« On ne met pas de gel hydroalcoolique sur ses mains en plein soleil, à la plage ou en terrasse », préviennent les dermatologues

INTERVIEW Les dermatologues, parmi lesquels le Dr Catherine Oliverès-Ghouti, mettent en lumière les risques cutanés liés à l’utilisation de gel hydroalcoolique sur les mains lorsque l’on s’expose au soleil

Propos recueillis par Anissa Boumediene

— 

Les dermatologues alertent sur les risques cutanés d'une utilisation de gel hydroalcoolique sur la peau exposée au soleil, que ce soit à la plage ou en terrasse.
Les dermatologues alertent sur les risques cutanés d'une utilisation de gel hydroalcoolique sur la peau exposée au soleil, que ce soit à la plage ou en terrasse. — Frederic DIDES/SIPA
  • Depuis le début de la pandémie, chacun a toujours un flacon de gel hydroalcoolique à portée de main pour pouvoir se les désinfecter où qu’il soit.
  • Mais alors que l’été arrive, les dermatologues alertent sur les risques d’une utilisation de solution hydroalcoolique quand la peau est exposée au soleil.
  • Cela peut entraîner des irritations, voire des taches brunes sur la peau, explique à 20 Minutes le Dr Catherine Oliverès-Ghouti.

EDIT du 31 juillet 2020 : Alors que la France entame le premier épisode caniculaire de son été, 20 Minutes vous propose la relecture de cet article datant du mois de juin. A cette époque, le pays, qui sortait de 55 jours confinement, s'apprêtait à vivre sa première vague de chaleur après avoir été touché par l'épidémie de Covid-19.

Il va faire beau. Il va faire chaud. Mais malgré les températures estivales des prochains jours, le début officiel de l’été ce samedi et les grandes vacances qui arrivent à grands pas, pas question de se relâcher sur les gestes barrières pour tenir le Covid-19 à bonne distance. Le premier d’entre eux étant de se laver très régulièrement les mains. Un bon réflexe qui pour beaucoup passe par un flacon de gel hydroalcoolique que l’on peut dégainer tout au long de la journée pour se désinfecter les mains.

Un geste devenu un réflexe depuis le début de la pandémie de coronavirus, mais qui peut abîmer la peau. Alors que l’Espagne s’apprête à lancer sa saison touristique après un confinement long et strict, les dermatologues du pays lancent l’alerte cette semaine sur les risques dermatologiques liés à une utilisation intensive de gel hydroalcoolique à la plage. Pour le Dr Marta Frieyro, dermatologue à l’hôpital Quirónsalud Marbella, dans le sud du pays, l’absorption rapide du gel hydroalcoolique crée une fausse sensation d’évaporation totale du produit sur la peau, alors « qu’il reste longtemps sur sa surface » et que l’exposition de la peau au soleil peut conduire à « une brûlure », déclare-t-elle au quotidien espagnol El Mundo.

Y a-t-il vraiment un risque pour la peau ? « Oui, répond à 20 Minutes le Dr Catherine Oliverès-Ghouti, dermatologue et membre du  Syndicat national des dermatologues-vénéréologues (SNDV). Il ne faut pas appliquer de gel hydroalcoolique sur sa peau si on l’expose au soleil ». Et voici pourquoi.

Les dermatologues espagnols s’inquiètent d’une mauvaise utilisation de gel hydroalcoolique quand on s’expose au soleil. Que risque-t-on et pourquoi ?

Effectivement, la presse espagnole s’en fait l’écho depuis plusieurs jours. D’abord, utiliser du gel hydroalcoolique à la plage est inutile : là-bas, a priori, on ne touche aucun bouton d’ascenseur ni de poignée de porte, mais seulement ses propres affaires et le sable.

Déjà, une utilisation intensive de gel hydroalcoolique peut irriter la peau. Je reçois ces derniers temps des patients qui utilisent du gel hydroalcoolique tout au long de la journée et qui ont la peau des mains desséchée et irritée. Certains développent une forme d’urticaire, des rougeurs et décrivent des sensations de brûlure. Et c’est parce qu’ils utilisent trop de gel hydroalcoolique. La barrière protectrice de la peau est mise à nu par une surutilisation de ce produit, et mettre des crèmes hydratantes ne suffit plus à réhydrater et à soulager.

En outre, la pénurie de gel hydroalcoolique au plus fort de la crise sanitaire a mené à l’apparition de gels contrefaits ou mal dosés, dont la composition ne respecte pas les prescriptions de l’OMS et des autorités sanitaires. Certains contiennent trop d’alcool, d’autres contiennent un mélange d’alcool et d’eau oxygénée, ce qui peut entraîner l’apparition d’irritations cutanées et de brûlures en dehors même de toute exposition solaire.

Quel est le risque spécifique à utiliser du gel hydroalcoolique à la plage ?

Les mamans le rappellent tout le temps : on ne porte pas de parfum à même la peau durant l’été, car si on s’expose au soleil, on risque d’avoir des taches. Eh bien non seulement c’est vrai, mais en ce qui concerne le gel hydroalcoolique, le risque est exactement le même. Il est composé d’environ 70 % d’alcool et beaucoup de flacons contiennent également des parfums de synthèse ou des huiles essentielles, qui ont un effet photosensibilisant : si on expose ses mains badigeonnées de solution hydroalcoolique parfumée  à la plage, on alors risque ce que l’on appelle une dermite en breloque, une brûlure caractéristique causée par la réaction de ces substances sur la peau avec le soleil. En clair, on développe dans un premier temps une brûlure, la peau est rouge et irritée, puis la tache prend une pigmentation marron qui peut durer des années.

Le risque vaut à la plage bien sûr, mais aussi dès que l’on s’expose au soleil, donc cette précaution vaut également pour les déjeuners, pauses-café et autres apéros que l’on peut faire à la terrasse ensoleillée des bars et restaurants. On s’attable au soleil, on se lave les mains au gel hydroalcoolique et on déjeune dehors, à l’heure où le soleil est le plus méchant avec la peau. C’est très nocif !

Quel conseil donneriez-vous aux accros du gel alcoolique ?

Evidement, il est très pratique et permet une utilisation « nomade ». Mais pour une désinfection efficace des mains, rien ne vaut un bon lavage des mains au savon, de Marseille de préférence. Le savon enlève tous les germes et virus présents sur la peau. Composé notamment d’un mélange de soude et d’huile végétale, il englobe les particules virales et les rend inactives. Donc, si on est en terrasse, on file se laver les mains à l’eau et au savon plutôt qu’avec son gel hydroalcoolique. On se les lave soigneusement, sans oublier l’espace entre les doigts et le dos des mains.

Et à la plage, il suffit d’emporter avec soi un petit flacon contenant du savon liquide pour les mains, celui qu’on utilise en rentrant du travail ou en sortant des toilettes, et on va se les laver à l’eau claire aux bornes d’eau que l’on trouve sur toutes les plages. Bien sûr, on n’oublie pas les autres bons réflexes dermatos à la plage comme en terrasse : on évite de lézarder au soleil entre midi et 16 h, et on n’oublie pas sa crème solaire. Le coronavirus circule encore, mais n’élimine pas les risques de mélanome.