Chine : Faut-il avoir peur de la nouvelle grippe porcine ?

PSYCHOSE Pour l’instant, c’est prématuré, expliquent les spécialistes, et Pékin minimise

R. G.-V. avec AFP

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Une exploitation porcine en Chine. (archives)
Une exploitation porcine en Chine. (archives) — GREG BAKER / AFP

Confiné échaudé craint la prochaine épidémie. Une étude montre que la nouvelle grippe porcine observée en Chine pourrait être à l’origine de la prochaine pandémie. En tout cas, elle en aurait tous les traits. Alors forcément, alors que la précédente pandémie n’est pas terminée, qu’on craint la deuxième vague en Europe, 20 Minutes a voulu savoir s’il s’agissait, déjà, de commencer à s’inquiéter.

C’est quoi cette grippe porcine ?

Le virus s’appelle G4 et descend génétiquement de la souche H1N1 à l’origine d’une pandémie en 2009, d’après une étude publiée en début de semaine dans la revue scientifique américaine PNAS. Les auteurs de cette étude sont des scientifiques issus d’universités chinoises et du Centre de prévention et de lutte contre les maladies chinois. Ils ont réalisé, entre 2011 et 2018, 30.000 prélèvements nasaux sur des porcs dans les abattoirs de 10 provinces chinoises et dans un hôpital vétérinaire. Cette opération a permis d’isoler 179 virus de grippe porcine.

Une étude sur le long terme car les grippes porcines, ce n’est pas nouveau, c’est même « régulier », dit à 20 Minutes Antoine Flahault, le chef de l’Institut de santé global à l’Université de Genève (Suisse). Il y a peu la fameuse épidémie de grippe de 2009, donc. Mais plus récemment, en 2018, une épizootie de peste porcine africaine a décimé le cheptel chinois. La maladie avait entraîné une flambée du prix du porc, qui est de loin la viande la plus consommée dans le pays. Cette fois, l’inquiétude réside dans le fait que, d’après cette étude, la souche observée « possède tous les traits essentiels montrant une haute adaptabilité pour infecter les humains ».

Quel danger pour les humains ?

Pour Antoine Flahault, il n’y a pour le moment pas de quoi s’inquiéter, il faudrait même éviter la surréaction : « Il y a un pas entre l’observation d’une nouvelle maladie animale et le risque pour les humains. On pense qu’il y a encore 1,6 million de zoonoses qu’on ne connaît pas. On va jamais tenir le rythme d’alerte si on s’inquiète à chaque fois. » Certes, l’étude a montré une transmission d’animaux à des humains. Mais le vrai seuil d’alerte, c’est la contamination entre humains, ce qui n’a pour l’instant pas été observé dans ce cas-là.

« Que des zoonoses se transmettent d’animaux vers des humains, c’est là aussi très régulier. Surtout quand il y a une proximité génétique des animaux en question avec les humains, et c’est le cas des porcs, c’est aussi le cas des poulets », ajoute Antoine Flahault. Il ne faut donc pas sous estimer les chances que cette première transmission puisse être « une impasse » et que le virus ne passe ensuite pas entre humains.

Doit-on avoir peur de tout ce qui vient de Chine ?

Etonnant ou pas, la Chine a décidé de minimiser les résultats de l’étude publiée aux Etats-Unis. Interrogé à ce sujet, un porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian, a assuré que son pays continuerait « à surveiller la maladie, donner l’alerte [en cas de nécessité] et à la traiter en temps opportun ». Elle a même ajouté : « Les experts ont conclu que la taille de l’échantillon cité dans le rapport est petite et non représentative. » Sauf que tout le monde a en tête l’attitude des autorités chinoises lors de l’apparition du nouveau coronavirus : Pékin a fait taire les lanceurs d’alerte et retardé la transmission des informations à l’OMS.

Mais si on craint la Chine on va avoir peur longtemps, car, comme l’explique Antoine Flahault le pays est « depuis longtemps un hotspot pour l’apparition des nouvelles zoonoses » et donc pour l’apparition de la possible prochaine pandémie. Les voisins de la Chine, comme Taïwan, le savent et sont prêts. D’ailleurs, le directeur de l’Institut de santé global à l’Université de Genève l’affirme, « on sait surveiller de près les zoonoses chez l’animal et chez l’humain ». En revanche, on n’a « pas encore les outils pour dire si tel ou tel virus va finalement se transmettre d’humain à humain ».