Coronavirus à Arles : « On va tout faire pour éviter que la feria soit un cluster»

EPIDEMIE Malgré la progression galopante du coronavirus dans les Bouches-du-Rhône et l'inquiétude, la feria d'Arles, important événement économique et festif, est maintenue ce week-end

Mathilde Ceilles

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Illustration de la Féria d'Arles, ici en 2018
Illustration de la Féria d'Arles, ici en 2018 — BORIS HORVAT / AFP

En une phrase, le tout nouveau maire d'Arles, un certain Patrick de Carolis, résume la situation complexe à laquelle il doit faire face ce week-end. « On va tout faire pour éviter que la feria d’Arles soit un cluster. Après, on est dans l’inconnu. On ne sait pas comment ça va se passer. »

Ce vendredi marque l’ouverture dans la sous-préfecture camarguaise de la feria du riz, l’une des rares ferias qui a échappé aux annulations en chaîne dictées par les autorités sanitaires, coronavirus oblige. Cette grande fête, qui rassemble chaque année des milliers de personnes dans les arènes et dans les rues arlésiennes, se tient en pleine crise sanitaire dans les Bouches-du-Rhône, où le taux de nouveaux cas de Covid-19 est le plus élevé de France.

« Feria responsable »

Le préfet des Bouches-du-Rhône Christophe Mirmand a toutefois autorisé cet événement, malgré une inquiétude affichée concernant la situation sanitaire dans le département. Interrogés sur ce point, les soignants, déjà dans une situation critique, s’attendent au pire. « Il est évident que chaque événement de grande ampleur, rassemblant beaucoup de monde, produit un effet sur les hospitalisations dix à quinze jours plus tard, voire un peu plus tard sur les services de réanimation, confesse Dominique Rossi, président de la commission médicale de l’Assistance-Publique des Hôpitaux de Marseille. Nous essayons de nous préparer à toutes les occurrences. »

« Des mesures de gestion du risque sanitaire ont été arrêtées en lien avec la mairie d’Arles et la direction des arènes, en tenant compte de l’évolution de la situation sanitaire, assure la préfecture. Un protocole a été défini comportant quelques mesures simples et facilement appropriables par tous. Ce protocole fait l’objet d’une diffusion très large auprès du public, sous le titre générique de "Féria responsable". »

Une feria « plus calme »

Ainsi, entre autres mesures, le préfet a interdit les bodegas, ces bars improvisés dans des caves, garages ou jardins. Les penas, fanfares traditionnelles qui se produisent dans les rues, ne pourront être statiques, pour « éviter les effets d’attroupement ». D’une capacité maximale de 12.000 places, les arènes n’accueilleront que 5.000 personnes, personnel compris.

« Pour respecter les distanciations sociales, entre chaque groupe de spectateurs, on a laissé un siège vide, à droite et à gauche, explique Lola Jalabert, directrice des arènes. C’est un peu un Tetris. Ça demande une organisation vraiment différente de d’habitude, mais rien de trop compliqué. ». Et de lancer : « Ce sera une feria plus particulière, pas comme chaque année, avec une ambiance différente, peut-être plus familiale et plus calme. »

« Les retombées économiques sont énormes »

« Les mesures prises ont pour objectif de minimiser le risque sanitaire afin de concilier les contraintes sanitaires et économiques, confesse la préfecture. Ces mesures sont destinées à permettre le déroulement dans de bonnes conditions de la féria du riz qui constitue un temps fort pour l’économie du territoire. »

Pour cette édition, près de la moitié des billets du vendredi est vendue, tandis que la soirée de samedi est presque complète, selon les organisateurs. « Les retombées économiques des férias sur notre économie locale sont de l’ordre de plusieurs millions d’euros, rappelle Patrick de Carolis. En 2015, la féria de Pâques avait généré plus de 7 millions d’euros par exemple. »

Une feria déjà annulée

Or, l’économie arlésienne avait déjà été sinistrée au printemps dernier, lorsque, alors que les réservations venaient d’ouvrir, le préfet avait annulé en mars dernier, dans la précipitation, la féria de Pâques prévue en avril. Pour le président de l’Office de tourisme, Christian Mourisard, interrogé à l’époque par l’AFP, les retombées globales de cette manifestation s’élevaient alors à plus de 15 millions d’euros. Le tout réduit à néant en raison d’une annulation de dernière minute.

Un scénario catastrophe qui pourrait se reproduire ? La progression du coronavirus dans les Bouches-du-Rhône inquiète au plus haut sommet de l’Etat, à tel point que le conseil de défense, ce vendredi, va se pencher sur d’éventuelles nouvelles mesures à prendre dans le département. Et avec elles, de nouvelles restrictions…