Pour l'ANSM, certains médicaments progestatifs augmentent le risque de tumeurs cérébrales

FEMMES Plus de 400.000 femmes seraient concernées par ce risque accru de développer un méningiome, une tumeur bénigne dans la majorité des cas

20 Minutes avec AFP

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Images d'IRM d'un cerveau.
Images d'IRM d'un cerveau. — DURAND FLORENCE/SIPA

Le risque de tumeurs cérébrales, aussi appelées méningiomes, est confirmé pour des médicaments progestatifs utilisés dans la prise en charge de la ménopause, des troubles menstruels et de l’endométriose, alerte ce jeudi l'Agence du médicament (ANSM) sur la base d’une vaste étude épidémiologique. Cette nouvelle mise en garde concerne le Lutéran (acétate de chlormadinone) et le Lutényl (acétate de nomégestrol) et leurs génériques.

« Le risque augmente avec les fortes doses et un traitement sur une longue durée », souligne Jean-Michel Race, directeur des médicaments d’endocrinologie et gynécologie à l’ANSM. Plus de 400.000 femmes prenaient ce traitement en 2019.

Une tumeur des enveloppes du cerveau

Le méningiome est une tumeur des enveloppes du cerveau, en grande majorité bénigne. Les femmes traitées plus de six mois par ces molécules (acétate de nomégestrol ou de chlormadinone) sont exposées à un risque de développer cette tumeur multiplié par 3,3 et 3,4 respectivement, par rapport à des femmes non traitées avec ces médicaments, selon l’étude.

Le risque est multiplié par 12,5 à partir de 5 ans de traitement avec le Lutényl et ses génériques et par 7 à partir de 3,5 ans pour le Lutéran et ses génériques. Par ailleurs le risque de méningiome conduisant à une chirurgie intracrânienne augmente fortement avec l’âge : il est, par exemple, 3 fois plus élevé pour les femmes de 35 à 44 ans que pour celles de 25 à 34 ans.

Une étude sur un total de 3,3 millions de patientes

L’agence du médicament avait averti en février 2019 d’un possible sur-risque de méningiome, une tumeur des enveloppes du cerveau, en grande majorité bénigne en annonçant une étude épidémiologique pour l’évaluer.

Cette étude qui confirme ce risque, et montre son importance, provient d’Epi-phare, structure réunissant l’ANSM et l’Assurance Maladie. Elle a été réalisée à partir des données nationales de remboursement de l’Assurance Maladie sur 1,8 et 1,5 million de femmes ayant pris l’une ou l’autre de ces molécules entre le 1er janvier 2007 et le 31 décembre 2018.

Leur utilisation est déjà contre-indiquée en cas d’existence ou d’antécédent de méningiome. Le traitement devant être arrêté immédiatement et définitivement en cas de diagnostic de cette tumeur.

Une concertation publique à l’automne 2020

L’ANSM émet à ce stade des recommandations « préliminaires » notamment d’informer les patientes du risque, et les convient à consulter leur médecin. La durée du traitement doit être limitée et à la dose minimale efficace, et son bien-fondé réévalué, rappelle-t-elle. Elle préconise aussi de proposer aux femmes de plus de 35 ans en cas de traitement prolongé (à partir de 5 ans), une imagerie cérébrale par IRM.

A l’automne, une concertation publique entre sociétés savantes, professionnels et associations de patients se tiendra pour faire le point et notamment revoir la pertinence des indications en regard du risque. Ces médicaments sont en effet encore utilisés pour des problèmes de tensions mammaires et de syndromes prémenstruels. Le Lutéran du laboratoire Sanofi ne sera prochainement plus commercialisé en France.