Coronavirus : Une nouvelle étude scientifique est-elle en train de réhabiliter l’hydroxychloroquine ?

FAKE OFF La revue scientifique « The Lancet » a publié une nouvelle étude le 3 juillet sur le médicament et son efficacité contre le Covid

Francois Launay

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Une boîte d'hydroxychloroquine (illustration)
Une boîte d'hydroxychloroquine (illustration) — AFP
  • Une étude scientifique publiée le 3 juillet par The Lancet est devenue virale sur les réseaux sociaux.
  • Elle prouverait l’efficacité préventive de l’hydroxychloroquine dans la lutte contre le Covid.
  • Sauf que les cas de figure étudiés sont trop particuliers pour tirer des conclusions définitives.

Nouveau rebondissement dans le débat sur l’efficacité de l’hydroxychloroquine contre le Covid ? Une étude réalisée en Chine et publiée le 3 juillet dans la célèbre revue scientifique The Lancet,prouverait que le taux de Covid 19 serait plus faible chez des patients prenant de l' hydroxycholoroquine. « Un rétropédalage du Lancet » comme l’affirme le site europe-israël.org dont la publication a été partagée par des milliers de personnes sur les réseaux sociaux.

Il faut dire que la revue scientifique avait fait polémique le 22 mai dernier en faisant paraître une étude très critique sur la chloroquine, le célèbre traitement mise au point par le professeur Raoult. Des chercheurs avaient clairement mis en cause son efficacité dans la lutte contre le Covid.

Une étude très décriée avait mis en cause l’hydroxychloroquine

Cette étude, réalisée aux États-Unis, s’appuyait sur l’analyse des données de 96.032 patients hospitalisés dans 671 hôpitaux pour Covid-19 entre décembre et avril 2020. Prise très au sérieux, la publication avait conduit plusieurs pays, dont la France, à stopper un temps les essais cliniques de la chloroquine sur le coronavirus.

Mais très vite, de nombreux chercheurs ont mis en doute la fiabilité de cette étude basée sur une méthodologie discutable. Des critiques qui ont poussé The Lancet à finalement retirer l'étude faute de données précises.

Si les essais cliniques ont repris, l’efficacité du traitement contre le Covid fait encore débat. Alors, la nouvelle étude publiée le 3 juillet par The Lancet serait-elle en train de réhabiliter totalement l’hydroxychloroquine ?

FAKE OFF

Si l'étude publiée par The Lancet est bien réelle, elle ne dit en aucun cas que les patients soignés à l’hydroxychloroquine guérissent du Covid. L’article scientifique est bien plus complexe que ça. Infectiologue au CHU d’Angers, le professeur Vincent Dubee, qui a lancé une étude sur la chloroquine, a accepté de décrypter cette nouvelle publication pour 20 Minutes. Avec une précision importante : le travail fourni n’a été effectué que sur des personnes qui souffrent déjà à la base de maladies bien spécifiques.

« C’est une étude rétrospective effectuée dans la province de Hubei, là où l’épidémie du Covid a débuté. Comme partout dans le monde, il y a là-bas des gens qui souffrent de maladies rhumatismales. Il y a plusieurs sortes de traitement pour ce genre de maladie comme les corticoïdes ou l’hydroxychloroquine. Les chercheurs ont suivi 6.000 personnes qui sont touchées par ce genre de maladies et leur ont demandé si elles avaient attrapé le Covid », explique le professeur.

Des différences significatives liées aussi à l’âge

Une comparaison a donc été faite entre ceux qui avaient eu le coronavirus et les autres. Et les différences sont significatives. « Les chercheurs ont constaté que les gens traités pour leurs rhumatismes sous hydroxychloroquine avaient moins de risques d’attraper le Covid que celles qui prenaient d’autres médicaments pour ce genre de maladie », poursuit Vincent Dubee.

De là à dire que l’hydroxychloroquine permet d’éviter le Covid, il y a un pas que ne franchit pas l’infectiologue. « Il y a une différence de traitement en fonction de l’âge. Par exemple, l’hydroxychloroquine n’est pas un traitement pour les personnes âgées qui souffrent de maladies rhumatismales. Or, c’est justement cette population-là qui a le plus de risques d’attraper le Covid. En plus, les corticoïdes qu’on donne plutôt aux personnes âgées pour soigner ce type de maladie confèrent sans doute un risque supplémentaire d’attraper le coronavirus », conclut Vincent Dubee qui précise que l’étude « ne tire d’ailleurs aucune conclusion sur l’efficacité préventive du médicament ». En clair, le remède miracle contre le Covid n’est toujours pas arrivé.