Coronavirus à Marseille : « Coup de com' » ou « sonnette d’alarme » avec le « doublement de nouveaux cas » ?

EPIDEMIE La docteure Annie Levy-Mozziconacci, médecin à l’hôpital nord de Marseille, « tire la sonnette d’alarme », avec un doublement du nombre de malades du Covid-19, mais l’IHU réfute ces chiffres

Adrien Max

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Des gens, pendant le confinement, font la queue devant l'IHU à Marseille pour subir un test de dépistage du coronavirus
Des gens, pendant le confinement, font la queue devant l'IHU à Marseille pour subir un test de dépistage du coronavirus — Gérard Julien / AFP
  • Annie Levy Mozziconacci, docteure à l’hôpital nord de Marseille, a « tiré la sonnette d’alarme après un doublement des contaminations toutes les 48h à Marseille ».
  • L’ARS et l’IHU du professeur Didier Raoult démentent ce chiffre : il y a eu en moyenne onze nouvelles contaminations chaque jour la semaine dernière.
  • L’ARS rappelle néanmoins qu’il est nécessaire de respecter les gestes barrières et le port du masque alors que l’agence de santé constate « des signaux faibles faisant état de nouveaux cas de Covid-19 ».

Elle a fait le tour des médias pour « tirer la sonnette d’alarme ». La docteure Annie Levy-Mozziconacci, de l’hôpital nord à  Marseille, a alerté ce week-end du 14 juillet sur « un potentiel risque accru du Covid-19 ». « Nous sommes inquiets car nous voyons à Marseille que les cas de contamination semblent augmenter depuis dix jours avec un doublement du nombre de cas positifs tous les deux jours », explique-t-elle, avec d’autres collègues, dans un communiqué envoyé lundi, et répété sur plusieurs médias depuis.

« Nous demandons à l’ARS Paca de mettre en place en urgence les moyens financiers et humains promis lors de la sortie du confinement ainsi que les brigades devant servir à accompagner cette période de déconfinement. Nous proposons également à la ville de Marseille de mettre en place en urgence, une cellule "Covid" sur laquelle elle puisse s’appuyer afin de suivre journalièrement l’évolution de la situation et coordonner efficacement avec les différents acteurs de territoire les mesures à prendre et les moyens à déployer pour empêcher que dans les 15 jours à venir nous nous retrouvions dans une situation de crise sanitaire et humaine en pleine canicule », souhaitent-ils.

Onze nouveaux cas par jour en moyenne

L’Agence régionale de santé Paca explique rencontrer « des signaux faibles faisant état de nouveaux cas de Covid-19. Dans le département des Bouches-du-Rhône sur la semaine du 6 au 12 juillet, onze nouveaux cas positifs ont été détectés en moyenne par jour, pour plus de 15.000 tests réalisés ». « Depuis plusieurs semaines, les indicateurs épidémiologiques de circulation du virus sont en baisse ou se maintiennent à des niveaux bas en Provence-Alpes-Côte d’Azur », précise l’ARS dans un communiqué ce mercredi.

Du côté de l’IHU Méditerranée Infection du professeur Raoult, on dément catégoriquement les chiffres avancés par Annie Levy Mozziconacci. « On constate des contaminations, des clusters, et des nouveaux cas importés, mais nous sommes sur une moyenne de onze nouveaux cas par jour et non pas un doublement toutes les 48 heures », avance-t-on. L’AP-HM explique d’ailleurs que chaque nouveau cas nécessitant une hospitalisation est orienté vers l’IHU du professeur Raoult.

Du côté de Santé Publique France, les données répertoriées font état de 22 nouveaux cas le 3 juillet dans les Bouches-du-Rhône, neuf le 4 juillet, un le 5 juillet, 21 le 6 juillet, 19 le 7 juillet, 46 le 8 juillet, 56 le 9 juillet, puis 22 personnes le 10 juillet. Le nombre de nouveaux cas augmente, mais ne double pas toutes les 48 heures.

Un nouveau frémissement du nombre de cas

Annie Levy-Mozziconacci explique se baser sur un graphique de l’IHU présentant la proportion de personnes positives parmi les personnes testées. « La semaine dernière on a constaté que cette proportion passait d’un à deux, de trois à cinq, vous n’appelez pas ça doubler vous ? », se défend-elle.

Le graphique de l'IHU présentant la proportion de personnes contaminées parmi celles nouvellement testées.
Le graphique de l'IHU présentant la proportion de personnes contaminées parmi celles nouvellement testées. - IHU Méditerranée Infection

« C’est vrai qu’on constate que de nouvelles personnes viennent se faire dépister à l’IHU, et un nouveau frémissement du nombre de cas depuis une quinzaine de jours. Mais il y a un gros relâchement dans le respect des gestes barrières et le port du masque », relativise-t-on à l’AP-HM.

L’ARS explique quant à elle, que « chaque signal est analysé ». « Les personnes dépistées sont appelées pour identifier leurs contacts, les dépistages des contacts à risque sont organisés pour les membres des familles comme pour les personnes du réseau amical, professionnel et les mesures d’isolement sont préconisées. L’ARS reste vigilante sur ces signaux et rappelle plus que jamais aux citoyens de respecter les gestes barrières et de porter le masque et d’éviter les gros rassemblements. Des actions ont été initiées et seront amplifiées dans les gares maritimes et dans les aéroports pour les voyageurs arrivant de pays à risque », détaille l’agence de santé.

Prendre les devants

Mais cette sonnette d’alarme pourrait cacher un autre objectif. « C’est un coup de com', elle met la pression sur la mairie remportée par le Printemps marseillais qui l’a écarté du secteur du 1-7 », croit savoir une source médicale.

Annie Levy-Mozziconaci explique être en contact avec Michèle Rubirola, la nouvelle maire de Marseille, et médecin. « On a voulu tirer cette sonnette d’alarme face à la lenteur de la mise en place de dispositif de suivi pendant le confinement. On a écrit ce communiqué en fin de semaine dernière en constatant un début de frémissement, si jamais on laisse passer ce cap, l’augmentation si petite peut devenir significative. Nous souhaitons de la coordination dans ce suivi », précise-t-elle.

Un suivi avait été mis en place conjointement par l’ARS et la préfecture des Bouches-du-Rhône face aux foyers de contaminations des travailleurs saisonniers dans l’ouest du département, qui a été « maîtrisé », en fin de semaine dernière.