Cannabis thérapeutique : Médecins et patients croient de moins en moins à l’expérimentation

DOULEURS C’était pourtant voté, mais les observateurs croient que le contexte politique et sécuritaire leur est défavorable

20 Minutes avec AFP

— 

Du cannabis à usage médical. (illustration)
Du cannabis à usage médical. (illustration) — KONRAD K./SIPA

Le gouvernement veut-il vraiment expérimenter le cannabis thérapeutique ? Face aux retards qui s’accumulent, médecins, patients et députés viennent à en douter et craignent un nouveau report du projet qui pourrait généraliser l’usage médical de cette plante aujourd’hui interdite. Lancé il y a deux ans, autorisé par l’Assemblée nationale en octobre dernier, le projet a pris des allures d’arlésienne.

En juin, l’Agence du médicament (ANSM) invoquait les imprévus liés à l’épidémie de Covid-19 pour annoncer le report de l’expérimentation, prévue en septembre pour au moins 3.000 patients, à janvier 2021 « au plus tard ». Mais le décret d’application nécessaire au démarrage tarde, au point d’inquiéter de nombreux acteurs. « Cela engendre de l’anxiété chez les patients, les médecins ne savent plus quoi leur répondre », explique le psychiatre et pharmacologue Nicolas Authier, président du Comité scientifique temporaire (CST) chargé de superviser l’expérimentation.

Une tribune pour se rappeler aux bons souvenirs du gouvernement

Dans une tribune au journal Le Parisien, une cinquantaine de médecins et d’associatifs réclament mercredi « la publication du décret dans les plus brefs délais » pour proposer les traitements « dès le premier trimestre 2021. » « Ce qui bloque, c’est la volonté politique », estime Bertrand Rambaud, président de l’association Alternative cannabis thérapeutique (ACT), qui pointe « la peur des politiques de voir le cannabis médical être le premier pas d’une légalisation du cannabis récréatif » alors que le gouvernement a fait de la lutte contre le trafic de stupéfiants une priorité.

L’expérimentation exclura le cannabis à fumer. Les médicaments se présenteront sous forme d’huiles, de gélules et de fleurs séchées à vaporiser et ne seront administrés qu’à des patients souffrant de maladies graves : certaines formes d’épilepsies, de douleurs neuropathiques, d’effets secondaires de chimiothérapie, de soins palliatifs ou de scléroses en plaques. Contactée, la Direction générale de la santé assure qu’une publication du décret « est visée pour le mois de septembre ». Le Conseil d’Etat « vient d’être saisi » pour validation et « le début de l’expérimentation est toujours prévu pour janvier », assure-t-elle.

Début en janvier peu probable

« Même si le décret était publié en septembre, je ne suis pas sûr qu’on arrivera à commencer en janvier », doute Nicolas Authier. La production de cannabis étant interdite en France, l’ANSM ne disposerait que de quatre mois pour lancer les appels d’offres, sélectionner des fournisseurs étrangers puis importer leurs médicaments. Dernier problème selon lui, l’expérimentation n’a reçu aucune dotation budgétaire propre, contrairement au projet validé par l’Assemblée.

« Ça veut dire que les médicaments seraient fournis gratuitement par les fournisseurs », décrypte le député Robin Reda (LR). Avec, dit-il, deux risques potentiels : que ces entreprises « limitent la variété de médicaments testés » ou « demandent des contreparties pour se positionner sur le marché français » en cas de légalisation du cannabis médical. Face au « retard regrettable » de l’expérimentation, la mission parlementaire sur les usages du cannabis, qu’il préside, publiera ses conclusions sur le cannabis thérapeutique dès la semaine prochaine.