Coronavirus : « Il ne s'agit en aucun cas d'une seconde vague », explique Jean-François Delfraissy, le président du Conseil scientifique

INTERVIEW La mission du conseil scientifique, formé dans le cadre de l’état d’urgence, se poursuit jusqu’au 30 octobre

Propos recueillis par Hakima Bounemoura

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Jean-François Delfraissy, le 13 mars 2020.
Jean-François Delfraissy, le 13 mars 2020. — Ludovic Marin / POOL / AFP
  • Le conseil scientifique – cénacle de onze experts, neuf hommes et deux femmes- est régulièrement convoqué par l’exécutif pour parler du coronavirus.
  • « Les sénateurs et députés ont demandé à ce que le conseil scientifique soit poursuivi jusqu’au 30 octobre », explique son président Jean-François Delfraissy.
  • D’autres experts pourraient venir compéter les réflexions de cette instance, qui conseille l’Elysée, Matignon et le ministère de la Santé sur les grands enjeux de la crise liée au Covid-19.

C’est l’éminence grise du gouvernement pour tout ce qui concerne les décisions liées à la crise sanitaire du Covid-19. Le conseil scientifique – cénacle de onze experts, neuf hommes et deux femmes- est régulièrement convoqué par l’exécutif pour parler du coronavirus. Installé le 11 mars  par le ministre de la Santé Olivier Véran, ce comité présidé par le Professeur Jean François Delfraissy a été créé « dans le but d’éclairer la décision publique dans la gestion de la situation sanitaire liée au coronavirus ».

L’état d’urgence sanitaire liée au Covid-19 a été levé le 11 juillet en France métropolitaine, mais le gouvernement​ a souhaité que le conseil scientifique poursuive sa mission. « Il n’est pas sain qu’une structure créée de toutes pièces pour répondre dans l’urgence perdure. Après avoir préparé la rentrée et rendu un dernier avis sur tout ce qu’on sait et tout ce qu’on ne sait pas, nous retournerons à nos affaires, quitte à nous réunir de nouveau si la situation sanitaire l’exigeait », avait pourtant déclaré début juin Jean-François Delfraissy. Presque six mois après sa création, le conseil scientifique est toujours présent, et continue de rendre des avis. 20 Minutes a interrogé le Professeur Jean François Delfraissy pour faire le point sur l’avenir de cette instance.

Le Premier ministre Jean Castex a déclaré ce mercredi matin que la situation en France était préoccupante, mais qu’il n’y avait « pas de quoi s’affoler ». Partagez-vous cette analyse ?

Je ne commente pas les propos du Premier ministre, c’est une règle générale que je me suis fixé depuis plusieurs mois. Mais ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui nous sommes dans une situation limite, en particulier dans certaines régions avec une reprisse de la circulation du virus. Ce n’est pas le cas qu’en France, on observe aussi cela dans d’autres pays, en Espagne notamment et aussi en Italie depuis le 15 août. C’est une situation à laquelle on pouvait en partie s’attendre, et qui est liée essentiellement à la perte des gestes de distanciation physique, en particulier chez la population la plus jeune. Mais il ne s’agit en aucun cas d’une seconde vague.

Après tout ce que je viens de vous dire, je ne suis pas non plus très inquiet. Pourquoi ? Parce qu’on a les outils maintenant, on se fait dépister et on le fait de manière très large, on tourne autour de 700.000 à 750.000 tests par semaine, et on est capable de dépister des clusters. Il y a encore un problème au niveau de l’isolement des patients détectés, c’est un vrai sujet sur lequel le conseil scientifique se penche et sur lequel il rendra un avis dans les jours qui viennent. Il faut aujourd’hui que l’on apprenne à vivre avec ce virus. On rentre désormais dans une stratégie de gestion de risques. Il n’y aura pas de risque 0, ça n’existe pas ! Il y aura des infections dans les écoles, chez les enfants et les personnels scolaires, mais aussi au travail dans les entreprises. Mais il faut être optimiste, et que la vie reprenne.

Faudrait-il mettre en place d’autres mesures ? Avez-vous d’autres préconisations ?

On a confié un certain nombre de recommandations au gouvernement, qui pour l’instant en a déjà retenu pas mal. Toutes les décisions prises localement – comme celle de fermer les bars et les restaurants à Marseille entre 23 h et 6 h du matin- sont également de bonnes mesures. On a montré que ce type de stratégie de confinement partiel pouvait marcher. On l’a vu en Mayenne, en Guyane ou encore à Barcelone en Espagne. La réponse doit aujourd’hui être différenciée.

Vous aviez déclaré en juin « qu’il n’était pas sain que le conseil scientifique perdure », et que l’instance devrait disparaître au cours de l’été…

C’est exact, je l’ai dit, et je le maintiens toujours. Je pensais qu’on s’arrêterait le 10 juillet, et puis à ce moment-là, il y a eu un renouvellement de la loi autour de la crise sanitaire. Les sénateurs et députés ont demandé à ce que le conseil scientifique soit poursuivi jusqu’au 30 octobre. On a beaucoup hésité, moi-même personnellement. Mais on ne pouvait pas partir comme ça, en laissant le vide derrière nous, alors que la situation était contenue mais encore très fragile. Et à la question de savoir si le conseil scientifique se poursuivra après cette date, on avisera…

Qui décide de la poursuite ou non du conseil scientifique ? Quels seront vos prochains chantiers ?

Ce n’est pas le Sénat ou l’Assemblée nationale qui décide de notre avenir, c’est plus compliqué que cela. C’est le gouvernement directement qui décide. Mais on est dans le cadre de la loi, et en l’occurrence c’est un amendement qui a demandé à ce que le conseil scientifique se poursuive, et le Premier ministre l’a accepté. Le conseil scientifique continuera tant qu’on aura besoin de lui. Notre mission est assez simple, c’est d’éclairer et de conseiller les décisions politiques – et en particulier l’Elysée, Matignon et le ministère de la Santé – sur les grands enjeux de la crise liée au Covid-19. Et nous allons continuer à travailler dans ce sens.

Nos prochains chantiers seront déterminés par l’évolution de la crise sanitaire. Il est possible que de nouveaux membres intègrent prochainement le conseil, qu’on fasse rentrer de nouveaux experts de façon à avoir d’autres champs de compétences. De la même façon que nous avons fait rentrer des spécialistes du numérique, une représentante de la société civile -avec la vice-présidente de l’association ATD Quart-Monde - d’autres experts pourraient venir compéter nos réflexions. Tout cela est en cours de discussion. Ça sera décidé en septembre, et je n’en dirai pas plus.