Coronavirus : Les masques de protection de type FFP sont-ils plus fiables que les chirurgicaux ?

BON MATOS Pour aborder la rentrée au travail avec moins d'inquiétudes, certains réclament de pouvoir utiliser les masques de type FFP pour être mieux protégés du Covid-19. A raison en théorie, mais pas forcément en pratique

Catherine Abou El Khair

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Des masques FFP2 (illustration).
Des masques FFP2 (illustration). — SYSPEO/SIPA
  • Pour aborder la rentrée au travail avec moins d'inquiétudes, l'idée de porter le masque FFP 2 à la place du masque chirurgical circule, notamment dans le milieu enseignants. 
  • Ces masques de protection respiratoire, habituellement utilisés dans le milieu médical, la construction ou l'industrie, offrent une capacité de filtrage plus fine que les masques chirurgicaux.
  • Cependant, ils présentent aussi l'inconvénient important d'être moins confortables. Un défaut qui, en pratique, les rend potentiellement moins efficaces, prévient Myriam Bouslama, expert d'assistance conseil à l'INRS, l'institut de recherche en santé et sécurité au travail.

La rentrée se profile et avec elle, les craintes d'une circulation encore plus forte du virus. Alors que les pouvoirs publics ont fait du port du masque une obligation dans les lieux publics clos depuis le 20 juillet, puis dans les entreprises à partir du 1er septembre, certains pourraient se demander s'il n'y pas mieux que le désormais très démocratisé masque chirurgical bleu, pour se protéger du Covid-19.

Lors du pic de la pandémie en France, au printemps, cette idée avait été exprimée dans le milieu enseignant qui réclamait des masques FFP 2 courants dans le milieu hospitalier. A quelques jours de la rentrée scolaire, la proposition ressurgit sur Twitter. Et pour cause : jusqu'ici, dans les établissements scolaires,  le port du masque, obligatoire qu'à partir de 11 ans, était prohibé pour les enfants en maternelle et pas recommandé en école élémentaire. Ce qui expose donc, en théorie, davantage les personnels à leur contact, dans le cas où les enfants non masqués seraient susceptibles de propager le virus.

Adapté au filtrage des toutes petites particules

Ces personnels réclament-ils à raison ces masques ? Pour rappel, les masques de type FFP (acronyme venant de filtering facepiece, « pièce faciale filtrante ») sont utilisés habituellement par des professionnels dans le monde médical pour se protéger d'agents infectieux, tels que la tuberculose. Ces masques - dont la capacité de filtrage varie de 80 pour le FFP 1 à 99% pour le FFP 3 - protègent contre l’inhalation à la fois de gouttelettes émises quand on est à proximité d'une personne contaminée, et des fines particules en suspension dans l'air, de la taille de 0,6 microns, comme le détaille ce document de l'INRS, l'institut dédié à la santé et la sécurité au travail. 

Les masques chirurgicaux permettent, eux, de se protéger à hauteur de 95 à 98 % des projections de la taille de 3 microns. C'est cette différence dans la capacité de filtrage selon la taille des aérosols, qui conduit à logiquement considérer que les masques FFP sont plus sûrs face au Covid-19.

Plus efficace en théorie, mais pas en pratique

«Si on en revient au coronavirus, on sait que le mode de transmission principal se passe par goutelettes. Mais celles de 3 microns, dans un environnement intérieur, peuvent s'assécher : en devenant plus petites, on ne peut pas exclure qu'elles constituent un mode de transmission»,  explique Myriam Bouslama, expert assistance conseil à l'INRS.

Bon point pour les FFP 2? En théorie. Car en pratique, comme l'écrit le Haut conseil à la santé publique s'agissant des soignants, « on a des études cliniques avec la grippe qui montrent pas de différence en termes de risque infectieux entre les FFP et les masques chirurgicaux, poursuit Myriam Bouslama. Le problème, c'est qu'on ne connaît pas la charge virale conduisant à une contamination, qui pourrait être plus élevée à travers les grosses goutelettes».

Par ailleurs, cette charge dépend aussi de nombreux paramètres liés à l'environnement, à la température, ou au renouvellement d'air. D'où l'importance, aussi, de ne pas faire reposer toute la prévention sur le simple port du masque. Pour se prémunir des contaminations par aérosols, la ventilation des pièces et le respect des gestes barrières jouent aussi un rôle important. 

Un masque moins confortable

L'autre élément en défaveur des masques FFP est qu'ils s'avèrent moins confortables que leurs concurrents. «On a tendance à vouloir l'enlever puis le remettre, ce qui met à mal son efficacité. J'imagine mal un enseignant porter toute la journée un masque FFP 2 devant des enfants », souligne Myriam Bouslama. Or à cet égard, porter de tels masques plus d'une heure pose généralement problème, même si leur capacité de filtration atteint huit heures, rappelle cette experte. 

Par ailleurs, l'efficacité d'un masque dépend non seulement du matériau filtrant, mais aussi de l'ajustement au niveau du visage, qui peut poser problème. C'est d'ailleurs pourquoi il existe différents types de masques FFP, adaptés aux formes des visages. Il faut ensuite bien savoir les tester, afin de s'assurer que leur utilisation soit efficace et que des particules ne soient pas inhalées par exemple par les côtés du masque. Un sujet sur lequel, en milieu professionnel, l'INRS recommande d'ailleurs une supervision par un responsable compétent en matière de santé et sécurité au travail. 

Attention aux masques à valves

Il faut ensuite savoir manier ce masque. «Il y a des formations pour les mettre et les retirer, il y a des gestes à adopter, notamment quand on le retire, ce qu'il faut faire par l'arrière pour ne pas se contaminer», ajoute Myriam Bouslama.

Pour ceux qui, malgré ces arguments, persistent à vouloir un masque de type FFP 2 hors milieu médical ou industriel, reste un détail à surveiller. «Certains FFP 2 ont une valve pour améliorer le confort respiratoire. Ils ne sont pas préconisés car alors, on peut expirer des particules», termine Myriam Bouslama. Du coup, ces masques, s'ils protègent le porteur d'une contamination extérieure, ne protègent plus les autres dans l'absolu. Car l'heureux détenteur du masque peut être infecté par le Covid-19 sans le savoir...