Coronavirus en Occitanie : Pas de deuxième vague en vue, mais des signaux à ne pas négliger

EPIDEMIE La circulation du Covid-19 est basse en Occitanie selon les autorités de santé, mais la baisse de la vigilance ne leur fait pas écarter à terme une deuxième vague

Béatrice Colin

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Le drive-test du CHU de Toulouse. Illustration.
Le drive-test du CHU de Toulouse. Illustration. — F. Scheiber - Sipa
  • Alors que les cas de clusters se multiplient en France, en Occitanie la circulation du virus reste basse.
  • Des petits signaux, comme le retour de cas en réanimation, fait craindre une possible deuxième vague si les gestes barrières ne sont pas respectées.

Le risque de voir la France touchée par une deuxième vague de contamination au coronavirus fait la une de l’actualité ces derniers jours. Entre la découverte de nouveaux clusters et la détection de traces de Covid-19 dans les eaux usées, les services sanitaires sont en alerte.

En Occitanie, « le niveau de circulation du virus est bas », indique Stéphanie Rivière, épidémiologiste au sein de l’antenne régionale de Santé publique France. Le taux de positivité des tests de dépistage était en effet la semaine dernière de 0,6 % quand il est en moyenne nationale de 1,3 %. Et le taux de dépistage était de 420,5 pour 100.000 habitants, un peu plus faible que sur l’ensemble territoire national.

Du 29 juin au 5 juillet, 128 nouvelles personnes ont été testées positives au Covid-19 sur l’ensemble de l’Occitanie, dont 52 en Haute-Garonne et 40 dans le Gard, deux départements où ont été identifiés les plus gros clusters ces dernières semaines. « Ils sont encore en cours d’investigation et quelques cas remontent. Nous avons aussi quelques cas sporadiques aussi », poursuit la spécialiste.

Mais la mise en quatorzaine et la détection des cas contacts grâce aux tests permettent de maîtriser ces clusters, même si dans les deux cas les populations qui la composent sont plus mobiles, que ce soit les saisonniers dans le Gard ou la communauté Rom dans l’agglomération toulousaine.

« Si les gestes barrières ne sont pas maintenues, ça va repartir »

Si les indicateurs ne sont pas annonciateurs pour l’instant d’une seconde vague en Occitanie, « il ne faut pas lâcher, si les gestes barrières ne sont pas maintenues, ça va repartir, c’est entre les mains des citoyens », assure Stéphanie Rivière.

Un constat partagé par Pierre Delobel, chef du service des maladies infectieuses et tropicales du CHU de Toulouse. « Il y a des petits signaux. Nous avons ainsi eu deux nouvelles hospitalisations en réanimation cette semaine alors que nous n’en avons eu aucune le mois dernier. Nous avons également reçu quelques cas positifs aux urgences », insiste le praticien dont le service accueille encore dix personnes dont la situation ne nécessite pas une ventilation.

Pour ce spécialiste, ces hospitalisations restent un « marqueur tardif ». Si aujourd’hui les mesures prises pour tester sont efficaces, il regrette que ces capacités ne soient pas plus utilisées.

D’autant que la population d’Occitanie est très loin des standards pour une immunité collective. Car si une grande partie des malades ne développe pas une forme grave de la maladie, voire n’a aucun symptôme, celui-ci n’ayant pas beaucoup circulé dans la région, on est loin des 60 % de contaminés qui permettraient de contribuer à la disparition du virus.

« Le problème de la circulation du virus ne va pas se cantonner à un cluster »

« Au niveau de l’Occitanie, nous évaluons aujourd’hui la séroprévalence [nombre de personnes exposées au virus] à 2 %, au niveau national elle serait de 6 à 7 %, avec des disparités locales, certains endroits étant à 10 ou 12 %. Durant le confinement, notre modèle mathématique prévoyait qu’elle serait pour la région de 17,5 %, on n’y est pas du tout », relève Chloé Dimeglio, biostatisticienne à l’Inserm, rattachée au laboratoire de virologie du CHU de Toulouse.

Une séroprévalence surestimée en raison des cas asymptomatiques estime aujourd’hui cette chercheuse. « Notre hypothèse c’est que le nombre de cas asymptomatiques réels soit plus faible que ce que nous avions prévu et qu’ils soient aussi moins contagieux », avance-t-elle. Aujourd’hui, impossible mathématiquement de pouvoir prédire la suite de l’épidémie. Par contre, elle est sûre d’une chose : « sans porter de masque, le problème de la circulation du virus ne va pas forcément se cantonner à un cluster », conclut Chloé Diméglio.