Coronavirus : L'air expiré en parlant est lui aussi infectieux, selon une étude

Epidémie Les microgouttelettes émises lorsque nous respirons et parlons sont susceptibles de transmettre le coronavirus en cas de contamination, selon les résultats préliminaires d’une étude

20 Minutes avec AFP

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L'air expiré étant infectieux selon une étude, le port d'un masque permet de limiter les risques
L'air expiré étant infectieux selon une étude, le port d'un masque permet de limiter les risques — Jurai Varga

Voilà une hypothèse qui conforte encore plus l’usage de masques, obligatoires depuis lundi en France dans les lieux clos. Sans tousser ou éternuer, c’est-à-dire rien qu’en parlant ou en respirant, nous sommes susceptibles de transmettre le coronavirus en cas de contamination. C’est ce que suggère, pour la première fois, une étude prépubliée cette semaine aux Etats-Unis, mise en ligne sur le site de pré-impression scientifique medrxiv.org. Elle doit encore être examinée par le comité de lecture d’une revue scientifique.

Une équipe de l’université du Nebraska a pour la première fois réussi à faire se répliquer des particules de SARS-CoV-2 prélevées dans l’air de chambres de malades du Covid-19. En mars, elle avait prépublié une autre étude montrant que le virus restait présent dans l’air de chambres d’hôpital de malades. Les particules émises en expirant de l’air sont si légères qu’elles restent en suspension longtemps, en l’absence de ventilation.

De l’air prélevé 30 cm au-dessus de pieds des patients

« Ce n’est pas facile », dit à l’AFP Joshua Santarpia, professeur au centre médical de l’université du Nebraska, à propos de la méthode pour collecter des particules virales dans l’air, à l’aide d’un appareil de la taille d’un téléphone portable. « Les concentrations sont faibles, on a généralement peu de chances de récupérer des échantillons utilisables. »

Les chercheurs ont prélevé l’air dans les chambres de cinq patients alités, 30 cm au-dessus de leurs pieds environ. Les patients parlaient, quelques-uns toussaient. Les scientifiques ont réussi à collecter des microgouttelettes de moins de cinq microns de diamètre contenant du virus, et même de moins d’un micron.

Ils ont ensuite isolé le virus et l’ont placé dans un milieu spécial pour le faire se répliquer. Ils n’ont réussi à se faire répliquer avec certitude que trois des 18 échantillons, venant de gouttelettes d’un micron. Mais Joshua Santarpia en est sûr : « il se réplique en culture cellulaire et est par conséquent infectieux ».

La voie aérienne de transmission de plus en plus confirmée

La voie aérienne de transmission était considérée comme improbable au début de la pandémie par les autorités sanitaires de plusieurs pays et l’Organisation mondiale de la santé, qui estiment que la contamination directe (par postillons et gouttelettes directement projetés sur le visage) reste la voie principale de contagion. Mais l’OMS, sous pression des scientifiques, a reconnu le 7 juillet que des preuves émergeaient sur la transmission par l'air.

« Le débat est devenu plus politique que scientifique, je crois que la plupart des infectiologues s’accordent à dire que la voie aérienne est une composante de la transmission, bien que nous débattions encore de son importance », dit Joshua Santarpia. La professeure Linsey Marr, spécialiste de la transmission aérienne des virus, a commenté sur Twitter que l’étude présentait « des preuves solides », en ajoutant : « il y a du virus infectieux dans l’air. Reste à savoir quelle quantité il faut respirer pour être infecté »