Foodwatch demande le retrait de deux laits en poudre pour bébé, accusés de contenir des huiles minérales

ALIMENTATION La DGCCRF a confirmé que ses analyses internes avaient mis en évidence la présence infime d’huile minérale dans les laits pointés du doigt

20 Minutes avec AFP

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Les laits en poudre incriminés contiennent des traces de dérivés d'hydrocarbures.
Les laits en poudre incriminés contiennent des traces de dérivés d'hydrocarbures. — Fred DUFOUR / AFP

L’ONG Foodwatch a demandé mercredi le retrait de deux laits en poudre pour bébé au nom du principe de précaution. Depuis 2015, cet organisme dénonce présence de dérivés d’hydrocarbures, qu’elle juge dangereux pour la santé, dans certains produits alimentaires.

Après avoir révélé en octobre la présence dans des laits en poudre fabriqués par Danone et Nestlé d’huiles minérales aromatiques, aussi appelées MOAH et jugées « potentiellement cancérogènes, mutagènes et perturbateurs endocriniens » par l’autorité sanitaire française Anses, Foodwatch « vient de saisir tous les préfets de France par voie d’avocat pour leur demander de retirer ces produits de la vente, au nom du principe de précaution » indique l’ONG mercredi dans un communiqué.

Des alertes prises « très au sérieux »

« La répression des fraudes (DGCCRF) sait que des laits infantiles sont contaminés puisqu’elle l’a vérifié après les tests de Foodwatch », ajoute l’ONG qui dénonce le « manque de transparence du gouvernement » français sur le sujet. L’ONG « exhorte » la DGCCRF à « rendre publics les résultats de ces tests, » comme l’ont déjà fait deux länder allemands. Les deux laits en cause vendus en France sont le lait Nidal lait en poudre premier âge (0-6 mois) de Nestlé, et le lait Gallia Galliagest Croissance sans lactose (12 mois-3 ans) de Danone.

Interrogée par l’AFP, la DGCCRF répond qu’elle a pris « très au sérieux » l’alerte et les analyses de Foodwatch en octobre 2019. « Nous avons immédiatement déclenché des analyses de produits et saisi la commission européenne pour obtenir des seuils au-delà desquels il sera possible de procéder en toute transparence à des rappels de produits », a expliqué Loïc Tanguy, son porte-parole. En l’absence de risque aigu pour la santé des bébés posé par la consommation de ces laits et en l’absence de seuil de dangerosité vis-à-vis d’un risque chronique fixé par les autorités européennes, aucun retrait n’est envisageable dans l’immédiat, a-t-il expliqué en substance.

Des seuils européens à déterminer

Les autorités allemandes et néerlandaises, également impliquées, n’ont procédé à aucun retrait non plus, a-t-il fait valoir, même si la chaîne de magasins allemande Rossmann l’a fait de son propre chef. En revanche, la DGCCRF a bien confirmé que ses analyses internes avaient mis en évidence la présence infime d’huile minérale dans les laits en question.

« Intrinsèquement, les résultats ne sont pas publiables » a néanmoins affirmé le représentant de la DGCCRF. « Il faut des seuils harmonisés au niveau européen » a-t-il ajouté, puisque les deux laits commercialisés en France sont fabriqués dans d’autres pays de l’Union européenne, alors qu’un troisième lait commercialisé en Allemagne par Nestlé et fabriqué en France est aussi incriminé. « La balle est dans le camp de la Commission », a-t-il dit.

Mercredi soir, l’association qui regroupe les fabricants français d’aliments pour bébé (SFAE) a cherché à rassurer les parents en affirmant dans un communiqué que « les produits de nutrition infantile peuvent être consommés en toute sécurité ». « Comme l’avait indiqué l’association Foodwatch elle-même en octobre 2019, " les touts petits qui consomment les laits infantiles testés par Foodwatch ne sont pas exposés à un danger immédiat " » a rappelé la SFAE.

La Commission européenne « devrait par ailleurs fournir très prochainement ses conclusions sur les mesures à mettre en œuvre et définira un seuil d’action » a également confirmé l’association. Dès lors, les fabricants de lait en poudre pour bébé « respecteront les recommandations de la Commission et se baseront sur ces éléments pour renforcer leurs plans de surveillance », ajoute le SFAE.