Coronavirus : Pourquoi la quatorzaine est-elle réduite pour les malades et les cas contacts ?

CONFINEMENT Le gouvernement a réduit la période d’isolement de quatorze à sept jours

Manon Aublanc

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Illustration du confinement en France.
Illustration du confinement en France. — Mathieu Pattier/SIPA
  • Jusqu’à présent, les personnes testées positives au Covid-19 et les « cas contacts », potentiellement contaminés, devaient rester isolés quatorze jours pour limiter la propagation de l’épidémie.
  • Le gouvernement a raccourci cette période à sept jours après avoir demandé aux autorités scientifiques un avis sur la question.
  • Pour l’infectiologue François Bricaire, cet assouplissement permet de rendre la mesure « plus acceptable socialement ».

EDIT du 11 septembre 2020 à 18 h 15 : Après l'annonce par Jean Castex de la réduction à sept jours de la durée d'auto-isolement​ pour les malades du Covid-19 et les cas contacts, nous republions cet article initialement publié le 7 septembre dernier.

Avec près de 10.000 cas détectés au cours des 24 dernières heures, l’épidémie de Covid-19 continue de gagner du terrain en France. Pourtant, le gouvernement a décidé de réduire la période de quarantaine de quatorze jours préconisée pour les personnes testés positives et les « cas contacts ».

Le gouvernement, qui estime que cette durée d’auto-isolement est « sans doute » trop longue, avait mandaté le conseil scientifique sur la question. 20 Minutes fait le point sur ce changement qui pourrait intervenir dans les prochains jours.

  • Comment la quatorzaine fonctionnait-elle jusqu’à présent ?

Depuis le début de l’épidémie, il est recommandé aux personnes contaminées et aux « cas contact », c’est-à-dire celles ayant été en contact direct avec une personne infectée ou un cluster (un foyer de contamination), de s’auto-isoler pendant une période quatorze jours pour limiter la propagation du virus, explique le ministère de la Santé sur son site.

Si cet isolement n’est pas obligatoire au sens strict du terme, il est très fortement conseillé par les autorités sanitaires. Mais pourquoi quatorze jours ? Pour couvrir le délai d’incubation, c’est-à-dire la période entre la contamination et l’apparition des premiers symptômes. Et parce que pendant cette période, la personne contaminée peut être contagieuse, même en étant asymptomatique.

  • D’où vient le projet du gouvernement de réduire cette durée ?

Samedi, sur BFMTV, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a indiqué qu’il avait demandé « aux autorités scientifiques de donner un avis pour savoir si on ne peut pas réduire » la période d’isolement pour les cas contacts, estimant que « cette fameuse quatorzaine (…) est sans doute trop longue ».

Il avait déjà évoqué cette hypothèse le 27 août, lors de la conférence de presse gouvernementale, indiquant avoir « saisi le Conseil scientifique en vue d’adapter si possible les conditions de cette mise à l’abri, et notamment sa durée », disant espérer « un feu vert pour réduire cette période ». Cet avis, rendu public il y a quelques jours, pointe un « constat d’échec » quant au dispositif de « quatorzaine ».

  • Pourquoi réduire la période d’isolement ?

S’isoler sept jours suffira-t-il pour ne plus être contagieux ? Pour l’infectiologue et membre de l’Académie de médecine, François Bricaire, la réponse est oui. « Globalement, la durée d’incubation est majoritairement inférieure à une semaine », confie-t-il à 20 Minutes, estimant que ce nouveau délai « serait parfaitement raisonnable, même si, comme toujours, il peut y avoir quelques exceptions ». « Les données montrent aujourd’hui que l’essentiel des contagions se fait dans la fenêtre des cinq premiers jours après les symptômes », a expliqué de son côté l’épidémiologiste Antoine Flahault, directeur de l’institut de santé globale à l’université de Genève, à nos confrères du JDD, ajoutant : « Au-delà de cinq jours, moins de 10 % des porteurs de virus non symptomatiques sont contagieux ».

« Il y a deux choses, il y a d’abord la durée d’incubation, qui est inférieure à une semaine pour la plupart des personnes, même s’il y a un petit risque à prendre avec cette décision. Deuxième chose, la période d’élimination du virus est encore incertaine. Mais ce qui est clair, c’est qu’à partir de quelques jours, le virus est moins contaminant », détaille François Bricaire.

  • Une mesure mieux acceptée socialement ?

Pour les spécialistes, ce nouveau délai sera plus facile à accepter pour la population et moins contraignant : « C’est socialement plus acceptable, il faut reconnaître que c’est quand même très lourd de s’isoler 14 jours ». D’autant que cet isolement a des conséquences financières (par exemple lorsqu’un indépendant doit suspendre son activité) et organisationnelles (les parents doivent garder leurs enfants et faire l’école à la maison). « Si on arrivait déjà à respecter ces cinq jours, on laisserait sans doute passer quelques personnes porteuses, mais semble-t-il avec un faible pouvoir de contamination », estime Antoine Flahault. « Il vaut mieux huit jours bien respectés que 14 jours mal respectés », a renchéri Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, lundi sur LCI. Actuellement, « on a du mal à savoir si les Français respectent » les mesures d’isolement, car « on contrôle peu », mais les remontées de terrain montrent que « c’est compliqué », a-t-il ajouté.

  • Un problème pris à l’envers ?

Mais les scientifiques ne tombent pas tous d’accord. Pour l’épidémiologiste Catherine Hill, « il n’y a pas de justification à ce raccourcissement », l’urgence, selon elle, étant plutôt que trouver les 80 % de cas qu’on ne détecte pas aujourd’hui. « Une stratégie qui consiste à laisser le virus circuler, c’est une grenade dégoupillée, qui coûtera bien plus cher que de bien faire les choses », a-t-elle ajouté auprès de l’AFP.

Pour Martin Blachier, médecin de santé publique, interrogé lui aussi par l’AFP, on fait les choses « dans le désordre ». Il faudrait d’abord « trier » les bonnes et les mauvaises quatorzaines, car aujourd’hui « 90 % sont inutiles », parce qu’elles concernent des cas contacts qui ne sont pas vraiment « à risque », estime le spécialiste.