« Suivre un accompagnement sexuel m’a réparée, et cela devrait être un droit »

INTERVIEW Violée à deux reprises quand elle était jeune, Pascale Causier a suivi un accompagnement sexuel pour se libérer de ses traumatismes

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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Dans son ouvrage, Pascale Causier raconte comment avoir suivi un accompagnement sexuel l'a aidée à surmonter le traumatisme lié à ses viols et à se réapproprier son corps et sa sexualité.
Dans son ouvrage, Pascale Causier raconte comment avoir suivi un accompagnement sexuel l'a aidée à surmonter le traumatisme lié à ses viols et à se réapproprier son corps et sa sexualité. — Pixabay
  • A 54 ans, Pascale Causier a surmonté le traumatisme lié aux deux viols dont elle a été victime dans sa jeunesse grâce à un accompagnateur sexuel.
  • Dans son ouvrage J’ai suivi un accompagnement sexuel, et cela devrait être un droit pour tous (éd. Dunod), elle raconte son cheminement au côté d’Alex, qui l’a aidée à se libérer de ses peurs et à se réapproprier son corps et sa sexualité.
  • Aujourd’hui sexothérapeute, elle milite pour le droit à une sexualité sécurisée.

Se réapproprier son corps. Le réconcilier avec son esprit. Et s’autoriser à vivre une sexualité épanouie. Tout cela, Pascale Causier, violée à deux reprises quand elle avait 12 et 17 ans, y est parvenue avec l’aide d’Alex, son « accompagnant sexuel ». Une expérience unique qu’elle raconte dans l’ouvrage J’ai suivi un accompagnement sexuel, et cela devrait être un droit pour tous * (éd. Dunod).

Neuf mois qui l’ont transformée, « qui m’ont réparée », confie-t-elle à 20 Minutes. Aujourd’hui, Pascale est non seulement heureuse dans son rôle de mère et de grand-mère, mais aussi heureuse d’avoir trouvé, à 54 ans « une sexualité épanouie. Et si l’accompagnement sexuel est reconnu dans des pays comme la Suisse ou les Pays-Bas, cela devrait être un droit en France aussi ».

Qu’est-ce l’accompagnement sexuel vous a apporté de plus que la psychothérapie ?

Dès l’adolescence, j’ai suivi des psychothérapies pour surmonter le traumatisme des agressions sexuelles que j’ai subies. J’ai intellectualisé tout ça et travaillé sur l’acceptation de ce que j’avais vécu. Cela m’a aidé, mais je n’ai jamais réussi à me libérer de certains blocages. Un jour, ma psy m’a dit que lorsque la première rencontre avec la sexualité est une agression, on n’a pas d’autre référentiel. Si on ne rencontre pas les bons partenaires, doux et bienveillants, on l’aura toute sa vie. Quand on découvre la sexualité dans la violence, à 12 ans, votre vie est volée. Ma vie m’a été volée.

Avant de commencer cet accompagnement, j’avais beaucoup de complexes, mais surtout un problème dans mon rapport à la sexualité, à l’acte sexuel. Dans ma vie de femme, d’épouse, j’avais vraiment une sexualité très restreinte, pas épanouissante. Je me sentais totalement coupée de mon corps et pas en capacité de répondre ni à mon désir, ni à l’attente des hommes. Puis je me suis intéressée aux médecines alternatives et à une conférence, j’ai rencontré Alex, un masseur qui voulait devenir accompagnant sexuel. Il m’a proposé de m’aider, je lui ai fait confiance et on s’est en quelque sorte coachés mutuellement. Grâce à son accompagnement, à son approche psychocorporelle, je me suis réapproprié mon corps et je l’ai réconcilié avec mon esprit.

Mais pourquoi un accompagnant sexuel et pas un ami, ou un amant attentionné ?

Parce que je n’en ai pas rencontré ! Et l’accompagnement sexuel a vocation à apporter un soin au corps et à l’esprit, dans le respect d’un cadre, de limites définies. C’est un cheminement, un parcours balisé vers la reconnexion à son corps et à sa sexualité, un espace secure dans lequel il n’y a pas de dangers, où mon consentement et le respect de mon consentement étaient omniprésents. Dès le départ, Alex m’a dit : « je suis là pour toi, je mets mon corps à ta disposition pour que tu t’entraînes, que tu saches ce qui te plaît, ce qui ne te plaît pas, que tu saches pourquoi, que tu saches aussi si cela me donne du plaisir, que tu puisses parler, et que tu saches qu’à tout moment, tu peux dire "non" ».

Il y a un vrai côté éducatif dans l’accompagnement sexuel : j’ai appris à m’approprier ma sexualité, mais aussi à apprendre la sexualité avec un homme. Dans ce cadre, j’ai pu m’ouvrir, faire remonter à la surface la mémoire de mon corps, la tristesse enfouie après mes agressions pour mieux me libérer de mes peurs, de mes blocages internes liés à mes viols, et enfin trouver ma légitimité dans ma sexualité. Comme ma psy me l’a dit : la sexualité est interdite dans la thérapie, mais elle peut être thérapeutique.

Ces rendez-vous étaient-ils tarifés ?

Oui, nous avions convenu d’un tarif pour les massages, une sorte de forfait pour nos ateliers.

De quelle manière cet accompagnement s’est-il passé ?

Mon accompagnement a commencé par des massages tantriques. Le toucher est alors précis, thérapeutique, pas masturbatoire. Le but n’était pas de mener à la jouissance sexuelle, mais si elle vient, on l’accueille. A travers ces moments de confiance totale, très fluides et naturels, je me suis libérée progressivement. Toujours dans la bienveillance, avec le droit absolu de dire « oui » et « non ». La sexualité a pris sa place par la suite. A la demande d’Alex, j’ai tout mis par écrit, au fur et à mesure de nos rencontres : mes sensations, mes besoins et mes envies, et il s’en est servi pour élaborer les étapes de mon parcours. Ce dialogue, ces rapports sexuels, notre amitié et sa bienveillance, tout cela m’a aidée dans mon cheminement. Il m’a donné une forme d’amour, universel, pas lié à un sentiment amoureux de sa part ou de la mienne, c’était sans ambiguïté sur ce point.

Grâce à tout ça, je me suis apprivoisée, et au final, ça m’a réparée. Et j’ai appris que l’acte sexuel pouvait être magnifique.

Vous militez aujourd’hui pour la reconnaissance de l’accompagnement sexuel et pour le droit à une sexualité sécurisée pour tous…

Je pense que toute personne doit pouvoir accéder à son corps et à sa sexualité avec un professionnel de l’accompagnement sexuel. Actuellement, on en parle pour les personnes en situation de handicap.

Dans l’accompagnement sexuel tel que je l’ai vécu, il y a la dimension complémentaire du « soin », même si on ne peut employer ce mot en France parce que le statut d’accompagnant sexuel n’existe pas.

Quand je dis que j’aimerais que ce soit un droit pour tous, c’est pour que chaque personne qui en éprouve le besoin puisse y accéder, sans entrer nécessairement dans une catégorie. Quelqu’un qui ne peut pas accéder à son corps, qui en a l’envie mais qui n’arrive même pas à passer le cap d’essayer de rencontrer quelqu’un et d’avoir une relation intime avec des sentiments, qui est empêché d’apprivoiser sa sensualité et sa sexualité, cette personne vit une véritable torture. Or l’accompagnement sexuel, pour les personnes qui en ressentent le besoin, vient ouvrir un possible, offrir une libération.

D’ailleurs aujourd’hui, vous souhaitez aider à votre tour…

Je suis sexothérapeute, psychopraticienne et solutionniste expérientielle : je travaille à partir des sensations des patients par le souvenir, pas par le toucher. Je veux ouvrir mon cabinet et pourquoi pas, un jour, si c’est autorisé en France, travailler avec un accompagnant sexuel, proposer une approche globale, thérapeutique et psychocorporelle.

J’ai suivi un accompagnement sexuel, et cela devrait être un droit pour tous, de Pascale Causier, Editions Dunod, en librairie depuis le 16 septembre.

Un statut en attente

A ce jour, la législation française ne reconnaît pas le statut d’accompagnant ou d’assistant sexuel, qui pourrait être interprété aujourd’hui comme une forme de marchandisation du corps.

Toutefois, en février dernier, la secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées, Sophie Cluzel, s’était déclarée « favorable à l’accompagnement de la vie sexuelle » des personnes handicapées par « des assistants », un « sujet tabou » sur lequel elle a saisi pour avis le Comité consultatif national d’éthique (CCNE).