Coronavirus : Que sait-on sur la dexaméthasone, qui améliore la survie des patients ?

MEDICAMENT Ce stéroïde peu coûteux va être utilisé au Royaume-Uni pour soigner les formes graves de la maladie, après un essai concluant auprès de 16.000 patients

L.Br. avec AFP

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Coronavirus : Que sait-on sur la dexaméthasone, qui améliore la survie des patients ? — 20 Minutes
  • Les responsables de l’essai clinique britannique Recovery ont annoncé qu’un médicament de la famille des stéroïdes, le dexamethasone, réduisait d’un tiers la mortalité chez les malades les plus gravement atteints.
  • L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a salué une « percée scientifique ».
  • Ce médicament ne fonctionne pas pour les malades atteints d’une forme légère de la maladie, ont toutefois prévenu les chercheurs.

Un remède miracle pour soigner les malades du coronavirus ? Plutôt un nouvel espoir pour les patients les plus gravement atteints. La dexaméthasone améliore la survie de ces malades, ont annoncé les chercheurs qui travaillent sur l’étude britannique Recovery. Immédiatement, le Royaume-Uni a annoncé avoir en réserve 200.000 traitements prêts à l’emploi, qui vont être immédiatement utilisés pour traiter les patients concernés. Des résultats encourageants, mais dont la portée semble modérée en France, qui utilise déjà ce médicament à « grande échelle ». 20 Minutes fait le point.

La dexaméthasone, c’est quoi comme médicament ?

Ce médicament est un stéroïde. Reconnue pour ses effets anti-inflammatoires, cette molécule diminue la réponse immunitaire à forte dose. Son utilisation pourrait ainsi calmer la réaction immunitaire excessive des patients atteints d’une forme grave de Covid-19, appelée orage de cytokines. Avantage de ce médicament : il n’est pas cher, et est immédiatement accessible dans un grand nombre de pays.

Quels sont ses effets sur les patients atteints d’une forme grave de Covid-19 ?

Selon les responsables de Recovery, « la dexaméthasone est le premier médicament dont on observe qu’il améliore la survie en cas de Covid-19 ». En effet, cette molécule s’est révélée efficace sur les formes graves du Covid-19, réduisant les décès d’un tiers chez les patients placés sous ventilation artificielle, et d’un cinquième chez des patients moins gravement atteints, sous oxygène mais non intubés. « Le bénéfice en termes de survie est important chez les patients qui sont suffisamment malades pour avoir besoin d’oxygène, pour qui la dexaméthasone devrait désormais devenir le traitement de base », estime le Pr Peter Horby, de l’université d’Oxford.

Comment ces résultats ont-ils été obtenus par l’étude Recovery ?

La dexaméthasone a été l’une des premières molécules à être incluse dans l’essai Recovery, rappelle le Guardian. Dans ce cadre, 2.104 patients ont reçu de la dexaméthasone (par voie orale ou intraveineuse) pendant 10 jours, à une dose de 6 mg par jour. En comparant aux 4.321 autres patients qui ne l’avaient pas reçu, les chercheurs ont déterminé que le traitement a réduit d’un tiers la mortalité chez les malades placés sous ventilation artificielle.

En outre, la mortalité a été réduite d’un cinquième chez des patients moins gravement atteints, à qui on administrait de l’oxygène grâce à un masque, sans les intuber. En revanche, le traitement n’a montré aucun bénéfice pour les patients qui ne nécessitaient aucune assistance respiratoire.

Pourquoi il ne faut pas s’emballer

D’une part, parce que les résultats de Recovery n’ont pas encore été publiés sous la forme d’une étude détaillée, mais ont uniquement fait l’objet d’un communiqué. Mais aussi parce que la dexaméthasone est « déjà utilisée à grande échelle » dans les hôpitaux français, selon l’infectiologue Karine Lacombe. « La dexaméthasone fait partie de la famille des corticoïdes. (…) En France, on a très rapidement donné très tôt les corticoïdes chez des patients qui avaient le Covid-19 parce que ça diminue l’inflammation au niveau des poumons », a déclaré sur la Radio France Inter la cheffe du service des maladies infectieuses de l’hôpital Saint-Antoine (AP-HP), à Paris.

« Ce qu’il faut retenir de l’étude en Angleterre, c’est qu’ils ont, sans traitement, 40 % de mortalité » chez les patients hospitalisés en réanimation pour Covid-19. « Nous en France, dans les hôpitaux français, la mortalité était de 13 % (…) sans traitement » autre que les soins standards, a affirmé Karine Lacombe, disant ne pas s’expliquer cette différence.

Y a-t-il d’autres pistes pour soigner le coronavirus ?

A ce stade, malgré une multitude de pistes, aucun autre traitement n’a eu de résultats probants. Début juin, le même essai Recovery avait conclu que l’hydroxychloroquine n’avait pas d’effet bénéfique contre le Covid-19.

Le groupe hospitalier parisien AP-HP avait assuré fin avril qu’un autre médicament, le tocilizumab, réduisait « significativement » le risque de mourir ou d’aller en réanimation chez les patients du Covid-19 dans un état grave. Mais ces affirmations n’ont pas encore été étayées par des chiffres ou la publication d’une étude. Nombre de spécialistes pensent que la clé du traitement du Covid-19 passera non pas par un médicament unique mais par une combinaison de plusieurs d’entre eux.