Moustique tigre : Comment le reconnaître, signaler sa présence et empêcher sa propagation

BZZZZZZZZZ L’Anses lance un site pour signaler la présence du moustique tigre

Anissa Boumediene

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Moustique tigre : Comment le reconnaître et signaler sa présence — 20 Minutes
  • C’est l’été et le moustique tigre, vecteur de maladies virales, sévit de nouveau en France.
  • Pour lutter contre ce nuisible, l’Anses lance un site pour aider les particuliers à la reconnaître et signaler sa présence.
  • Eliminer les réservoirs d’eau stagnante compte parmi les moyens les plus efficaces pour endiguer sa propagation.

C’est la petite bête qui monte, qui monte, et qui est désormais bien installée sur une bonne partie du pays. Arrivé en France au milieu des années 2000, le moustique tigre n’a cessé d’y gagner du terrain, et est aujourd’hui présent dans une soixantaine de départements. Vecteur de maladies virales, il peut transmettre à l’homme des maladies comme la dengue, le chikungunya et Zika. Face au risque sanitaire, l’Agence nationale de sécurité sanitaire alimentation, environnement, travail (Anses) lance une campagne d’information pour l’identifier et signaler sa présence sur le site signalement-moustique.anses.fr, et ainsi aider les autorités sanitaires à suivre sa progression et à cibler les actions de lutte contre ce nuisible.

Comment le reconnaître ? Et comment éviter qu’il ne prenne ses quartiers dans votre jardin, au risque de pourrir votre été ?

Un insecte « ultrarésistant » et nuisible

Originaire des forêts tropicales d’Asie du Sud-Est, le moustique tigre a été apporté en France par les activités humaines, notamment le commerce international de pneus. « C’est en 2004 que le moustique tigre a franchi la frontière française, du côté de Menton, dans le Sud-Est, retrace Anna-Bella Failloux, entomologiste médicale et spécialiste des moustiques vecteurs, responsable du laboratoire Arbovirus et insectes vecteurs à l'Institut Pasteur. Avant de progressivement remonter sur le territoire, jusqu’à être présent aujourd’hui dans près des deux tiers des départements de France métropolitaine, y compris à Paris. »

Et s’il s’est étendu si facilement sur le territoire, « c’est parce qu’il s’agit à la fois d’une espèce tropicale et tempérée, explique Anna-Bella Failloux. Il est capable de passer les périodes froides sous la forme d’œufs, des œufs qui en outre peuvent supporter un environnement très sec, avant d’éclore dès qu’il pleut et que les températures remontent. Cela fait de lui une espèce ultrarésistante. »

Un nuisible coriace et « responsable d’une épidémie de chikungunya à La Réunion en 2005 et 2006, rappelle l’entomologiste. Mais qui cause régulièrement aussi des cas autochtones de dengue dans le sud de la France depuis 2010. Or, pour tous les virus transmis par le moustique tigre, il n’existe ni traitement, ni vaccin. » Heureusement, tous les moustiques tigres ne sont pas porteurs de tels virus, il faut d’abord que l’un d’eux pique une personne infectée. Mais en France, c’est bien lui qui les transmet.

Reconnaître le moustique tigre pour signaler sa présence

D’où l’importance de savoir le reconnaître, pour suivre sa progression et l’endiguer. Côté look, « le moustique tigre ne ressemble pas au moustique classique, celui qui pique dans le métro et qui est plutôt de couleur marron, précise Anna-Bella Failloux. Le moustique tigre, lui, est plus petit, il est noir avec des rayures blanches sur le corps et les pattes, et a une ligne blanche sur le dessus de la tête », décrit l’entomologiste.

« Pour éviter les erreurs, le site guide les internautes à l’aide de photos ainsi que via trois questions : le moustique identifié est-il de petite taille ? Est-il noir et blanc ? Dispose-t-il d’un appareil piqueur ? », explique l’Anses, qui rappelle que l’une de ses caractéristiques est qu’il « pique plutôt le jour ».

« Lutter intelligemment contre le moustique tigre »

Et en ce moment, « c’est la période la plus critique de l’année : le moustique tigre sévit dès maintenant et jusqu’à l’automne, période durant laquelle il va pulluler partout où il y a des flaques d’eau », souligne Anna-Bella Failloux. Comment s’en prémunir ? Pas à coups d’insecticide. « Recourir à ces produits tue en effet les moustiques, mais ces substances toxiques tuent aussi d’autres insectes essentiels, notamment les pollinisateurs, insiste l’entomologiste. C’est d’autant plus contre-productif qu’ils rendent les moustiques tigres encore plus résistants. D’où l’importance de lutter intelligemment contre lui. »

Face à l’invasion des moustiques qui risquerait de faire fuir les touristes, certaines stations balnéaires – dont Hyères (Var​), où un cas autochtone de Zika a été identifié en 2019 – ont décidé d’investir dans des pièges d’un genre nouveau, qui reproduisent la respiration humaine. Un bon vieux leurre, mais version sophistiquée. « Le moustique est attiré par l’odeur humaine, donc les dispositifs qui la miment peuvent effectivement l’attirer, indique Anna-Bella Failloux. Ils viennent en compétition avec les individus qui se trouvent dans le périmètre d’action de ces pièges, et permettent de réduire le risque d’être piqué. Cela peut aider, mais pas résoudre le problème de l’invasion des moustiques, d’autant que leur périmètre d’action est limité. »

Or on l’a vu, chaque petit coin d’eau stagnante peut se transformer en réservoir à moustique tigre, qui se développe particulièrement dans les zones urbaines et périurbaines. Pour lutter contre sa prolifération, il faut vider régulièrement les coupelles sous les pots de fleurs, mettre les récipients à l’abri de la pluie, recouvrir les bidons de récupération d’eau de pluie avec des moustiquaires et introduire des poissons dans les bassins d’agrément, qui mangeront les larves. « Il est déterminant que les gens soient informés de la biologie et des milieux de prolifération des moustiques tigres, car la majorité des gîtes larvaires se trouvent dans des espaces privés. L’action individuelle est primordiale pour une lutte efficace, souligne Anna-Bella Failloux. Si chacun élimine les réservoirs d’eau où les femelles seraient susceptibles de pondre et en touche un mot à ses voisins pour qu’ils soient vigilants à leur tour, alors une grosse partie du travail est faite ».