VIDEO. Coronavirus à Marseille : Bataille de chiffres, hôpitaux saturés... Où en est vraiment l'épidémie ?

SANTE Elus marseillais et ministre de la Santé se livrent à une âpre bataille de chiffres qui sème le doute sur la réalité de l'épidémie de coronavirus à Marseille 

Mathilde Ceilles

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Des Marseillais patientent pour un dépistage du coronavirus
Des Marseillais patientent pour un dépistage du coronavirus — Jean-Francois Badias/AP/SIPA
  • Elus marseillais et ministre de la Santé se livrent à une bataille de chiffres autour du Covid-19
  • A Marseille, le taux d'incidence du coronavirus, au-dessus de la moyenne nationale, fléchit légèrement mais depuis trop peu de temps pour parler d'une baisse. 
  • Les hôpitaux, eux, sont aujourd'hui saturés. 

« Je demande au gouvernement dix jours avant la mise en place de nouvelles mesures. Si à la fin de la semaine prochaine, les indicateurs repartent à la hausse, nous seront prêts à prendre les décisions qui s’imposent. » D’un côté, ce jeudi, devant un parterre de journalistes, Benoît Payan, premier adjoint au maire de Marseille, fait part de son incompréhension, alors que la situation épidémiologique « peut s’améliorer dans les jours à venir » dans la deuxième ville de France selon lui, au regard de statistiques du  Covid-19 ​« encourageantes ».

« Les chiffres officiels du ministère de la Santé indiquent que le pic de cette phase de l’épidémie a été atteint dans la semaine du 3 au 9 septembre », affirme ainsi le socialiste, qui réclame « une sérénité scientifique, qui s’appuie sur des chiffres concrets, […] pas sur des opérations de communication ministérielle. »

« On ne peut pas se permettre d’attendre dix jours »

De l’autre, dans cette étrange bataille de chiffres entre Marseille et Paris, Olivier Véran, tient un tout autre discours. Ce mercredi, le ministre de la Santé a placé la métropole d’Aix-Marseille en « zone d’alerte maximale » pour le coronavirus, entraînant la mise en œuvre de mesures draconiennes.

Une décision justifiée notamment par le taux d’incidence, supérieure à 250 cas pour 100.000 habitants de la métropole et à 100 cas pour 100.000 habitants chez les personnes âgées du secteur. « Selon les indicateurs, on est dans une situation où on ne peut pas se permettre d’attendre dix jours de plus », a confié l’entourage du Premier ministre sur BFMTV. Le gouvernement ne donne toutefois jamais de chiffres précis et récents sur la situation marseillaise. Contactée par 20 Minutes, l’Agence régionale de santé de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur n’a pas été non plus en mesure de nous les communiquer.

Un taux en hausse… et en baisse

« Le taux d’incidence, ou taux de nouveaux cas positifs, à Marseille ne fait qu’augmenter depuis le mois d’août », affirme Pascal Auquier, professeur d’épidémiologie à l’université d’Aix-Marseille et à l’Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille (AP-HM). Il est vrai qu’à titre d’exemple, ce taux était de 214 la semaine du 15 septembre dans le département, contre 186,7 la semaine précédente.

« Le taux de positivité ne fait que reculer, plaide toutefois Benoît Payan. Il est de 8,2 % ici contre 10 % pour Paris selon Santé publique France. » « De façon extrêmement récente, sur les trois ou quatre derniers jours, le taux a légèrement diminué, tout en restant très supérieur au taux national, reconnaît Pascal Auquier. Et les gens sont en train d’expliquer que l’épidémie est finie. Mais en trois jours, on n’a pas assez de recul ! » « Trois ou quatre jours de stabilisation affichée ne suffisent pas à considérer qu’on est véritablement sur la bonne voie », taclait ce mercredi dans la soirée Olivier Véran.

Des hôpitaux saturés

Surtout, une vraie problématique se pose désormais dans les hôpitaux marseillais. « On est à saturation, se désole Laurent Zieleskiewicz, chef adjoint du service d’anesthésie réanimation de l’hôpital Nord de Marseille. Le nombre de patients en réanimation atteints du Covid a été multiplié par 20 en un mois. On tourne à 90 % de remplissage. On arrive à la limite de l’optimisation et on veut absolument tout faire pour éviter une déprogrammation. »

« Tout le week-end, on n’a fait que remplir, témoigne Sabine Valéra, infirmière en réanimation à l’hôpital Nord et présidente de la fédération des infirmiers en réanimation. On a aujourd’hui une unité pleine et on a dû en ouvrir une autre. Et comme on manque de personnel médical et paramédical, on se le partage avec un autre service. On essaie de faire des réajustements au jour le jour. »

« Ouvrez des lits, ne fermez pas des restaurants »

Selon nos informations, ce jeudi, en milieu de journée, l’AP-HM avait ouvert 212 lits Covid contre 139 lits il y a quinze jours seulement. Or, ce jeudi toujours, 40 des 45 lits de réanimation à disposition des patients atteints du Covid-19 étaient occupés. Soit un taux de 90 %, bien au-delà de la limite critique des 30 % fixée par le ministre mercredi soir.

« Si la situation s’aggrave, si d’autres gens arrivent, je ne vois vraiment pas comment on va faire », s’inquiète Audrey Jolibois, secrétaire du syndicat FO de l’AP-HM. Une situation urgente et très tendue qui a poussé Benoît Payan à interpeller le gouvernement, en guise de conclusion de sa conférence de presse. « Ouvrez des lits, ne fermez par les restaurants ! », réclame l’adjoint au maire. Car, comme le rappelle Pascal Auquier, « les gens qui sont contaminés aujourd’hui vont en partie arriver dans les services de réanimation dans dix à quinze jours. »