Coronavirus : Les tests salivaires de dépistage, c’est pour quand ?

DEPISTAGE La validation par les autorités sanitaires d’un dépistage salivaire du coronavirus permettrait de faciliter un dépistage encore plus massif et rapide du coronavirus

Anissa Boumediene

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Le test salivaire EasyCov promet un dépistage du Covid-19 simple, sans douleur et en seulement une heure.
Le test salivaire EasyCov promet un dépistage du Covid-19 simple, sans douleur et en seulement une heure. — Sylvain THOMAS / AFP
  • Un consortium montpelliérain a inventé un test salivaire rapide et beaucoup moins invasif que le dépistage par PCR.
  • Ce dispositif donne un résultat positif ou négatif au Covid-19 en une heure.
  • Si ce dispositif, encore en phase de test, est validé par les autorités sanitaires, il représenterait un outil précieux dans la stratégie gouvernementale de dépistage massif du coronavirus.

Quelques gouttes de salive et un résultat en une heure à peine : les tests de dépistage salivaire du Covid-19 sont attendus de pied ferme. D’autant qu’aujourd’hui, au cœur de l’été, tout le monde ou presque veut se faire dépister pour savoir s’il est porteur du coronavirus. Avant de partir en vacances, directement sur son lieu de villégiature, ou près de chez soi, surtout quand un cluster y a été mis au jour : c’est la ruée vers les centres de dépistage. Encore faut-il trouver un créneau de libre.

A Paris comme dans le reste de l’Hexagone, les centres de dépistage sont saturés. Si le manque de bras qualifiés pour effectuer le dépistage par PCR était déjà chronique depuis le début de l’épidémie de Covid-19, avec les vacances estivales, l’explosion de la demande de tests et le départ en vacances de nombreux biologistes, c’est l’embouteillage ! Alors, comment assurer le dépistage massif promis par le gouvernement ? Et si la solution venait des tests salivaires EasyCov ? Elaboré par une start-up montpelliéraine rattachée au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), ce dispositif permettrait de dire en moins d’une heure si un patient est positif ou non au coronavirus, simplement au moyen d’un prélèvement de salive sous la langue. Problème : ils ne sont toujours pas disponibles sur le marché. « On est en guerre contre le virus et vous nous dites qu’il faut encore attendre, ce n’est pas possible », aurait tempêté Olivier Véran le 22 juillet, mettant la pression à l’Assistance publique des Hôpitaux de Paris (AP-HP) pour faire avancer le schmilblick. Pourquoi ? Sont-ils aussi efficaces que les tests par PCR ? Sont-ils fiables tout court ?

« Simplifier le dépistage et réduire les délais d’attente »

Si les tests salivaires sont aussi attendus, c’est qu’ils représentent un enjeu majeur dans la stratégie de dépistage massif. S’ils se révèlent efficaces, ils pourraient constituer une alternative au dépistage par prélèvement nasopharyngé. Car si le geste semble simple de prime abord, enfoncer un écouvillon dans la narine d’un patient requiert un savoir-faire pour lequel il faut avoir été formé. « Il faut enfoncer l’écouvillon assez profondément pour prélever là où se loge le virus, durant une dizaine de secondes, et dans chaque narine. C’est un prélèvement assez désagréable à subir pour le patient, sans compter qu’aujourd’hui, nous manquons de professionnels formés pour réaliser ces tests », explique à 20 Minutes le docteur François Blanchecotte, président du Syndicat des biologistes.

« Nous demandons la simplification des tests de dépistage, poursuit le biologiste, avec des prélèvements plus rapides et tout aussi fiables, pour multiplier nos capacités et être en mesure d’assurer un dépistage massif. Nous avons demandé il y a déjà deux semaines au ministre de la Santé si nous pouvions pratiquer le dépistage par prélèvement salivaire, mais nous n’avons pas eu de réponse. Et malgré la pression qu’il a mise à l’AP-HP pour accélérer le processus, il n’y a toujours pas de retour, et les tests salivaires restent en stand-by. »

S’assurer de la fiabilité des tests

Car avant d’y recourir tous azimuts, il faut s’assurer de la fiabilité de ces tests salivaires. Or, ils laissent certains médecins sceptiques. « Ces tests-là ne sont pas fiables », a jugé le Pr Jean-François Delfraissy, même s’il pense qu’ils vont évoluer et que « d’ici fin août », on pourra les avoir. Mais « ce test est déjà commercialisé, il est utilisé dans certains aéroports​, grâce au résultat très rapide qu’il permet d’obtenir, ajoute François Blanchecotte. Le problème, c’est la perte de sensibilité du test lorsqu’il est pratiqué par voie salivaire. A ce jour, il y a encore beaucoup de faux négatifs, environ 34 %, et c’est un problème. Les tests salivaires seraient moins sensibles, le virus pourrait être moins présent dans la salive, donc plus difficile à détecter. Or, l’objectif, c’est précisément d’identifier ceux qui sont porteurs du virus, d’où l’importance de mener des études comparatives pour s’assurer de la fiabilité de ce dispositif. »

Ainsi, une méta-analyse publiée fin mai, menée sur des prélèvements effectués sur des patients dont l’infection au Covid-19 avait été préalablement confirmée, a montré que les prélèvements nasopharyngés possèdent une sensibilité de détection de 98 %, contre 91 % pour les prélèvements salivaires. « Les tests salivaires constituent une alternative prometteuse aux prélèvements nasopharyngés pour le diagnostic du Covid-19. […] Toutefois, de plus amples recherches sont nécessaires avant d’introduire de manière plus systématique les échantillons de salive dans les diagnostics du SARS-CoV-2 », ont déclaré les auteurs de cette méta-analyse.

C’est pourquoi « le gouvernement a demandé des résultats complémentaires sur les expérimentations en cours au CHU de Montpellier, indique-t-on du côté de la communication d’INOVIE, le laboratoire qui réalise et distribuera EasCov. Nous sommes en attente des derniers résultats, mais nous avons d’ores et déjà obtenu le marquage CE pour ce dispositif ». Alors, en pratique, quand ces tests salivaires seront-ils accessibles ? La Direction générale de la santé (DGS) assure que « la validation de la performance des tests salivaires est en cours par la Société française de microbiologie », tout comme la « finalisation du protocole ». Mais ce n’est qu’une étape intermédiaire. Puis il faudra attendre que la Haute autorité de Santé les examine et les valide « dans un délai réduit compte tenu de l’enjeu », ajoute la DGS, sans avancer de date. « Nous attendons désormais les derniers résultats de ces tests salivaires, et de voir s’ils seront validés par le Centre national de référence (CNR) pour les virus respiratoires de l’Institut Pasteur, qui a validé les autres tests de dépistage aujourd’hui autorisés, indique le Pr Blanchecotte. Ce qui donnerait le feu vert pour y recourir massivement, peut-être même en auto-prélèvement. »