Coronavirus : « Il fallait absolument prioriser les personnes à tester », souligne Luc Duquesnel, président du syndicat Généralistes-CSMF

INTERVIEW Après les annonces de Jean Castex, Luc Duquesnel, président du syndicat Les Généralistes-CSMF, assure que la priorisation des tests doit être faite de toute urgence pour limiter les délais d’attente

Propos recueillis par Oihana Gabriel

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Attende des patients pour un depistage, dans le grand centre de test PCR (gratuit) du Palais des Expositions. Les tests de depistage virologiques (RT-PCR) permettent de determiner si une personne est porteuse du virus au moment du test, grace a un prelevement nasale, resultat en 24h, Nice.
Attende des patients pour un depistage, dans le grand centre de test PCR (gratuit) du Palais des Expositions. Les tests de depistage virologiques (RT-PCR) permettent de determiner si une personne est porteuse du virus au moment du test, grace a un prelevement nasale, resultat en 24h, Nice. — SYSPEO/SIPA
  • Jean Castex a fait quelques annonces après le Conseil de défense ce vendredi. « Le virus est là pour quelques mois encore et nous devons réussir à vivre avec lui sans entrer dans une logique de confinement généralisé », a tenté de rassurer le Premier ministre.
  • Priorisation du dépistage, nouveaux moyens pour le traçage, limitation à sept jours d’isolement… Il a appelé à la vigilance, mais n’a pas annoncé de mesures contraignantes.
  • Une sorte de statu quo qui ne surprend pas Luc Duquesnel, président du syndicat Les Généralistes-CSMF, interrogé par 20 Minutes.

Beaucoup de bruit pour rien ? Après l’alerte lancée par Jean-François Delfraissy, leader du Conseil scientifique, qui annonçait des décisions difficiles, puis l’appel au calme d' Emmanuel Macron, les Français étaient suspendus ce vendredi aux annonces du gouvernement. C’est finalement  Jean Castex, le Premier ministre confiné, qui a pris la parole à 17h30. Pour annoncer peu de choses.

On retient la volonté d’un dépistage amélioré, avec une priorité donnée aux symptomatiques, aux cas contacts et aux soignants, et un renfort de 2.000 personnes à l’Assurance maladie et dans les Agences régionales de santé (ARS) pour renforcer le traçage des contacts de personnes infectées. Mais aussi une durée d’isolement ramenée à sept jours et des mesures localisées, confiées aux préfets de Bordeaux, Marseille et de la Guadeloupe, qui pourraient être annoncées lundi. Ni reconfinement, fermeture des bars ou masques imposés aux enfants, donc. Ce qui ne surprend pas Luc Duquesnel, président Les Généralistes-CSMF, syndicat de médecins généralistes, joint par 20 Minutes.

Le Premier ministre a fait finalement peu d’annonces ce vendredi…

L’annonce la plus importante, pour moi, est la décision de prioriser les tests. Ce qui me surprend, c’est qu’on ne l’ait pas fait avant. On l’attend depuis trois semaines, nous, les généralistes… En Mayenne, dès juillet, on a vu des patients symptomatiques qui obtenaient des rendez-vous à sept jours. Et qui recevaient les résultats sept jours après. Ces personnes-là n’observent pas le confinement. On a donc tiré la conclusion qu’il fallait absolument prioriser les personnes à tester. La situation est critique. J’ai appris hier que dans un laboratoire à Paris, on manquait de réactifs. Dans les Hauts-de-France, un généraliste a mis sept jours pour se faire tester. Il faut qu’entre la suspicion du Covid-19 et l’obtention de résultat, on arrive à 48 heures. Avec un test positif, les gens acceptent de se confiner. Surtout si c’est sept jours. Mais ça, on le savait déjà.

Pourtant, certains estiment que cette stratégie n’est pas la bonne pour trouver les asymptomatiques…

Je lis les épidémiologistes qui expliquent qu’il faut tester tout le monde. Mais on ne peut pas se le permettre ! On a des problématiques de moyens humains pour réaliser les prélèvements, mais surtout pour analyser les tests. Je ne suis même pas tellement rassuré d’apprendre qu’il va y avoir de nouveaux lieux [des tentes, annoncées par Jean Castex] pour réaliser ces prélèvements, car le goulot d’étranglement se situe en aval du dépistage.

Pensez-vous que la priorisation donnée aux soignants est importante ?

Bien entendu. Aujourd’hui, on ne peut pas se permettre d’isoler les soignants pendant quinze jours, on marche sur la tête ! Ce qui m’inquiète, c’est qu’on ne connaît pas l’état des réserves de réactifs. Il n’a pas parlé non plus des tests salivaires , alors que cela fait trois mois qu’ils sont disponibles en Grande-Bretagne.

Vous vous attendiez à une invitation à plus de vigilance sans mesure contraignante ?

On continue à apprendre avec cette épidémie. On ne sait pas si l’augmentation de la circulation du virus actuelle peut nous remettre dans la situation de mars. C’est vrai qu’on a aujourd’hui des gestes barrières, des masques. De toute façon, la France est dans l’incapacité économique de revivre un confinement. Aujourd’hui, il fallait préciser qui on doit tester de toute urgence ? J’entends l’objectif du Premier ministre, mais il va falloir me dire comment on fait sur le terrain ? Les ARS vont devoir travailler main dans la main avec les laboratoires. Et il faut que ceux qui ont une prescription soient prioritaires, que ça soit une ordonnance du généraliste ou les personnes qui doivent se faire opérer. C’est à nous de faire le tri.

Rencontrez-vous des difficultés dans vos cabinets, au-delà de ce problème de dépistage ?

Depuis lundi, c’est le bordel. Dans mon cabinet, nous avons deux secrétaires et quatre lignes de téléphone, et elles sont prises d’assaut par tous les parents dont les enfants sont refoulés à l’école. Parce qu’ils sont suspects Covid. Ils demandent s’ils doivent faire tester leur enfant, s’ils peuvent mettre leurs autres enfants à l’école, s’ils peuvent aller au travail. On nous demande un certificat de non-contagiosité alors que les enfants ne sont pas testés ! Non, on ne fera pas ce genre de certificat.

On remarque une grande disparité d’une école à l’autre. Cela perturbe complètement nos consultations. Les enfants ont le nez qui coule une semaine sur deux sur toute l’année… Il y a besoin de directives très claires dans les écoles, pour les parents, mais aussi pour les directeurs d’école, car on ne va pas pouvoir continuer comme ça. Avec tout le travail qu’on a, on ne va pas pouvoir recevoir en plus tous les rhumes… Le problème, c’est toute l’angoisse que génère cette situation. Il faut apprendre à vivre avec ce virus. Sinon, toutes ces pathologies bénignes qu’on va voir tout l’hiver, cela va perturber les cabinets des généralistes, mais également le monde du travail.