Des centres ophtalmologiques soupçonnés de fraude à l’assurance maladie

MAUVAIS ŒIL Créés pour raccourcir les délais d’attente chez les libéraux, des centres pour soigner les yeux font l’objet d’une enquête pour des « stratégies de facturations hautement critiquables »

G.D. avec AFP

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Illustration d'une séance chez un ophtalmologue.
Illustration d'une séance chez un ophtalmologue. — Widmann Peter/SIPA

Examens systématiques peu pertinents, facturations d’actes multiples… Des « anomalies de fonctionnement » et des « abus » s’apparentant à de la fraude ont été constatés dans des centres de santé ophtalmologiques, établissements nés d’un assouplissement législatif de 2018, ont indiqué, ce lundi, des sources concordantes, confirmant une information du Parisien. Selon le Collège national professionnel d’ophtalmologie (CNPO), nouveau nom de l’Académie française d’ophtalmologie, ces « actes peu justifiés » et ces « stratégies de facturations hautement critiquables » ont été relevés par « différentes sources » ces derniers mois.

« Des contrôles ont été engagés par la Caisse nationale d’assurance maladie, laquelle a aussi identifié ces déviances, alors que l’on assiste à une multiplication rapide du nombre de ces centres », a assuré le CNPO, dans un communiqué. Selon Le Parisien, qui a eu accès à un rapport interne de l’Assurance maladie (Cnam), c’est l’envolée des remboursements réclamés par ces centres de santé d’un genre nouveau, en plein essor depuis 2018, qui aurait fait naître les soupçons.

« Pour une patientèle passée de 400.000 personnes en 2015 à 800.000 en 2019 (+100 %), le coût des remboursements s’est envolé de 245 % », pour atteindre « 69 millions d’euros », souligne ce rapport, cité par le quotidien. Interrogée, l’Assurance maladie n’a pas donné suite, ce lundi, aux sollicitations de l’AFP.

Pas d’amalgame avec les centres de santé historiques

Le développement de ces centres de santé est favorisé par l’importance des délais pour l’obtention d’un rendez-vous chez un ophtalmologue libéral. Ils sont conventionnés en secteur 1, donc interdits de dépassements d’honoraires, et sont accessibles, parfois, en moins de 24 heures.

Dans son communiqué, le CNPO met en garde de son côté contre tout « amalgame », notamment « avec les centres de santé historiques, sans but lucratif, conçus sur un modèle mutualiste et traditionnellement gérés par les collectivités et institutions territoriales ».