Coronavirus : Le masque obligatoire dans la rue est-il utile et accessible à tous les budgets ?

PROTECTION A compter de ce lundi, le port du masque est obligatoire dans les lieux publics ouverts de dizaines de communes françaises

Anissa Boumediene

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A Lille comme dans des dizaines de villes françaises, le port du masque est obligatoire dans la rue depuis le 3 août 2020.
A Lille comme dans des dizaines de villes françaises, le port du masque est obligatoire dans la rue depuis le 3 août 2020. — M.Libert / 20 Minutes
  • Si le port du masque est obligatoire dans les lieux publics clos depuis le 20 juillet, il l’est également dans les lieux publics ouverts de nombreuses communes depuis lui.
  • La mesure partage les médecins, mais le gouvernement veut pousser les Français à être encore plus vigilants face au coronavirus.
  • Aujourd’hui, l’épidémie repart sur le territoire, avec plus de 1.000 nouvelles contaminations quotidiennes.

Quel est le point commun entre Biarritz, Lille, Tours, Nice ou encore Laval ? Outre un ciel maussade, toutes ces villes – et des dizaines d’autres dans l’Hexagone – imposent le port du masque dans la rue à compter de ce lundi. Le ministre de la Santé Olivier Véran l’avait indiqué vendredi : « Pour limiter la circulation du Covid-19, les préfets pourront désormais par arrêté étendre l’obligation de port du masque aux lieux publics ouverts ». Ainsi, le préfet de Mayenne a rendu le port du masque obligatoire dans les lieux publics ouverts dans 69 communes du département. L’objectif : contrer par tous les moyens l’épidémie de coronavirus qui repart. Mais pourquoi porter le masque dans la rue ? Faut-il le porter vraiment partout ?

Le port du masque est-il utile en plein air ?

C’est la question qui divise les médecins aujourd’hui, entre les partisans du port total du masque, y compris en extérieur, et ceux qui estiment que le porter dans les lieux publics clos suffit pour se protéger du Covid-19. « Je ne prône personnellement pas le port du masque en toutes circonstances à l’extérieur, a déclaré au micro de RTL Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine à Paris. Porter un masque 12 heures sur 24, c’est quand même très compliqué, estime l’infectiologue. Si déjà on l’applique de façon correcte dans les endroits clos et qu’à l’extérieur on se donne un peu d’air, je pense que c’est raisonnable ». Toutefois, nuance-t-elle, « évidemment, si on est dans des endroits où il n’y a pas de vent, où tout le monde est confiné les uns sur les autres, porter le masque, ça peut être de la responsabilité individuelle ». Une position que ne partage pas l’épidémiologiste Catherine Hill, de l’Institut Gustave-Roussy, qui prône le port du masque en toutes circonstances. « C’est ce qu’il fallait faire depuis le début », a-t-elle commenté sur franceinfo. « Il faut que le message soit simple : Portez un masque quand vous êtes dehors. Point barre ! », a-t-elle ajouté sans équivoque.

Le gouvernement, lui, a longtemps compté sur les autres gestes barrières – lavage des mains et distanciation physique – pour limiter la propagation du coronavirus. Mi-mars, Edouard Philippe, alors chef du gouvernement, déclarait même sur le plateau du JT de TF1 : « Le port du masque, en population générale dans la rue, ça ne sert à rien ». Mais ça, c’était avant. Avant que le Covid-19 ne coûte la vie à plus de 30.000 personnes en France, et alors qu’il était impossible pour le grand public de se procurer des masques. Près de cinq mois plus tard, le gouvernement a opéré un virage à 180 degrés. Alors que l’épidémie de coronavirus repart en France, avec des clusters qui éclatent un peu partout et des hospitalisations en légère hausse, les autorités ont décidé de sévir. A l’occasion d’une visite dans la métropole lilloise, où le virus repart et où s’applique désormais le port obligatoire du masque dans les lieux publics ouverts, le Premier ministre Jean Castex a appelé ce lundi « chaque Française et chaque Français à rester très vigilant ». « Le virus n’est pas en vacances, a-t-il mis en garde. Il faut nous protéger contre ce virus, surtout sans faire arrêter la vie économique et la vie sociale, c’est-à-dire en évitant la perspective d’un reconfinement généralisé ».

Alors que l’OMS table désormais sur « une épidémie très longue », les autorités sanitaires veulent pousser les Français à prendre un maximum de précautions pour se protéger face au coronavirus. D’autant que beaucoup d’entre eux se relâchent sur le respect des gestes barrières en cette période de vacances estivales. Résultat : la France compte aujourd’hui plus de 1.000 nouvelles contaminations quotidiennes contre 560 début juillet.

Pourquoi le port du masque est-il obligatoire dehors et pas en entreprise ?

Aujourd’hui, l’heure est donc à la prudence maximale. Depuis le 20 juillet, le port du masque est déjà obligatoire dans les lieux publics clos. Bibliothèques, lieux de culte, musées et autres cinémas et salles de conférences ne sont accessibles qu’avec un masque sur le nez et la bouche. Tout comme les commerces, les banques, ainsi que les administrations, également concernés par le port obligatoire du masque, parce qu’elles accueillent du public, clients ou usagers.

Et pourquoi pas le reste des entreprises ? Pourquoi nombre de salariés se rendant au bureau ne sont aujourd’hui pas obligés de porter un masque ? Parce que « leur fonctionnement interne relève quant à lui du droit du travail et plus particulièrement des règles en matière de santé au travail », répond le ministère de la Santé, qui rappelle que le télétravail doit être encouragé quand il est possible. Le gouvernement a toutefois recommandé le 27 juillet aux entreprises de prévoir un stock de masques pour dix semaines.

Le budget masque des Français va-t-il exploser ?

Dans les transports en commun, pour faire ses courses, dans les boutiques et désormais dans les rues de dizaines de communes : aujourd’hui, les Françaises et les Français doivent porter un masque presque tout le temps, et en changer toutes les quatre heures pour rester protégés. Mieux vaut donc s’en constituer un petit stock. Mais que l’on opte pour des masques à usage unique ou en tissu réutilisables, cela a un coût, que tout le monde ne peut assumer. Pourtant, Emmanuel Macron a déclaré que le contribuable français n’a « pas vocation à payer des masques » pour tout le monde, assurant toutefois que ceux qui ne peuvent pas en acheter seraient « aidés ».

Dans la foulée, le ministre de la Santé Olivier Véran a promis de « réenclencher la distribution de masques gratuits » à destination des plus vulnérables : les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire et de l’aide au paiement d’une complémentaire santé (ACS), ainsi que les « deux millions de Français porteurs de fragilités », qui « peuvent se faire rembourser les masques chirurgicaux sur prescription en pharmacie ». Au total, le gouvernement prévoit d’envoyer gratuitement 40 millions de masques grand public lavables aux 7 millions de Français les plus pauvres.

Pour les autres, la tentation de réutiliser à l’envi le masque chirurgical qui traîne dans la poche est grande. Mais la Direction générale de la santé (DGS) rappelle que « les masques chirurgicaux sont généralement à usage unique et donc pas faits pour être réutilisés », évoquant « la perte de pouvoir filtrant » du masque, qui ne serait alors plus aussi protecteur face au coronavirus.

Et mieux vaut ne pas oublier de porter son masque, car cela peut coûter cher. Que ce soit dans les lieux publics clos ou dans les communes où le port du masque est désormais obligatoire dans la rue, être sans masque est passible d’une amende de 135 euros.