Maladie de Lyme : « Notre vaccin sur le marché en 2025 », espère la société Valneva

INTERVIEW Franck Grimaud, directeur général de la société Valneva, fait le point sur l'avancée des travaux du VLA15

Propos recueillis par Julie Urbach

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Ixodes Ricinus nom scientifique de la tique insecte transmettant la maladie de Lyme
Ixodes Ricinus nom scientifique de la tique insecte transmettant la maladie de Lyme — GUTNER/SIPA
  • Basée à Nantes, la société Valneva travaille depuis une dizaine d'années à la mise au point d'un candidat-vaccin contre la maladie de Lyme.
  • Avant une commercialisation en 2025, l'équipe travaille en ce moment à déterminer le meilleur dosage et le meilleur schéma d’administration du vaccin.

Depuis plusieurs années, la maladie de Lyme fait régulièrement parler d’elle, particulièrement en été, saison adorée des tiques. A Nantes et à Vienne (Autriche), une cinquantaine de chercheurs de la société Valneva travaillent à l’élaboration d’un candidat vaccin contre cette maladie, encore difficile à diagnostiquer. Après un accord tout juste conclu avec Pfizer, le directeur général de Valneva Franck Grimaud espère une mise sur le marché de ce vaccin très attendu en 2025. Il répond aux questions de 20 Minutes.

Où en sont vos travaux quant au candidat vaccin contre la maladie de Lyme VLA15 ?

Franck Grimaud, DG de Valneva

On a démarré il y a près de dix ans maintenant, un pari à l’époque où l’on parlait encore peu de la maladie en France. Nous sommes aujourd’hui la seule société arrivée à ce stade de développement. Ce vaccin a la particularité de nous avoir demandé d’inclure six sérotypes (sous-types) de la bactérie, qui représentent 95 % des infections. L’année dernière, nous avons terminé la phase 1 qui nous a permis de démontrer que ce vaccin était sûr et n’entraînait pas d’effet secondaire, tout en générant un bon niveau d’anticorps.

Nous sommes désormais en phase 2 qui inclut 800 personnes. Outre le fait de continuer à surveiller l’innocuité du vaccin, l’objectif est de déterminer le meilleur dosage ainsi que le meilleur schéma d’administration pour la phase 3. Nous avons déjà établi que pour être protégé, il faudra prendre trois doses à un ou plusieurs mois d’intervalle, puis par la suite effectuer des rappels.

A quelle échéance envisagez-vous une mise sur le marché ?

Nous prévoyons de démarrer la phase 3 en 2022, et d’inclure environ 16.000 personnes afin d’obtenir une efficacité et une protection statistiquement significatives. Ensuite viendra la mise sur le marché espérée en 2025. Nous venons de nouer un partenariat avec le laboratoire Pfizer qui est extrêmement important, notamment pour la commercialisation mondiale du vaccin, en particulier en Europe et aux Etats-Unis où la maladie est la plus présente. Dans le cadre de cet accord, nous devrions recevoir des paiements d’un montant total de 308 millions de dollars ainsi que des redevances croissantes sur les ventes débutant à 19 %.

Comment évolue la maladie ?

Chaque année, il y a 250.000 nouveaux cas en Europe et entre 300 et 400.000 cas aux Etats-Unis, où le chiffre a été multiplié par dix en vingt ans. En France, on en parle de plus en plus mais cette maladie est toujours sous-diagnostiquée. On ne se rend pas toujours compte que l’on a été mordu par une tique, les symptômes peuvent mettre du temps à se déclarer. Or le traitement antibiotique doit se prendre assez tôt et pendant une certaine durée pour qu’il soit efficace… Finalement, de nombreuses personnes ne sont pas diagnostiquées et se retrouvent un jour avec une grosse fatigue, des problèmes articulaires voire cardiaques, ou neurologiques dans le pire des cas. Un vaccin préventif présente donc un très grand intérêt.

Comment les pays vont-ils se saisir de ce vaccin selon vous ?

Cela dépendra de leurs politiques, en fonction de la présence de la maladie. Il existe par exemple un vaccin contre l’encéphalite à tiques, une autre maladie très présente dans certains pays comme en Autriche où la vaccination contre cette maladie est aujourd’hui obligatoire. On pourrait tout à fait avoir dans d’autres pays l’obligation ou la recommandation de vacciner la population contre la maladie de Lyme, là où il y a une haute incidence de la maladie comme par exemple dans les zones rurales ou autour des villes.

Votre société travaille également sur un candidat vaccin contre le Covid-19…

Les autorités médicales sont prêtes à aller vite mais il faut avoir une exigence de sûreté du vaccin. Nous prévoyons d’entrer en essais cliniques d’ici la fin de l’année et notre objectif est de mettre à disposition des doses courant 2021. Il y a différentes stratégies vaccinales et certaines n’ont jamais été approuvées à ce jour. En ce qui nous concerne, nous avons décidé d’utiliser une technologie classique et très connue, celle des vaccins inactivés : vous prenez le virus, vous l’inactivez, et vous le mélangez. Cette technologie a le mérite de pouvoir être utilisée sur l’ensemble de la population, y compris dans les groupes immunodéprimés ou chez les personnes âgées.

Il faut aussi penser dès maintenant aux enjeux de production, car ce n’est pas tout de mettre au point un vaccin. Si le virus est toujours présent, il va y avoir une demande importante en nombre de doses, peut être de trois ou quatre milliards à travers le monde. Pour nous, ce vaccin est un « Plug & Play », c’est-à-dire que nous nous appuyons sur la plateforme d’un de nos vaccins déjà commercialisés pour le développer et que nous pouvons le produire dans notre usine de Livingston en Ecosse déjà approuvée par l’autorité de Santé américaine FDA.