« Ségur de la santé » : Trois questions pour comprendre les nouvelles mesures annoncées par le gouvernement

NEGOCIATIONS Après six semaines de concertation, le ministre de la Santé Olivier Véran a présenté ce mardi une seconde série de mesures pour réformer le système de santé

Laure Cometti
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Le ministre de la Santé Olivier Véran, le 21 juillet 2020 à l'Assemblée nationale à Paris.
Le ministre de la Santé Olivier Véran, le 21 juillet 2020 à l'Assemblée nationale à Paris. — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA
  • Après la crise sanitaire du coronavirus, le gouvernement a lancé fin mai des concertations pour réformer le système de santé et revaloriser les soignants, mobilisés pour demander plus de moyens depuis plusieurs années.
  • Ce « Ségur de la santé » a débouché sur des hausses de rémunération annoncées la semaine dernière, et des investissements et mesures présentés ce mardi.
  • Parmi ces annonces, la possibilité de créer ponctuellement 4.000 lits d’hôpitaux en cas de crise, et un investissement de six milliards sur cinq ans pour le secteur.
  • Défendues par la majorité comme des mesures transformantes, ces propositions sont accueillies de façons mitigées par les professionnels du secteur.

Après les annonces sur la rémunération, place à de nouvelles propositions pour la médecine. Le ministre de la Santé Olivier Véran a présenté ce mardi 33 mesures, financières et organisationnelles, pour « accélérer la transformation du système » de soins, dans le cadre du « Ségur » de la santé, du nom de l’avenue de son ministère. Ces négociations ont commencé le 25 mai, dans le contexte de la crise du coronavirus, mais la colère du personnel soignant s’était exprimée bien avant. « Nous avons agi vite et fort parce qu’il le fallait », a plaidé le ministre. 20 Minutes passe son plan au crible.

Qu’a annoncé le gouvernement ?

Une semaine après avoir dévoilé des hausses de rémunération pour les personnels hospitaliers, pour un total de 8,2 milliards d’euros, le ministre s’attaque cette fois à des enjeux de gouvernance, de fonctionnement et d’investissement. Une enveloppe de 50 millions d’euros par an va être créée pour financer l’ouverture ou la réouverture de 4.000 lits « à la demande » dans les hôpitaux, en cas de « suractivité saisonnière ou épidémique ». Un changement de logique après des années de baisse du nombre de lits en France, qui s’établit aujourd’hui à peine au-dessus de 5.000. Pendant le pic de l’épidémie de Covid-19, environ 9.000 lits supplémentaires ont été créés.

Six milliards d’euros seront investis sur cinq ans dans le système de santé, pour renouveler le matériel, rénover les bâtiments, et développer le numérique. Un tiers de cette enveloppe sera consacré aux Ehpad.

Olivier Véran souhaite aussi « accélérer la réduction de la part de T2A », la très critiquée tarification à l’activité. Ce système, introduit en 2005, fixe les ressources des hôpitaux en fonction des actes médicaux effectués, poussant à la course aux volumes selon ses détracteurs.

L’intérim médical est également dans le collimateur du gouvernement, qui veut lutter contre le « mercenariat » dans l’hôpital public. Il n’y aura « plus aucun versement au-delà du plafond réglementaire » encadrant les rémunérations des médecins réalisant des missions de courte durée à l’hôpital, a assuré Olivier Véran.

Pourquoi ces mesures sont-elles prioritaires selon la majorité ?

Ces annonces doivent permettre de « remettre de l’humain, des moyens et du sens dans notre système de santé », a conclu Olivier Véran. Après des années de mobilisation au sein des personnels soignants, régulièrement dans la rue, et la crise du Covid-19, l’exécutif pouvait difficilement laisser les revendications hospitalières sans réponse.

« C’est une priorité, on le doit à nos soignants et à nos concitoyens qui ont massivement soutenu les personnels de santé pendant la crise », souligne auprès de 20 Minutes Julien Borowczyk, député La République en marche de la Loire. « On ne pouvait pas s’arrêter au milieu du gué, les hausses de salaires ne suffisent pas, il faut réformer le fonctionnement de l’hôpital », poursuit ce médecin de profession. Ce Ségur est « une vraie réforme de fond », assure-t-il, « comme on n’en avait pas eue depuis 20, voire 30 ans ».

Les annonces faites ce mardi permettront selon lui de « repartir sur des bases saines ». « On a besoin d’un pays apaisé, au sortir de cette crise ».

Comment ont-elles été accueillies par les professionnels du secteur ?

Côté personnel de santé, la Fédération hospitalière de France (FHF), qui représente les hôpitaux publics, a reçu plutôt favorablement les propositions d’Olivier Véran. Plusieurs mesures faisaient partie de ses revendications, comme la suppression du Copermo, un comité national qui décide des investissements dans l’hôpital, remplacé par un conseil national incluant des élus.

« On semble sortir d’une logique purement comptable, aussi bien dans la gestion des lits que dans la gestion des établissements, la gestion des hommes et des femmes qui font l’hôpital, pour aller vers une approche beaucoup plus pragmatique », se réjouit Frédéric Valletoux, président de la FHF. Les propositions sont « de nature à faire bouger les lignes d’un système de santé qui aujourd’hui est traversé par de nombreux dysfonctionnements », mais il pointe toutefois « deux ou trois motifs d’insatisfaction », notamment sur le désengorgement des urgences.



Plus mitigé, le co-fondateur du collectif Inter-Hôpitaux, André Grimaldi, a estimé sur France Info qu'« il y a un problème structurel » concernant le nombre de lits d’hôpitaux.

Côté syndicats, l’Unsa a salué plusieurs annonces, mais regrette le manque de mesures pour favoriser l’accès aux soins. Quant à la CFE-CGC des hôpitaux de Paris demande plus de personnels afin de concrétiser la création de 4.000 lits supplémentaires.



Les annonces du gouvernement doivent désormais se traduire par des textes réglementaires ou législatifs. Les réformes ne sont pas finies : un « Ségur de la santé publique » doit commencer dès septembre, et la question des territoires ultramarins sera discutée ultérieurement.