Cancers d’enfants à Sainte-Pazanne : Les parents cherchent des réponses et interpellent Emmanuel Macron

LOIRE-ATLANTIQUE Dix mois après l'abandon des recherches par Santé Publique France, le collectif mobilisé contre le cluster de cancers pédiatriques autour de Sainte-Pazanne poursuit ses propres études

Frédéric Brenon

— 

Marie Thibaud, présidente du collectif Stop aux cancers de nos enfants, en discussion avec Lisa King, responsable régionale de Santé publique France, le 25 novembre 2019 à Sainte-Pazanne.
Marie Thibaud, présidente du collectif Stop aux cancers de nos enfants, en discussion avec Lisa King, responsable régionale de Santé publique France, le 25 novembre 2019 à Sainte-Pazanne. — S.Salom-Gomis/AFP
  • Vingt-deux enfants seraient atteints de cancers depuis 2015 dans un rayon de 15 km autour de Sainte-Pazanne.
  • Les autorités sanitaires n’ont trouvé « aucune cause commune » et le collectif « Stop aux cancers de nos enfants » privilégie, pour l’heure, l’hypothèse d’un « effet cocktail ».

« J’ai eu envie de fuir, de baisser les bras, confie Marie Thibaud. Mais, non, on ne peut pas lâcher maintenant. On le doit à nos enfants qui se battent contre la maladie. » Après avoir alerté les autorités d’une multiplication de cancers pédiatriques dans le secteur de Sainte-Pazanne ( Loire-Atlantique) depuis 2015, le collectif « Stop aux cancers de nos enfants » avaient reçu un « coup de massue » en novembre dernier :  Santé publique France confirmait l’existence d’un cluster de cancers mais annonçait n’avoir trouvé « aucune cause commune » et stoppait les recherches.

Depuis, le nombre de cas recensés est passé de 20 à 22 *, répartis sur neuf communes. Et un cinquième décès s’est ajouté à la liste, affirme le collectif. « On se sent seuls. Nos enfants tombent toujours malades, il se passe quelque chose de dangereux et on ne sait toujours pas quoi. Forcément on se dit "à qui le tour ?" », se désole Marie Thibaud, maman d’un petit garçon en rémission et présidente du collectif.

« On travaille sur l’effet cocktail »

Très remonté, « Stop aux cancers de nos enfants » reproche à l’agence régionale de santé (ARS) de ne pas communiquer les analyses d’air, d’eau et de sol effectuées aux domiciles des familles et à l’école privée de Sainte-Pazanne. Il réclame aussi qu’elle dévoile la cartographie des cancers pédiatriques survenus en Loire-Atlantique. Egalement déçu par les élus locaux qui « ne bougent pas », le collectif en appelle désormais à Emmanuel Macron. « On espère une intervention au plus haut niveau de l’Etat. Il faut protéger la population », clame-t-il.

En attendant, les parents mobilisés mènent leurs propres investigations, via des laboratoires indépendants, grâce aux dons récoltés en ligne. Toxicologie des cheveux, étude de l’eau potable, de l’air intérieur, mesures de radioactivité, recensement des activités agricoles et même, bientôt, analyse génomique des enfants malades… Ils ne ferment aucune piste. « Les premiers résultats démontrent qu’il y a certainement un problème de pesticides, de perturbateurs endocriniens, de métaux lourds, de radon. On travaille sur le cumul, sur l’effet cocktail », explique Marie Thibaud. « Sainte-Pazanne semble être l’épicentre. Mais peut-être que tout ça est diffus. On veut savoir », ajoute-elle.

Inquiétude autour des éoliennes

Dernier facteur de risque suspecté : les champs électromagnétiques produits par la vingtaine d’éoliennes installées depuis cinq ans dans le secteur. Le sol granitique amplifierait leur propagation. « On n’est pas anti-éolien. Mais on fait le constat que c’est l’un des seuls éléments nouveaux sur la zone depuis 2015 », relève Thierry Pilatus, membre du collectif. Un nouveau parc éolien doit voir le jour autour de Rouans. « Il n’est pas question de laisser faire, prévient Marie Thibaud. Dans le doute, on ne peut pas ajouter du risque au risque. »

Un nouveau comité de suivi du cluster de Sainte-Pazanne, piloté par l’agence régionale de santé (ARS), doit se réunir mardi 22 septembre.

* L’agence régionale de santé (ARS) dénombre pour sa part 11 cas dans ce secteur entre 2015 et mars 2019. Soit une incidence deux fois supérieure à la moyenne nationale.