquer donc, d’autant qu’en France, les futures mères ont un suivi très médicalisé.

Mais la science a depuis une dizaine d’années révélé une information importante. « On s’est aperçu que certaines anomalies qui se sont développées pendant la grossesse, par exemple le diabète gestationnel, l’hypertension, une prise de poids importante qui ne régresse pas un an après l’accouchement, vont être des marqueurs de risque de développer un infarctus chez la maman. » « Il faudrait proposer un suivi cardio régulier à ces femmes car elles risquent davantage de faire un AVC ou un infarctus à la ménopause, complète Claire Mounier-Véhier. Un risque aussi important que si elles étaient fumeuses… » Voilà pourquoi il s’avère important que les femmes connaissent le déroulé de leur grossesse, le poids de leur bébé, s’il est arrivé à terme pour communiquer des informations précises à leur cardiologue.

Or, le déroulé de la grossesse n’avait jamais été pris en compte dans le suivi du cœur des patientes. Et plus généralement, quantité d’études se penchent sur le cœur des hommes (80 % d’hommes dans les cohortes), nettement moins sur celui des femmes. Voilà pourquoi la Fédération française de cardiologie​ a lancé une étude, baptisée E3N, dont l’objectif est de définir un score de risque de développer une maladie cardio-vasculaire chez les femmes. Un indicateur qui prenne en compte tout ce qui est spécifique à la femme : pilule contraceptive, traitement pour la ménopause et, bien sûr, le déroulé des grossesses, majeur dans ce risque.

Autre donnée nouvelle : avoir un accouchement prématuré est un marqueur indépendant (ni lié à l’âge, ni au tabagisme…) de développer une maladie cardiovasculaire pour la mère par la suite. « On n’a pas d’explication pour le moment, c’est une donnée épidémiologique », précise Catherine Monpère.

Ce risque pour le cœur des femmes pendant la grossesse, mais également après, reste totalement méconnu du grand public, regrettent les deux cardiologues. Pour Claire Mounier-Véhier, il existe trois moments clefs dans la vie d’une femme où un dépistage cardiaque s’avère utile : pour choisir sa contraception, au moment de la grossesse et de la ménopause. Une expérimentation en cours dans les Hauts-de-Seine pourrait d’ailleurs faire bouger les lignes. En effet, 1.000 femmes de 50 ans bénéficient d’un suivi cardiaque. « Si cette expérimentation prouve qu’il y a un bénéfice à réaliser ce dépistage, toutes les femmes pourraient d’ici trois ans se voir proposer un bilan cardiaque à 50 ans, comme elles ont droit à une mammographie », se félicite Claire Mounier-Véhier. Une future révolution pour la santé des femmes ?