VIDEO. Coronavirus : Comment télétravailler sans se ruiner le dos ?

TRAVAIL Alors que beaucoup de salariés envisagent une poursuite du télétravail, au vu des chiffres alarmants de l'épidémie de coronavirus, certains bons réflexes pourraient aider à éviter la lombalgie

Oihana Gabriel

— 

Télétravail pendant l'épidémie de coronavirus.
Télétravail pendant l'épidémie de coronavirus. — Sebastien SALOM-GOMIS/SIPA

C’est une rentrée pas comme les autres qui se prépare. Et pour beaucoup, le retour au bureau risque d’être écourté. En effet, au vu des chiffres exponentiels du coronavirus en France, il y a fort à parier que beaucoup d’entreprises vont miser sur le télétravail encore quelques mois. Ce que la ministre du Travail, Elisabeth Borne, a d’ailleurs encouragé dimanche dans le JDD. D’autant plus d’un cluster sur cinq démarre actuellement en entreprise… Mais pour beaucoup de salariés, peu équipés pour travailler cinq jours sur sept chez eux, télétravailler rime avec dos coincé. « Cette fois, je vais investir… », me glisse un collègue qui n’a pas tellement envie de renouveler l’expérience de mois de travail sur la table du salon.

Le télétravail pas terminé

Certaines entreprises, privées comme publiques, avaient demandé à leurs équipes de revenir au bureau en septembre seulement. Mais à deux semaines de la rentrée des classes, beaucoup imaginent que leur bureau va rester leur domicile. L’occasion, peut-être de réagencer son appartement, de s’équiper pour assurer une rentrée productive sans se ruiner la santé. « Le télétravail s’imposait, il va se poursuivre, assure Xavier Dufour, kinésithérapeute et ergonome. Vraisemblablement, beaucoup d’entreprises vont mesurer le gain de réduire l’espace de travail, quand on connaît le prix du m² à Paris… Et donc mettre en place du flex office (partager son bureau) et du télétravail. Par contre, ce changement doit être accompagné. Reste une question compliquée : jusqu’où l’entreprise doit payer des équipements ? Est-ce que le salarié doit participer ? Est-ce qu’il faut un ergonome qui vérifier chez les gens que le mobilier soit adéquat ? Je pense que cela restera du cas par cas. »

Le risque : oublier de bouger

Certes, les salariés qui restent chez eux gagnent un temps précieux en évitant les transports. Mais les quelques minutes de marche jusqu’au métro ou la salle de réunion, c’est aussi du mouvement imposé à votre corps. En télétravail, on est plus concentré et moins interrompu, mais il arrive que votre dos se rappelle à votre bon souvenir au bout de 4h de travail sur ordinateur sans prendre 2 minutes pour relever la tête. « Le plus gros risque pour le dos, ça reste l’inactivité, rappelle Xavier Dufour. Au bureau, on est rythmé par la réunion, le café avec un collègue, alors qu’à la maison, on est tenté de ne pas bouger. Quand on ressent une gêne, un inconfort, il ne faut pas le considérer comme un danger, mais comme un signal d’alarme, une invitation à marcher ou faire quelques exercices. Car si vous restez enroulé 2h, la douleur ne va pas s’en aller de suite quand vous vous arrêtez de travailler. »

Passer un coup de fil en marchant, se mettre un réveil toutes les deux heures (comme quand on conduit !) pour s’imposer une pause, alterner entre travail assis et debout ou même sur un ballon, remplacer le temps de transport par un temps de yoga, les petites astuces sont légions. « S’il n’y avait qu’un petit exercice à faire, ce serait celui de l’amorti de la poitrine en football, illustre le kiné. Vous gonflez le torse comme si vous vouliez renvoyer le ballon, ça permet de lutter contre l’enroulement permanent de la colonne et donc l’étirement des ligaments. » De nombreuses chaînes You tube (Reflexe ergo, Major mouvement, des exercices mimés par un kiné , des étirements pour dos fragiles…), des applications de yoga, ce petit tutoriel maison et autres vidéos gratuites peuvent aider tout un chacun à savoir quels gestes faire pour s’assouplir sans se faire mal.

D’autant que sans chef en visu ou collègue à moins d’un mètre, on peut se permettre de faire quelques mouvements ridicules pour étirer son psoas… « Et même pendant une visio, rien ne vous empêche de couper la caméra quelques minutes pour vous étirer », suggère Xavier Dufour.

La question du matériel

Nombreux sont ceux qui se demandent s’il ne va pas falloir s’intéresser aux chaises de bureau pour éviter les séances d’ostéo… « On n’est obligé de rien acheter, rassure Xavier Dufour. Mais tout matériel qui peut aider, ça sera des efforts personnels en moins à produire pour bien se tenir. Aujourd’hui, entre un bureau et une table de salon, il n’existe aucun écart en termes de hauteur. » En revanche, travailler toute la journée sur une chaise trop basse, trop molle ou inconfortable semble plus problématique. Mais comment organiser son bureau improvisé de façon le plus ergonomique possible ? « Deux points doivent attirer l’attention : l’adéquation entre la chaise et le plan de travail, reprend le kiné. Si on a une chaise réglable, le bon critère, c’est d’avoir les bras qui peuvent reposer sur la table ou sur les accoudoirs. » En gardant en mémoire sur vos pieds doivent toucher le sol et vos genoux faire un angle droit. « Par ailleurs, le dossier de la chaise doit être positionné de manière à maintenir votre dos à peu près droit, ajoute-t-il. Dans les années 70, on nous a vendu des fauteuils boule, c’était du pipeau marketing… » Pas besoin en revanche de se ruiner pour des sièges ergonomiques pas forcément utiles…

L’autre sujet d’attention, c’est l’écran. « Le problème du tertiaire en général, c’est que les travailleurs passent la journée enroulés devant leur écran, reprend le kiné. Et en télétravail, en général, on est sur un petit portable qui va accentuer cet enroulement. » Bonjour les cervicales bloquées et le dos en capilotade… Surtout si vous travaillez sur votre table basse du salon par manque de matériel adapté et de place. Et que vous passez trois heures par jour à lire articles et mails sur votre smartphone tête penchée. « Le point de repère, c’est que le tiers supérieur de l’écran doit se trouver au-dessus des yeux. Si on doit travailler tous les jours pendant encore trois mois chez soi, est-ce que ce n’est pas le moment d’investir 50 euros dans un grand écran ? ». Ou dans un bras qui permette de surélever votre ordinateur ? Autre solution système D : faire une pile de livres bien costauds pour être assis bien au fond de son siège.