Coronavirus à Marseille : « C'est chaud mais ce n'est pas la panique », la tension monte d'un cran dans les hôpitaux

SANTE La capacité d’accueil de patients atteints du Covid-19 dans les hôpitaux de Marseille diminue peu à peu, ce qui inquiète les soignants

Mathilde Ceilles

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Des soignants masqués devant un hôpital marseillais
Des soignants masqués devant un hôpital marseillais — CLEMENT MAHOUDEAU / AFP
  • Le nombre de malades du coronavirus en réanimation augmente peu à peu à Marseille, au point que les places dans les hôpitaux se raréfient.
  • Les soignants s’inquiètent, sans pour autant être alarmistes.
  • Le directeur de l’AP-HM appelle les Marseillais à respecter les gestes barrière pour que la situation ne s’envenime pas.

Que se passe-t-il dans les hôpitaux marseillais ? Alors que la deuxième ville de France et son département sont en proie à une forte hausse du nombre de cas de coronavirus ​depuis cet été, plusieurs responsables hospitaliers ont tiré ce week-end la sonnette d’alarme.

« Tension majeure depuis 24 heures sur les lits de réanimation dans les Bouches-du-Rhône, tweete ce dimanche le professeur Dominique Rossi, président de la commission médicale d’établissement de l’Assistance Publique Hôpitaux de Marseille (AP-HM). Préservez nos capacités hospitalières en appliquant les mesures barrières. Help !! Nous avons besoin de vous pour contenir la vague. »

« Nos trois services sont à peu près pleins »

Au total, 300 lits de réanimation sont ouverts dans les Bouches-du-Rhône. Soixante-dix places de réanimation sont dédiées aux malades du Covid-19 dans le département. Et à Marseille, ces lits se remplissent peu à peu. « Nos trois services sont à peu près pleins, indique-t-on du côté de l’IHU du professeur Raoult. Nous avons environ 70 patients hospitalisés pour 75 places. »

Du côté de l’AP-HM, selon Jean-Olivier Arnaud, président du directoire, on dispose au total de 124 lits dédiés aux Covid-19, dont 27 en réanimation. « Et à l’heure où l’on se parle, nous avons cinq lits de réanimation vacants, explique Jean-Olivier Arnaud. Avec ça, on a une visibilité à trois jours. Ça ne nous paraît pas alarmant. C’est chaud, mais ce n’est pas la panique. »

Hausse de fréquentation des urgences

Une capacité qui peut sembler bien réduite dans la deuxième ville de France compte tenu de la situation sanitaire de ces dernières semaines. Mais, à la différence du printemps dernier où plusieurs services avaient été mis à l’arrêt pour concentrer les efforts sur l’épidémie de coronavirus, cet été, l’AP-HM doit continuer à soigner l’ensemble de ses patients, dans tous ses services. Ainsi, la capacité d’accueil dédiée au Covid-19 n’a pas encore été augmentée.

« Puisqu’il y a eu énormément de monde à Marseille cet été, on compte par exemple une hausse de 30 % de fréquentation de notre service de traumatologie au mois d’août 2020, par rapport à l’année dernière à la même période, indique-t-on à l’AP-HM. Nous avons par exemple des sauts dans les calanques, et ce sont des patients qui sont toujours en réanimation aujourd’hui. Nous avons également connu un afflux aux urgences. Les hôpitaux ne sont peut-être pas pleins de Covid mais ils ne sont pas vides de patients ! »

« Comment on va pouvoir gérer le Covid avec l’activité habituelle ? »

Et d’ajouter : « Vu comme le nombre de cas augmente, nous allons arriver au maximum de notre capacité. La seule façon de faire face serait de déprogrammer, comme en mars, des interventions. Mais les opérations déprogrammées car pas urgentes en mars commencent à devenir urgentes aujourd’hui ! En déprogrammant tout, on peut mettre en danger la santé des Marseillais ! »

« On n’est pas encore au pic, note Audrey Jolibois, secrétaire générale FO à l’AP-HM. Mais je pense que l’inquiétude va arriver dans dix à quinze jours. Comment on va pouvoir gérer le Covid avec l’activité habituelle ? Là est la grande question. »

« Pour le moment, on fait en sorte de ne pas devoir déprogrammer des opérations, même si on le prend en compte dans nos prévisions, explique Jean-Olivier Arnaud. Mais le mieux, ce serait que tout le monde porte le masque ! » « On ne peut pas dire aux gens de ralentir sur les AVC, persifle Dominique Rossi. En revanche, si les Marseillais se protègent et portent le masque, ils protègent aussi les autres et on peut réduire le nombre d’entrées Covid ! »

Selon les derniers chiffres communiqués par les autorités, le taux d’incidence du Covid-19 dans les Bouches-du-Rhône est de 171 pour 100.000 habitants, soit nettement supérieure à la moyenne nationale (de 58.2).