Bas-Rhin : Une médecin « anti-masque » bientôt suspendue ?

ENQUETE La médecin Eve Engerer assimile le masque à « un rituel des pédo-sataniques »

A.B.

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Un manifestant anti-masque en Italie. (Illustration)
Un manifestant anti-masque en Italie. (Illustration) — VINCENZO PINTO / AFP
  • En août, Eve Engerer avait défrayé la chronique en diffusant sur Facebook un certificat prérempli contre-indiquant le port du masque. Cette médecin généraliste installée dans le Bas-Rhin est peu à peu devenue une des représentantes des « anti-masques » en France.
  • Si elle exerce toujours sa profession, elle fait l’objet de plusieurs procédures internes, menées par l’Ordre des médecins, mais aussi de la part de la justice.
  • Elle pourrait être suspendue très bientôt. Elle est convoquée jeudi prochain devant la « Formation restreinte du conseil régional de l’Ordre des médecins ».

Les nuages s’accumulent autour d’Eve Engerer. La médecin généraliste, installée à Wangenbourg-Engenthal, dans le Bas-Rhin, fait l’objet de plusieurs procédures a appris 20 Minutes, en raison, notamment, de ses positions radicales sur le port du masque, qui « ne protège pas du virus » selon elle.

Mi-août, elle s’était déjà faite remarqueren diffusant sur Facebook un certificat contre-indiquant le port du masque. « Le masque c’est un rituel des pédo-sataniques. Un acte de soumission », a-t-elle aussi lancé dans un reportage diffusé mardi dernier sur BFM TV.

Comité de soutien de 75 personnes

Le même jour, la praticienne était convoquée au conseil de l’Ordre des médecins du Bas-Rhin, à Strasbourg, en vue d’une éventuelle procédure disciplinaire. « Elle est venue avec 75 personnes et a refusé de mettre un masque dans nos locaux, donc on a refusé qu’elle entre », raconte le président de l’organisation, Jean-Marie Letzelter.

« Avec son comité de soutien, ils sont restés jusqu’à 23 heures sur le trottoir, sans agressivité. On a donc saisi la chambre disciplinaire et elle y passera, certainement en février ou mars. » La sanction pourra aller « du simple avertissement à la radiation ».

Une première convocation jeudi prochain

D’ici-là, Eve Engerer pourrait subir d’autres revers. Jeudi prochain, à 12 h 30, elle doit répondre à une convocation de la « Formation restreinte du conseil régional de l’Ordre des médecins » à Nancy (Meurthe-et-Moselle). Cette fois encore, c’est l’antenne du Bas-Rhin de l’Ordre qui est à l’origine de cette procédure interne, et non l’Agence régionale de santé (ARS) du Grand-Est.

« On l’avait prévenue dès avril du comportement anormal de cette consœur, pointe Jean-Marie Letzelter. Mais l’ARS n’avait pas jugé nos signalements suffisants pour suspendre cette médecin, alors qu’elle en a le pouvoir. On nous avait juste dit de lui retirer des gardes… La position de l’ARS n’a pas changé alors qu’on a transmis une ordonnance où Eve Engerer prescrivait à un malade de répéter une série de chiffres cabalistiques pour se guérir du Covid-19 ou qu’elle conseillait d’embrasser les arbres. »

Enquête préliminaire ouverte

Laxiste, l’Agence régionale de santé ? « Notre action a consisté à répondre au conseil de l’Ordre des médecins du Bas-Rhin dès sa saisine en avril 2020, et à échanger à plusieurs reprises avec celui-ci notamment sur les modalités à suivre. Pour le reste, la justice est saisie donc pas de commentaires », a simplement répondu l’établissement public à 20 Minutes.

Est-ce elle qui a fait appel au procureur de Saverne en vue de poursuite judiciaire ? « Une enquête préliminaire est ouverte à la suite de constatations de la gendarmerie de Wasselonne, indique-t-on au bureau du procureur Philippe Vannier. La brigade territoriale autonome a transmis des éléments le 25 août et le procureur a demandé un complément d’enquête le 28. La procédure suit son cours. »

Avant d’éventuelles poursuites, la médecin généraliste pourrait être suspendue dès jeudi prochain, à Nancy. « Elle sera expertisée par trois experts, dont un qu’elle a refusé de nommer alors qu’elle en avait la possibilité, reprend le président du conseil de l'Ordre des médecins du Bas-Rhin. Le jugement portera sur sa capacité, ou non, à exercer son métier. Si ce n’est pas le cas, des formations lui seront ordonnées et tant qu’elle ne les aura pas effectuées, elle ne pourra pas pratiquer la médecine. Ça peut durer des mois voire des années. »

« C’est incroyable de vouloir radier des gens qui veulent soigner les autres »

« Ma situation professionnelle n’est pas à l’ordre du jour. […] C’est incroyable de vouloir radier des gens qui veulent soigner les autres », a réagi Eve Engerer auprès de 20 Minutes, avant d’évoquer pêle-mêle d’autres sujets qui lui tiennent visiblement à cœur : « la franc-maçonnerie profonde avec des réseaux pédo-pornographiques », un « vaccin à nanoparticules activé par la 5G », le « trafic d’embryons » ou encore les « poupées sexuelles en vente sur Amazon ».

« On attend avec impatience sa convocation jeudi car je ne vous dis pas le nombre de signalements qu’on reçoit à son sujet, conclut Jean-Marie Letzelter. Si on avait pu l’arrêter dès mi-avril, on l’aurait fait. »